Homélie 3ème dimanche de Carême Année B – Abbé Fernand Stréber

« Jésus chasse les vendeurs du temple » – Évangile :  « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 13-25)

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem. Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici.  Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment. Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait. Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

Homélie

Une homélie en 5 points :

  1. En ce troisième dimanche du Carême, la liturgie nous propose le récit de la purification du temple. Jésus ne peut accepter que l’on fasse de la maison de son Père « une maison de commerce » (Jn 2,16). S’il s’en prend entre autres aux marchands d’animaux et aux changeurs de monnaie, c’est parce que plusieurs profitent et exploitent les fidèles.  Jésus n’est pas d’accord que les responsables religieux du temple imposent aux gens et notamment aux plus pauvres de lourdes dépenses en lien avec leurs dévotions.  Jésus dénonce la confusion entre religion et commerce.  Il refuse que les sacrifices coûteux d’animaux soient un chemin obligé pour honorer Dieu.  Il ne veut pas que ces rites sacrificiels du Temple deviennent une source de profits illégaux.

  1. Mais au-delà de cette relation basée sur l’argent, la colère de Jésus avait une autre motivation : Qui pouvait rentrer dans le lieu saint ? Uniquement les juifs en état de pureté.  Cela voulait dire qu’en étaient donc exclus les « impurs », càd les personnes malades, infirmes, ruinées, exerçant un métier impur comme par exemple :les collecteurs d’impôts, tanneurs, prostituées, bergers,… Ce qui devait représenter près de 80 % de la population.  Pour Jésus naturellement une telle exclusion était inadmissible.
  1. L’évangile de Jean confère à cet épisode une portée encore plus vaste. Evoquant la destruction et le relèvement du Temple, Jésus parlait du « sanctuaire de son corps. »(Jn 2,21) Autrement dit, l’évangéliste affirme que la venue du Fils de Dieu dans notre monde met fin aux multiples prescriptions de la religion juive.   Désormais, avec Jésus l’appartenance ethnique au peuple juif, la circoncision imposée à tout garçon juif, les pratiques rituelles ne seront plus des critères d’appartenance au peuple de Dieu.  Ce qui décidera désormais de l’appartenance au peuple de Dieu ce sera uniquement la foi.
  1. Pour Jésus et ses contemporains, le Temple de Jérusalem appartenait au domaine du sacré. Par ses paroles et ses actes (dont la scène des vendeurs chassés du Temple), Jésus a procédé à une réinterprétation prophétique du sacré. Selon le double commandement de l’amour, seuls Dieu et le prochain sont véritablement sacrés.
  1. Jésus déclare périmée la religion du Temple. La religion du Temple consiste à localiser Dieu dans un lieu et à des moments précis de l’année. La religion du Temple assigne Dieu à résidence et le rejette hors du monde, dans un quartier réservé, avec des murs qui le tiennent à distance respectueuse.  Le temple devient alors une prison dorée d’où Dieu n’a pas le droit de sortir.  C’est évidemment commode.  Il est gardé à vue.  On l’a sous la main quand on veut.

Nous nous souvenons certainement de cette parole de Jésus à la samaritaine : « Ce n’est ni au temple ni sur cette montagne que l’on peut vénérer Dieu mais en esprit et vérité ». Le temple de Dieu désormais c’est le monde.  Dieu se rencontre partout, à tout moment.  Rien de ce qui est humain ne lui est étranger.  C’est précisément sur l’être humain, surtout celles et ceux qui sont en détresse au Congo, que le temps de carême attire notre attention.  En détresse car l’injuste répartition des biens de consommation ne fait que grandir.  En détresse encore, puisque notre avenir climatique est de plus en plus compromis.

Abbé Fernand Stréber

Intentions

1. Pour les familles du monde entier et particulièrement pour les grands-mères mises en valeur ce week-end en France, Pour celles qui nous marquent par leur tendresse
et celles qui sont déjà retournées auprès de toi,  Père nous te supplions.

2. Pour toutes les personnes qui souffrent des violences, de la guerre, de l’injustice, de harcèlement, et particulièrement les femmes dont nous célébrerons les droits vendredi prochain,  Père nous te supplions.

3. Pour tous ceux qui accompagnent en Église les personnes se formant au discernement spirituel, les candidats à la vie religieuse ou les séminaristes, Père nous te supplions.

4. Pour les frères et sœurs catéchumènes de notre  diocèse qui seront baptisés au soir de Pâques,  Père nous te supplions.

P’tit rawett’ : L’emplacement du temple

En ce temps-là, Salomon régnait sur Israël. Mais Salomon savait qu’il manquait quelque chose à sa splendeur: il avait construit des palais somptueux pour lui et pour ses compagnons, mais Dieu n’avait pas de demeure parmi les hommes.  Salomon rêvait de construire le Temple.  Il disposait d’un architecte, les plans étaient prêts, mais l’emplacement restait à trouver. Il avait parcouru tout son royaume, les plaines, les vallées, les montagnes, les bords de mer, il n’avait pas encore trouvé l’endroit adéquat.

Une nuit, préoccupé par sa recherche, Salomon est sorti de son palais, incognito.  Il s’est promené dans la campagne.  C’était le temps de la moisson.  L’odeur du blé fraîchement coupé l’envahit.   Ça et là, il y avait des gerbes que les moissonneurs n’avaient pas eu le temps de rentrer.  Salomon s’est arrêté à l’ombre d’un olivier.  Devant lui un champ coupé en deux par un sentier. A gauche et à droite des gerbes bien nouées.

         Tout à coup, à gauche, un homme sort de l’ombre.  Il prend des gerbes du champ de gauche et les transporte dans le champ de droite.

         « Un voleur, se dit Salomon! »

         Il veut sortir de l’ombre, mais quelque chose l’en empêche. L’homme continue à transporter des gerbes. Parfois, il passe tout près de Salomon qui a tout le loisir de détailler ses traits bien visibles au clair de lune.  En tout, l’homme a transporté cinquante gerbes. L’homme disparait et Salomon médite sur la sanction qu’il prendra le lendemain à l’encontre de ce voleur, quand, de droite, une autre ombre surgit qui transporte cinquante gerbes du champ de droite vers le champ de gauche.  Salomon reste dans l’ombre.  Le deuxième homme disparait.

« Au fond, ils sont quittes, se dit Salomon!  Cela dit, ces voleurs méritent une punition! »

Le lendemain, Salomon les a convoqués à son tribunal.  Il fait entrer le premier :

«Voleur! »

«Seigneur, je n’ai jamais rien volé de ma vie, je le jure!»

« Et ces cinquante gerbes que tu as transportées cette nuit? Tu ne peux nier, je t’ai vu…»

« Ah, Seigneur, écoutez! A leur mort mes parents nous ont légué un champ.  Mon frère et moi l’avons partagé en deux, avec un petit sentier comme point de repère.  Moi, je suis célibataire, tandis que mon frère a une femme et trois enfants donc cinq bouches à nourrir avec un champ qui est le même que le mien.  Je lui ai proposé de l’aider en lui donnant quelques gerbes de mon champ, mais il n’a rien voulu entendre.  Alors la nuit, pendant la moisson, je transporte quelques gerbes dans son champ ».

Salomon ne dit rien, fait entrer l’autre homme qu’il a surpris la nuit à transporter des gerbes.

«Voleur! »

« Seigneur, je n’ai jamais rien volé de ma vie, je le jure! »

« Et ces cinquante gerbes que tu as transportées cette nuit? Tu ne peux nier, je t’ai vu. »

« Ah, Seigneur, écoutez! A leur mort mes parents nous ont légué un champ.  Mon frère et moi l’avons partagé en deux, avec un petit sentier comme point de repère.  Moi je suis marié et j’ai trois enfants. Même s’ils ne sont pas bien grands, ils peuvent m’aider.  Mon frère lui est célibataire et pour cultiver son champ, il doit engager des journaliers.  Je lui ai proposé de l’aider en lui donnant quelques gerbes de mon champ, mais il n’a rien voulu entendre.  Alors la nuit, pendant la moisson, je transporte quelques gerbes dans son champ ».

Salomon s’est levé. Il a embrassé les deux frères et leur a demandé de lui vendre leur champ.  Ils ont accepté et Salomon les a honorés de son amitié. Il était heureux, il avait trouvé un lieu de fraternité et de partage, un lieu digne d’accueillir la demeure de Dieu parmi les hommes ».

Réécrit par Pierre Paul DELVAUX

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