Homélie – 14ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Abbé Fernand Stréber

« Père tu as caché cela aux sages et aux savants et tu l’as révélé aux plus petits »

Un extrait de la prière eucharistique d’un confrère décédé :

Apprends-nous, Seigneur, à être « petits » devant toi en nous abandonnant avec confiance entre tes mains.

Que nous soyons « petits » devant les autres en nous mettant à leur service dans l’humilité.

« Petits » aussi à nos propres yeux, sans nous laisser encombrer par notre vanité.

Abbé Fernand Stréber

ÉVANGILE  « Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 25-30)

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

Homélie

Lorsque je dis « le soleil se lève » ou « se couche » tout le monde comprend qu’il s’agit d’un langage symbolique et non pas que le soleil sort de son lit ou s’y couche ! Notre vocabulaire est plein d’expressions imagées.   Quelques exemples : « Il a mis les pieds dans le plat » ou « je suis passé par le petit trou »… Les Evangélistes utilisaient aussi ce procédé. Il ne faut donc pas interpréter de manière littérale certaines expressions de l’Evangile que nous venons d’entendre.

         Lorsque Jésus dit : « Père ce que tu as caché aux sages et aux savants tu l’as révélé aux tout-petits » je comprends ainsi : « Père, je suis heureux parce que, parmi les personnes qui ont entendu ma parole, il se fait que ce sont les plus petits qui l’ont comprise. »

Il est évident que Dieu n’a rien voulu cacher volontairement aux sages et aux savants.  Il n’a rien contre eux.  Mais il est certain que pour s’approcher de Dieu, il ne suffit pas d’utiliser son raisonnement et son intelligence.  Il  faut surtout y mettre son cœur.  De la même façon que nous pouvons lire tous les livres sur l’amour sans le vivre, connaître toute la théologie sans vivre selon l’Evangile.  La foi est d’abord une affaire de cœur !

         Jésus est allé vers tous sans exclusion : vers les riches comme vers les pauvres, les savants comme les illettrés, vers les pharisiens et les scribes comme vers les publicains et les pécheurs.  A tous,  Jésus dit ce qu’il pense. :
3 exemples :

1- Aux pharisiens il déclare : C’est l’extérieur de la coupe et du plat que vous purifiez mais votre intérieur est rempli de rapacité et de méchanceté. (Lc 11,39
2- Après la multiplication des pains  il déclare au peuple : « c’est parce que vous avez reçu à manger gratuitement que vous me suivez »  (Jn 6,26).
3- Jésus rabroue Pierre en disant : « Arrière de moi Satan  tes vues ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. » (Mc 8,33) 

Jésus avait son franc-parler.  Très vite, il a été rejeté par les gens du pouvoir.  Les pharisiens se sont acharnés contre lui.

         Jésus en a beaucoup souffert et s’est retrouvé dans le camp des blessés de la vie.  Il leur dit : « Venez-à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau. »   « Venez à moi », je suis avec vous .

         Aujourd’hui, chez nous, ceux qui sont accablés par le fardeau de la vie sont les foules qui n’ont pas le minimum vital.  Ce sont aussi ceux qui travaillent pour un salaire de misère.

Lorsque nous souffrons il est toujours plus facile d’être compris par des personnes qui ont connu une souffrance semblable.  Il existe des groupes de paroles pour personnes atteintes d’un cancer, pour parents qui ont perdu un enfant,  pour personnes veuves, etc …  Cela soulage énormément de porter ensemble le fardeau.

         De même dans l’évangile, Jésus ne prend pas notre croix à notre place, mais il la porte avec nous.

Jésus utilise l’image du joug.  Jadis, les cultivateurs  travaillaient avec des bœufs.  Ceux-ci étaient reliés l’un à l’autre par un joug.  Un bœuf seul tirait difficilement une charrue.  A deux, en étant reliés par un joug, leurs forces étaient plus que doublées. 
Le Christ voit nos peines.  Il ne veut pas nous laisser seuls.  S’il nous invite à prendre son joug,  c’est parce qu’il veut porter nos fardeaux avec nous.  Il nous suffit d’accepter d’être reliés à Lui afin de rendre notre  fardeau plus léger.

         « Je vous procurerai le repos. »  dit Jésus.  Avec Lui, nos fardeaux n’auront pas disparu.  Mais ils cesseront de nous anéantir.  Nous ne serons plus seuls à les porter.

         L’invitation de Jésus : « Venez à moi » est toujours actuelle surtout lorsque nous avons de lourds fardeaux à porter.  Par exemple : soucis de santé ou de famille, soucis financiers, soucis de voisinage ou avec des collègues, soucis avec les règles de l’Eglise ou avec le message diffusé par le curé de la paroisse,…

« Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.»   Pour « con-naître » Dieu, autrement dit littéralement pour naître avec Lui,  il nous faut accepter de nous laisser aimer, comme un enfant se laisse prendre dans les bras de son papa et de sa maman.

Aujourd’hui, à travers jésus, c’est l’infinie tendresse de notre Dieu que nous découvrons.  Lui qui est « doux et humble de cœur ».

Puissions-nous aussi dire à des personnes : «  Viens, toi qui peines sous le fardeau… trouve un peu de repos, de paix, d’amitié !’ »

Abbé. Fd STREBER

Li p’tit rawett’ : « LA MARCHE D’UN ÂNE »

J’avance comme l’âne de Jérusalem dont le Messie, un jour des Rameaux, fit une monture royale.  Je ne sais pas grand-chose, mais je sais que je porte le Christ sur mon dos et j’en suis fier.  Je le porte, mais c’est Lui qui me mène.

J’avance à petits pas par des chemins escarpés.  Quand je bute contre une pierre, mon Maître doit être bien caboté, mais il ne me reproche jamais rien.  Il me laisse même le temps de saluer une ravissante ânesse, de rêver devant un champ de lavande.

J’avance, en silence.  C’est fou comme on se comprend sans se parler.  D’ailleurs, je n’entends pas trop quand il me souffle des mots à l’oreille.  La seule parole de lui que j’ai comprise semblait être pour moi et je peux  témoigner de sa vérité: « Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger« . C’est comme quand je portais sa mère vers Bethléem, juste avant Noël.  Elle pesait peu, n’étant occupée que de l’avenir en elle.

Quand je veux chanter ses louanges, je fais un boucan de tous les diables, je chante faux.  Lui, alors, il rit de bon cœur, d’un rire qui transforme les ornières en pistes de danse et mes sabots en sandales de vent.  Ces jours-là, je vous jure, on fait du chemin !

J’avance comme un âne qui porte le Christ sur son dos.

Inspiré de Roger Etchegaray

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