Homélie – 26ème dimanche Temps ordinaire Année A – Abbé Fernand Stréber

Il nous est déjà arrivé de dire d’abord « non » puis de changer d’avis et de répondre finalement à la demande de l’autre.

C’est l’histoire que raconte l’évangile de ce jour.
« Un humain avait deux enfants » c’est la traduction littérale du début la parabole. Tandis qu’à la fin, on est dans une relation père-fils.
Que s’est-il passé entre les deux ? A la demande de l’humain d’aller travailler à sa vigne, le premier enfant commence par dire « je », « je ne veux pas ».
Il commence par s’affirmer face à un « père » qui, du haut de son autorité, le considère toujours comme un enfant.
Puis il se ravise et se rend compte qu’en tant que fils, il est tout autant responsable de la vigne.
Finalement il s’ajuste au désir de son père, ce désir devient le sien.

Un « je » peut rencontrer un « tu ».

Le second rejeton ne fera pas le même chemin, il s’enferme dans une relation de maître-esclave et n’agit pas.

Abbé Fernand Stréber

ÉVANGILE  (Mt 21, 28-32)

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. »Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »

Commentaire

Plantons le décor de cette parabole qui vient d’être proclamée.  Dans la société juive, il y a les docteurs de la Loi.  Ils sont garants de l’orthodoxie des textes sacrés qui remontent au temps de Moïse.  Mais, Ils y ont ajouté 613 prescriptions souvent tatillonnes.

Il y a les pharisiens, qui partagent leur conviction, et tout le pouvoir religieux autour du temple ou des synagogues.  Et ils se considèrent les premiers, méprisant souvent les autres.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, ils sont appelés les grands prêtres et les anciens du peuple.  C’est à eux qu’est adressée cette parabole.

Dans la société juive il y a ensuite tous les ouvriers dont le sort était peu enviable.  Mais ils avaient encore de la chance par rapport aux veuves, aux paralysés, aux aveugles, aux prostituées,   

Comme le pays était envahi par les Romains, il y avait aussi des publicains chargés de collecter les impôts au profit de ces occupants.  Ils étaient méprisés.  Jésus cite les publicains et les prostituées à la fin de la parabole

Mathieu est le seul évangéliste à nous raconter cette parabole des 2 fils. En effet son évangile est écrit vers les années 70-80 alors que la scission juifs-chrétiens est consommée.  Matthieu adresse cette parabole particulièrement à ces juifs pieux qui méprisent les chrétiens qui ne vont plus à la synagogue.

Regardons maintenant dans la parabole la réaction des deux fils à l’égard de leur père

Le 1er fils répond : « je ne veux pas aller travailler à la vigne» tandis que le second dit « Oui, Seigneur ».

Le 1er dit : « Je », « je ne veux pas ». Voilà un enfant qui veut affirmer sa personnalité.  Mais après avoir réfléchi et s’être repenti, il change d’avis.

Regardons maintenant la réaction du 2ème fils.  Il répond : « Oui, Seigneur ».

Remarquons que dans la réponse il n’y a même plus de « je », ni même de verbe, c’est la réponse du domestique qui s’écrase devant son Père.  Il est soumis devant son Père.

Dans le peuple de la fin du 1° siècle en Palestine, ceux qui disent OUI comme le 1° fils de la parabole représentent les grands prêtres et les anciens du peuple car ils se croient justes et droits et respectent les règles et les normes, Les grands prêtres disent et ne font pas.

Dans le peuple de la fin du 1° siècle en Palestine ceux qui disent  NON comme le second fils de la parabole représentent les derniers dont parle Jésus dans la parabole : les publicains et les prostituées derniers aussi par leur comportement.

Jésus y va fort ! Oser proclamer que les publicains collaborateurs avec les Romains,  que les femmes de mauvaise vertu précèdent les grands prêtres et les anciens du peuple vous imaginez ce que çà a dû susciter comme animosité.  Ce Jésus devient fou.  Portant, Il reste dans la ligne de la conclusion de la parabole de la semaine dernière : Pour lui, il y a des premiers qui seront derniers et des derniers qui seront premiers.« 

Jésus ose même dire que ces derniers précèdent les chefs des prêtres et les Anciens dans le Royaume du Père.  Pourquoi ? Parce qu’ils ont rencontré Jésus, se sont sentis considérés par lui et aimés dans leur pauvreté. . Alors, certains se sont repentis en s’ouvrant à du neuf en leur vie, à l’image, justement, de Matthieu ou de la pécheresse essuyant les pieds de Jésus avec ses cheveux.

Les bien-pensants de ce temps-là ne peuvent accepter ce que fait Jésus et  ils s’enferment dans leur conviction.  Ils ont dit « OUI ! » à Dieu, mais dans leur pratique faite de respect des règles et des Lois, de prières publiques et de bonnes actions.  Mais ils disent : « NON ! », lorsque le maître de la Vigne les invite à aller à la marge, à rejoindre le pauvre et le pécheur, à leur ouvrir le chemin d’une espérance nouvelle.  Ils ne se repentent pas.(mot utilisé 2 X ds la parabole)

Cela bouscule nos habitudes.  Pourtant, c’est vers cet horizon là que Jésus nous invite à regarder, et, pas à pas, avec simplicité et humilité, à nous aventurer ainsi vers demain.

Prière universelle

Avec confiance, prions le maître de la vigne non seulement pour les membres de l’Eglise mais aussi pour tous les hommes et femmes de bonne volonté.

  1. Beaucoup d’hommes et de femmes, continuent à vivre une religion de soumission aveugle et dépendante, ou une obéissance servile. Or Dieu n’a que faire d’esclaves. Il veut devant lui des hommes et des femmes debout et libres. Pour que nous devenions capables, avec l’aide de Dieu, de prendre en main notre destinée et celle du monde. Seigneur nous te prions.
  2. Nous avons tous, à quelque niveau que ce soit, des responsabilités vis-à-vis d’autres personnes. Pour que, sans décevoir ceux dont nous avons la charge, nous ne nous contentions pas seulement de paroles creuses ou de promesses vides mais passions aux actes avec courage et enthousiasme. Seigneur nous te prions.
  3. Nous sommes en quête de justice et de droiture, de compréhension et de conciliation. Pour que tous, croyants ou non, nous n’ayons qu’une parole : que notre « oui » soit « oui » et notre « non » soit « non » et qu’ainsi la confiance demeure dans toutes nos relations. Seigneur nous te prions.

Seigneur apprends-nous à ne pas seulement bien parler de ton Royaume, mais à le construire, qu’il donne sens à nos vies dès aujourd’hui et pour les siècles des siècles. Amen.

P’tit rawett’  en lien avec le repentir

REMPLIS CE TONNEAU D’EAU

C’était un chevalier qui avait bataillé dans tous les coins et recoins du Royaume.

Lorsqu’un jour, dans une attaque, une flèche traversa sa cuisse et faillit mettre fin à ses exploits guerriers.  En un éclair, il entrevoit le paradis lointain et hors de portée.  Et l’enfer tout proche, à la gueule brûlante prête à l’engloutir.

Rempli d’effroi, il rejeta ses armes et se dirige vers l’ermitage d’un moine réputé pour sa sainteté, tout au fond de la forêt.

– « Mon père, je voudrais recevoir le pardon de mes fautes car j’ai grande peur pour le salut de mon âme. »

– « Eh bien mon fils, répond l’ermite, allez simplement me remplir d’eau ce tonneau et rapportez-le-moi. »

– « Vous vous moquez de moi, c’est une pénitence d’enfant ; » en levant son poing menaçant pour frapper le moine.

Mais la vision de l’enfer et des diablotins grimaçants lui revient brusquement en mémoire.

Aussi, prend-il le petit tonneau, se dirige vers la rivière toute proche.
Stupéfaction, le tonnelet refuse de se remplir.

 – « C’est un sortilège ! » rugit le pénitent. « Mais j’en viendrai à bout « 

Il se dirige vers une source qui se jette dans le cours d’eau : le tonnelet refuse de se remplir.

Furieux, il gravit en courant la colline et se précipite vers le puits du village. Peine perdue !

Un an plus tard, le vieux moine voit arriver à la porte de son ermitage un pauvre homme en haillons, les pieds ensanglantés, un baril vide dans ses bras.

 – « Mon père, dit le chevalier, d’une voix douloureuse, j’ai couru tous les fleuves et toutes les sources du pays.  Je n’ai pu remplir votre baril… maintenant c’est sûr vous allez me refuser de pardonner mes nombreux péchés ».

Et des pleurs coulent de ses yeux, sur son visage creusé.

Mais voici qu’une larme tombe dans le tonnelet.

D’un seul coup celui-ci se remplit alors à ras bord et déborde de la plus belle eau pure que la terre n’ait jamais vue.  Une seule larme de repentir !

Légende du Moyen-Age

MADAME PIPI

Un ami prêtre, missionnaire à Paris, me raconte qu’étant parti un jour à Lourdes avec des jeunes, il devait leur apporter le pique-nique.

                Rendez-vous était donné à la porte Saint Joseph. Il devait se parquer mais n’avait pas de monnaie sauf un billet de 20 €.

                Il se rend dans différents hôtels pour changer le billet et se fait renvoyer partout.

                En désespoir de cause, il entre dans une toilette publique et demande à la dame de pouvoir changer son billet. Et celle-ci répond :

                – Écoutez, je n’ai pas beaucoup aujourd’hui, je n’ai que 2,50 €., prenez-les, vous me les rendrez quand vous pourrez.

Quand on entend cela, on comprend pourquoi le Christ a dit : heureux les pauvres !

                Et mon ami d’ajouter :

                – Eh bien, madame pipi a changé tout mon pèlerinage !

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