Vendredi Saint. Réflexion de l’abbé Philippe Goffinet, doyen de Dinant.

Peut-on célébrer la croix et parler d’un salut par la croix quand tant de personnes aujourd’hui sont écrasées par le poids de leurs croix quotidiennes ? 

Je vous suggère de laisser cette question redoutable résonner en nous sans vouloir y répondre trop vite car ce serait faire preuve de légèreté… et d’indécence.

Nous sommes en communion avec tous ceux qui souffrent aujourd’hui de la maladie en lien ou non avec le coronavirus, mais aussi de toutes les personnes qui vivent mal le confinement, qui subissent des violences, des vexations, des insultes ou des crachats. 

Nous sommes en communion avec les familles qui ne peuvent visiter leurs aînés, celles qui doivent vivre des funérailles à la sauvette sans avoir pu vivre les derniers instants d’un être cher et les prendre dans leur bras, qui n’ont pas pu revoir une dernière fois leur visage. 

Nous sommes en communion avec ces hommes et ces femmes qui n’ont pas accès aux soins parce qu’ils sont dans la rue et vivent en marge de la société… 

Mais nous sommes aussi en communion avec tous ceux qui conjuguent leurs efforts pour sauver des vies parfois au péril de la leur, avec celles et ceux qui assurent nos approvisionnements et continuent à nous servir souvent avec la peur au ventre mais avec le sourire derrière leurs masques, avec nos éboueurs que nous ignorons la plupart du temps car ils passent quand nous ne sommes pas à la maison…

Il y a aussi les croix du découragement, de la solitude, du manque d’amour et de reconnaissance, les croix de ceux que le travail écrase ou celles de ceux qui n’ont pas de travail et que l’on montre du doigt, les croix des couples qui se brisent, des femmes battues et des enfants rejetés, malmenés et méprisés…

Ces croix, Jésus les porte avec nous sur le chemin qui monte vers le Calvaire.  C’est la seule réponse que nous ayons à notre question. Et dans la foi, nous reconnaissons qu’en Jésus Dieu vient remplir toutes nos croix du poids de sa présence et de son amour. Et ce qui nous sauve, ce n’est pas d’abord la crucifixion de Jésus, c’est son incarnation. Sa vie, jusqu’à la mort sur la croix, nous dit tout l’amour de Dieu : «Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jean 15,13). C’est en adhérant à cette parole du salut que le croyant sera sauvé : Jésus vient partager notre vie, jusque dans la mort. Mystère de la croix, mystère de la foi !

Ce mystère de la croix, Paul en a fait l’expérience personnelle sur le chemin de Damas et l’image du Christ crucifié va être le moteur de tout son apostolat. Il le dira de manière fulgurante dans la première lettre aux Corinthiens alors qu’il est contesté tant par les Juifs que par les Grecs : « le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu… Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » (1Cor 18, 22-25)

Philippe Goffinet

« Seigneur, nous savons que tu aimes sans mesure, toi qui n’as pas refusé ton propre Fils mais qui l’as livré pour sauver tous les hommes ; aujourd’hui encore, montre-nous ton amour : nous voulons suivre le Christ qui marche librement vers sa mort ; soutiens-nous comme tu l’as soutenu, et sanctifie-nous dans le mystère de sa Pâque. Lui qui règne pour les siècles des siècles. Amen »

Prière d’ouverture de l’office du Vendredi Saint

Croix plantée sur nos chemins,
Bois fleuri du sang versé,
Croix plantée sur nos chemins,
Sauve en nous l’espoir blessé !

1. Aux branches mortes de Judée
Voici la vie qu’on assassine.
La voix du Juste condamné
S’éteint sans bruit sur la colline.

2. Le Fils de l’Homme abandonné
Connaît la nuit de nos souffrances.
Le sang jaillit de son côté
Comme un grand fleuve d’espérance.

3. Tu crois, Seigneur, au lendemain
Comme un veilleur attend l’aurore.
Les yeux remplis de ton matin,
Nous veillerons longtemps encore.

4. C’est au printemps que germera
Le grain tombé en pleine terre.
Bientôt la Pâque fleurira
Comme une gerbe de lumière.

Claude Bernard

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