Homélie prononcée par Monseigneur Warin lors de la vigile pascale du samedi 11 avril

Il arrive qu’on me demande pourquoi je crois. Je réponds invariablement : « Parce que c’est beau. Je crois en raison de la beauté de la foi, en raison de la beauté ineffable de l’Évangile». Que c’est beau un Dieu qui se dépouille, qui se fait pauvre, qui pour dire à l’homme : « Je t’aime » se met sur la paille ! Pensons à la naissance de Jésus. Que c’est beau un Dieu qui sert, qui se revêt d’un tablier, qui s’agenouille devant l’homme pour mieux le servir ! Pensons au lavement des pieds. Que c’est beau un Dieu qui pleure notre mal comme une mère! Que c’est beau un Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l ‘homme ! Que c’est beau un Dieu qui est notre pain à chaque cène (eucharistie) ! Que c’est beau un Dieu qui fait table commune avec les pécheurs et de l’amour duquel nos défections ne peuvent avoir raison ! Que c’est beau un Dieu qui veut à tous ses fils donner sa mère ! Que c’est beau un Dieu qui tire de sa mort notre naissance ! Que c’est beau un Dieu qui nous ouvre sa joie et son royaume ! L’argument le plus percutant contre un Dieu tout-puissant, juste et miséricordieux, est le mal, la souffrance des innocents. Où est Dieu lorsque se produit un ouragan dévastateur dans un pays pas encore remis d’un tremblement de terre? Cela s’est passé en Haïti. Où est Dieu lorsque, dans les nations de la Corne de l ‘Afrique, une invasion de criquets menace la subsistance de millions de personnes? Où est Dieu lorsque des migrants par milliers sont entassés dans l’île de Lesbos ? Où est Dieu lorsque les injustices sont criantes ? Où est Dieu lorsque nous vivons un temps d’épreuve inédit? Où est Dieu lorsqu’une pandémie de coronavirus provoque des milliers de décès dans le monde et chez nous ? À la terrible question qui monte sur nos lèvres lorsque brutalement nous nous trouvons confrontés au mal et à la souffrance. Dieu ne répond pas avec des mots. Sa réponse, c’est sa présence : Jésus. Jésus venu habiter de sa présence nos souffrances. Permettez-moi de la rappeler. C’est l’histoire d’un homme chargé d’années et proche de la mort. Cette nuit-là, il fait un rêve, un rêve dans lequel repasse tout le film de sa vie. Il voit deux traces de pas dans le sable. li se dit : « Ah le Seigneur a été, comme il l’a promis, auprès de moi. » Mais voici que repassent les phases les plus douloureuses de son existence. et cette fois il ne voit plus qu’une trace de pas dans le sable. Il se tourne vers le Seigneur : « Seigneur, serait-il possible que tu m’aies abandonné aux moments où j’avais le plus besoin de toi ? » Alors le Seigneur prit ses mains dans les siennes et lui dit : « Mon enfant, je ne t’ai jamais laissé seul, et encore moins à l’heure de l’épreuve. Si tu ne vois plus qu’une trace de pas dans le sable, c’est parce que alors je te portais sur les épaules. » Dieu est auprès des cercueils que l’on ferme. L’un des versets les plus précieux de la Bible est aussi le plus court de tous. Deux mots : « Jésus pleura ». Il s’agit de Jésus devant la tombe de son ami Lazare. Dieu est là chaque fois que pleure un enfant au point de faire corps avec lui : « Ce que vous faites au moindre des miens, c’est à moi que vous le faites. » (cf. Mt 25.40) Aux Etats-Unis, dans les années 1800, rapporte Elie Wiesel, alors qu’on était en train de pendre un enfant innocent, quelqu’un dans la foule s’est écrié : « Et maintenant, où est Dieu ? » Une voix lui répondit:« Il est là, au bout de cette corde ! » Quand nous souffrons ou voyons souffrir, que tout notre être proteste. Proteste, parce que nous ne sommes pas faits pour la mort mais pour la vie. Que tout notre être proteste oui, mais jamais contre Dieu. Notre mal l’atteint plus que nous-mêmes. Elle est juste, la remarque de Georges Bernanos dans« Journal d’un curé de campagne » : « Une douleur vraie qui sort du coeur de I’homme appartient d’abord à Dieu, il me semble.» (Oeuvres romanesques, La Pléiade, p. 1096). Sur la croix, c’était nos souffrances qu’il portait. Jésus souffre en tout homme qui souffre. Et parce que Jésus souffre en tout homme qui souffre, nos jours d’épreuve peuvent être des vendredis saints, et aussi conduire au soleil du matin de Pâques. Aussi conduire au soleil du matin de Pâques, parce que le surlendemain du vendredi saint est un jour qui chante. Il est ressuscité, et nous ressusciterons après lui. Sa résurrection est le gage de la nôtre. Il est revenu à la vie, premier-né d’entre les morts. Au-delà de notre mort, il nous attend sur le rivage. Depuis le premier matin de Pâques, même le couchant d’une vie est la promesse d’un jour nouveau. Notre vie n’est plus un sursis avant I’échafaud. Le vieillissement n’est plus la catastrophe. Aucune pierre, si lourde soit -elle, n’est à jamais scellée sur nous-mêmes ou sur nos frères. Parce qu’un homme est sorti vivant du tombeau, les autres n’y resteront pas. Alléluia !

Pierre Warin Collégiale de Ciney

Plusieurs expressions sont empruntées à l’hymne« Oui donc est Dieu? »

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