Homélie – 11ème dimanche Temps ordinaire Année A – Abbé Fernand Stréber

Difficile pour nous d’entendre aujourd’hui « Seigneur, prends pitié de nous ».

Il faut juste se rappeler que dans le langage hébreu, « avoir pitié » signifie « être pris aux entrailles ».

J’aime ce Dieu qui se laisse émouvoir, ce cœur qui se laisse prendre aux entrailles.

Abbé Fernand Stréber

ÉVANGILE « Jésus appela ses douze disciples et les envoya en mission » (Mt 9, 36 – 10, 8)

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » Alors Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité. Voici les noms des douze Apôtres : le premier, Simon, nommé Pierre ; André son frère ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère ; Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée ; Simon le Zélote et Judas l’Iscariote, celui-là même qui le livra. Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. »

Homélie – « Compassion, moisson, mission »

Cinq fêtes ou solennités viennent de se succéder ces dernières semaines : l’Ascension, la Pentecôte, la Trinité, le Saint Sacrement et enfin le Sacré-Cœur de Jésus voici deux jours.  Nous en revenons au temps ordinaire.  Une bonne vingtaine de dimanches du temps ordinaire nous conduiront à la fin novembre. La couleur liturgique est le vert, couleur de l’espérance.

Compassion, moisson et mission : ces trois termes apparaissent, l’un après l’autre, dans cette page de l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre.  Ces trois termes donnent le fil rouge et la finalité de notre existence humaine.  Je les reprendrai l’un après l’autre en en faisant un bref commentaire.

Jésus est saisi de compassion, a pitié de ces foules abandonnées à leur sort par le roi Hérode et méprisées par les autorités religieuses juives de l’époque c-à-d les pharisiens.

Cette compassion affecte Jésus quand il regarde les foules qui se sont approchées.  La compassion signifie littéralement: les entrailles remuées, déchirées, bouleversées.  

Ce ne sont pas d’abord leurs souffrances ou leur extrême pauvreté qui émeuvent Jésus mais c’est en premier lieu leur état d’abandon, leur abattement.  « Elles sont désemparées et abattues comme des brebis qui n’ont pas de berger ».  

Alors, Jésus leur parle d’une moisson abondante et d’ouvriers peu nombreux.  Cependant, certains ouvriers étaient bien connus à l’époque de Jésus : scribes, pharisiens qui devraient être guides mais qui s’étaient repliés sur eux-mêmes, sur des articles de loi, des traditions, des rites vieillots et sur leurs certitudes, fermés à toutes questions et sûrs de leur bon droit.  Comment la foule pourrait-elle trouver des raisons de vivre et d’avancer avec de tels bergers ?

La « pitié » du Christ est un sentiment mobilisateur.  Mais alors que j’ attendais des décisions pratiques immédiates, la première mesure d’urgence que Jésus prend est de nous mettre en prière : « Priez le Père d’envoyer des ouvriers à sa moisson ! »  Le Christ lui‑même a prié toute la nuit avant de choisir les Douze.

La prière nous apprend à sortir de l’indifférence, à refuser le pessimisme, et à « aimer les personnes rencontrées à la manière de Dieu: aimer ce temps qui est le nôtre malgré ses ombres.

Ensuite, Jésus appelle les 12 apôtres.  Il les envoie en mission.  L’appel des Apôtres va donc s’enraciner dans la compassion et la prière de Jésus.

Jésus choisit douze hommes pour leur confier une mission : « proclamer que le Royaume de Dieu est tout proche »  Chacun des Apôtres est appelé par son prénom, c’est à dire par ce qui fait son identité profonde.

Compassion, moisson et mission riment en ce texte comme dans le cœur de Jésus et de ses douze apôtres.  Ils seront engagés dans une œuvre qui les dépasse.

Ils iront vers des brebis perdues, non pour asseoir un pouvoir, mais pour parler, guérir, faire revivre, purifier, extirper le mal des recoins obscurs où il règne encore.  C’est une immense tâche, dont les apôtres sont incapables seuls sauf s’ils comprennent que tout est don. «  Vous avez reçu gratuitement.  Donnez gratuitement » dit l’évangile d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, comment ne serions‑nous pas émus, secoués au fond du cœur, par la détresse non seulement matérielle mais également morale et spirituelle des foules contemporaines: par exemple des enfants et des jeunes sans parents, qui ne peuvent souhaiter aujourd’hui bonne fête à leur papa, des jeunes sans repères et sans avenir; des adultes sans raison de vivre ni perspectives parce qu’au chômage; des croyants déçus qui s’éloignent des Eglises parce que des prêtres n’ont plus le feu sacré ?etc …

Aujourd’hui le Seigneur nous appelle aussi par notre prénom comme il l’a fait pour les apôtres pour la même mission.  Il compte sur nous: « La moisson est abondante« .

Pour cela, deux choses me semblent  nécessaires. S’arrêter, comme Jésus, pour discerner le sens et le fondement des demandes.  Car les appels qui nous sont adressés des périphéries sont nombreux.

Puis, personnellement ou en communauté, s’efforcer d’être Bonne Nouvelle pour « les brebis perdues », comme le dit l’évangile de ce dimanche.  Notre engagement ne sera pas teinté de pitié, au sens négatif du terme, mais d’une réelle compassion.   Puissions-nous être ces ouvriers à la moisson des personnes qui croisent notre regard.

Prière universelle
  1. Seigneur Jésus, tu as eu pitié des foules qui étaient comme des brebis sans berger. Seigneur, nous te confions ton peuple si souvent désorienté ou marqué par bien des adversités en bien des régions du monde. Nous t’en prions.
  2.  Seigneur, tu nous as demandé de prier le maître d’envoyer des ouvriers à sa moisson.  Aussi nous te le demandons : que se lèvent pour ta moisson des générosités nouvelles.  Nous t’en prions.
  3. Seigneur, tu as envoyé tes apôtres en mission vers ceux qui avaient le plus besoin d’entendre ton message.  Donne-nous le courage d’annoncer la Bonne Nouvelle à ceux qui souffrent, à ceux qui t’ont oublié, à ceux qui ne te connaissent pas. Nous t’en prions.
  4. Seigneur, tu as dit à tes apôtres de guérir les malades, de purifier les lépreux et même de ressusciter les morts… Seigneur, ouvre nos yeux à tes signes ; ouvre nos cœurs aux appels qui nous sont adressés. Nous t’en prions.
2 P’titS rawettS : « Les jeux olympiques du cœur »

Le temps était venu.  Jésus décida de choisir ses douze apôtres.  Passer une annonce dans les journaux ne lui semblait pas suffisant.  A l’instar des jeux olympiques modernes, il décida d’organiser des jeux où il pourrait choisir les douze.  Les concurrents arrivèrent de partout.  Les compétitions furent acharnées.  Jésus devait’ juger tous les résultats.

En premier lieu sont venues les prières.  Les candidats s’y étaient exercés.  Cela se voyait par la vitesse à laquelle ils pouvaient les réciter.  Quelques-uns articulaient chaque mot avec la plus grande précision.  D’autres se servaient de grands mots expressifs.  D’autres encore exprimaient de nobles idées.

Mais quand vint le temps de désigner le vainqueur, Jésus n’en choisit aucun.  Il n’y avait apparemment aucun cœur dans leurs prières.  Elles n’étaient que des mots.

Puis vint le culte.  Là aussi, les concurrents s’étaient préparés sérieusement.  Certains portaient des vêtements magnifiques, d’autres utilisaient l’encens à profusion.  D’autres encore mettaient l’accent sur la musique ou sur la beauté des gestes.  Mais de nouveau, quand vint le temps du choix, il n’y eut aucun vainqueur.  Il ne semblait pas non plus qu’il y eût du cœur dans leur culte.  Il n’y avait qu’une belle façade.

En troisième lieu arriva l’enseignement.  Ce groupe-là était vraiment prêt.  Certains avaient élaboré des affiches raffinées.  D’autres se servaient de power point pour faire leur démonstration.  Et de nouveau, pas de vainqueur. Il n’y avait pas de cœur dans leur enseignement.  Les méthodes semblaient plus importantes.

Et on arriva à la fin des jeux.  Pas de vainqueurs, pas d’apôtres.  Epuisé par cette longue et irritante épreuve, Jésus descendit près du lac pour y trouver un peu de fraîcheur et se détendre.  Et c’est là que le miracle se produisit.  Il vit des hommes en train de pêcher.  Il trouva des gens qui mettaient du cœur à leur ouvrage ! Et il les choisit.

Journal philippin 1987 (reçu par Entraide et Fraternité)

QUAND LE JOUR SE LÈVE-T-IL ?

Un rabbin venait d’enseigner à ses élèves de commencer leur prière précisément au lever du jour.
Alors un sage demanda à ces étudiants à quoi on peut reconnaître le moment où la nuit s’achève et où le jour commence.

            – Est-ce lorsqu’on peut, sans peine, distinguer un chien d’un mouton ?

            – Non, répondit le sage.

            – Est-ce quand on peut distinguer un dattier d’un figuier ?

            – Non, dit le sage.

            – Mais alors, quand est-ce donc ? demandèrent les étudiants ?

Le sage répondit:

            – C’est lorsqu’en regardant le visage de n’importe quel homme, tu y reconnais ton frère ou ta sœur.  Avant cela il faisait encore nuit dans ton cœur.

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