« Le semeur est sorti pour semer »
Le prophète Isaïe partageait son espérance et affirme que c’est par sa parole féconde et vivifiante que Dieu travaille au cœur du monde pour le libérer du pouvoir du néant.
Ce thème est repris et prolongé par l’évangéliste Matthieu dans la parabole du semeur qui peut être lue comme une invitation à faire confiance au-delà du terrain, qu’il soit de rocaille, d’épine ou de terre fertile.
Car le semeur sème à tout vent. Ses semences sont offertes à tous en dépit des apparences, des lenteurs et des échecs. Une seule chose est certaine : c’est que la récolte lèvera et portera des fruits même si des semences sont perdues.
Que cette espérance nous habite !
Fernand
Is 55, 10-11
Ainsi parle le Seigneur : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »
Mt 13, 1-23
Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer. Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai. Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »
Homélie
5 points :
1 “Jésus est sorti de la maison ». Telle est la1°phrase de l’évangile d’aujourd’hui. « Le semeur est sorti pour semer » : telle est la 1° phrase de la parabole racontée par Jésus aujourd’hui ! deux fois le même verbe (sortir) au début de l’évangile alors que le texte serait compréhensible en les évitant. Pour moi, Cette manière de faire a une signification.
Qui est ce semeur ? On ne dit rien de lui, de son identité, de son origine. Il n’est désigné que par son activité : « il sème ».
Mais, précise St. Mt, avant de semer il doit d’abord « sortir ». Ce qui signifie que celui qui reste enfermé reste infécond !
Il y a en effet beaucoup de raisons et de prétextes pour rester chez soi, de fermer les volets, de se barricader – au sens propre comme au figuré – par peur du monde, un monde qui semble si hostile.
Et pourtant nous savons que la vie est faite de déplacements, de « sorties ». Pour vivre, il est nécessaire d’aller dehors, d’aller vers les autres, à leur rencontre.
2 Une fois sorti, le semeur se met donc à semer. Mais sa méthode nous laisse très perplexe. C’est à croire qu’il n’a aucun souci d’économie et qu’il a une réserve inépuisable de semences, car il en jette partout : dans les ronces, sur la rocaille autant que dans la bonne terre. Une chose est certaine, il n’a aucun souci de rendement.
Et si le semeur était Jésus ? De fait, Jésus adresse sa parole à une grande foule dit Matthieu. Jésus ne fait pas de tri entre les gens estimés être la bonne terre et les autres classés comme terre improductive. Il fait confiance à tous ceux qui l’écoutent en étant bien conscient que certains se contenteront d’entendre sa parole, d’autres tenteront de la comprendre et d’autres enfin porteront du fruit en la mettant en pratique.
Donc, cette parabole a été inventée par Jésus pour faire comprendre à la foule un trait marquant de sa personnalité et par là un élément essentiel du comportement de Dieu son Père : Jésus sème sans compter, en abondance, même s’il est conscient que ses paroles ne seront pas productives partout.
La parabole du semeur a comme premier but de mettre en évidence l’initiative de Dieu qui entreprend de semer généreusement sans faire de distinction.
3 On pourrait se demander pourquoi il y a tant d’échecs dans l’ensemencement. Tout simplement parce que les hommes sont libres, libres d’ouvrir leur cœur, de l’entrebâiller ou de le fermer. Dieu respecte la liberté de chacun en comblant son cœur à la mesure de son souhait.
C’est ainsi que dans la foule qui écoutait Jésus en Palestine
- il y en a qui entendent la parole sans chercher à comprendre, sans se sentir concerné par ce qu’ils entendent. Ils l’entendent comme une parole étrangère à leur vie. Alors, cette parole n’a aucun écho en eux et est immédiatement oubliée.
- D’autres l’entendent avec joie. La parole de Jésus conforte leur espérance et les illumine, mais pour un temps seulement. Aux premières difficultés, la parole de Jésus est mise en doute puis écartée.
- Chez d’autres, la parole prend racine et grandit jusqu’au jour où la vie facile, l’attrait de l’argent étouffent ce qui avait commencé à germer.
4 Mais alors, qui est la bonne terre ?
Personne n’est en permanence une bonne terre et tous, qui que nous soyons, nous sommes appelés à l’être toujours davantage.
A certains moments de notre vie, nous vivons avec Dieu, nous sommes en harmonie avec lui. A d’autres moments, nous écoutons moins sa parole, à d’autres moments encore, pas du tout. Autrement dit, dans le déroulement de notre vie, il nous arrive – pour reprendre les mots de la parabole – d’être soit au bord du chemin, soit dans une terre peu profonde, soit dans une terre envahie de broussailles ou enfin dans une terre productive à 30, 60 ou 100 pour un.
5 Heureusement, dans la première lecture, Isaïe nous ouvre un large chemin d’espérance. Réécoutons ses paroles :
« La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer…. Ainsi, ma parole ….– dit Dieu – ne me reviendra pas sans résultat,…. sans avoir accompli sa mission. »
Aucune parole d’Evangile, aucune application de cette parole ne sont perdues. Tout germera un jour. Quelle espérance formidable !
Que cette espérance inouïe du Christ soit un stimulant pour chacun et nous donne du tonus.
Abbé STREBER Fernand
P’tit rawett’ : sur le thème de l’espérance qui fait avancer : « Alors, on creuse ? »
Ils étaient six dans la chambre qu’on leur avait attribuée.
Les conditions de vie étaient supportables et la nourriture mangeable : on ne peut pas s’attendre à mieux quand on est prisonnier de guerre.
Ils s’entendaient bien, malgré des opinions différentes. Car leur petit groupe était un peu à l’image de la société.
Il y a ceux qui s’adaptent : on pourrait être plus mal, la libération viendra bien un jour, l’important est de survivre, attendons.
Il y a ceux qui se soumettent : on a perdu la guerre, il faut obéir aux vainqueurs, les chefs sont les chefs, préparons-nous à entrer dans l’ordre nouveau.
Et il y a ceux qui veulent continuer la lutte, et qui rêvent d’évasion.
Un beau jour, l’un d’entre eux a dit :
– Et si on creusait un tunnel ?
Ce fut d’abord le silence puis l’idée fit peu à peu son chemin. Finalement, la décision fut prise : on creuserait.
Quand on eut repéré les lieux, réparti les rôles, fabriqué des outils, trouvé le moyen d’ évacuer les déchets, on creusa, des nuits et des nuits, pendant des semaines.
Jusqu’à ce matin où les gardes sont entrés dans la chambre et ont dit :
– Préparez vos bagages. On change de camp !
Un an après leur transfert du camp, ce fut la fin de la guerre.
Ils rentrèrent au pays. Et on leur a demandé :
– Cela dut être terrible pour vous d’échouer si près du but ? D’avoir creusé tout ce temps pour rien ?
Ils ont répondu :
– Oui, ce fut terrible, alors qu’on était au bout du tunnel. Mais on n’a pas creusé pour rien. Nous avons vécu ensemble la période la plus exaltante de notre captivité. Et puis, surtout, cela nous a permis de continuer à croire et à espérer.
Alors, on creuse ?
Louis DUBOIS – Vers l’Avenir – 04/10/1992