Homélie – 18ème dimanche temps ordinaire Année A – Abbé Fernand Stréber

La foule était au désert, à la nuit tombée.

Désert de la faim pour tant de peuples, de mondes qui ne sont plus que des fractions :

quart monde, tiers-monde !

Hommes et femmes qui ont soif et faim de paix, de liberté, de partage, d’un autre horizon.

Désert de faim et de la soif qui tombe sur la nuit.

« Qu’ils aillent s’acheter de quoi manger » ont-ils dit !

Comme si nous, nous ne savions que prêcher. Comme si nous n’avions que nos belles

paroles pour assouvir la faim et étancher la soif de notre monde.

Mais lui il a eu pitié de cette foule et il leur a dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ».

Et depuis lors les chrétiens ne sont crédibles que s’ils dressent la table du partage dans le désert des hommes.  (d’après Louis Dubois).

Abbé Fernand Stréber

Évangile Mt 14, 13-21

En ce temps-là, quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades. Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture !  » Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Jésus dit : « Apportez-les moi. » Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

Homélie

L’Evangile d’aujourd’hui commence par cette phrase : « Jésus se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. »  Pourquoi Jésus décide-t-il  tout à coup de se retirer au désert tout seul alors que les foules le suivent, qu’il a du succès, qu’il fait beaucoup de miracles et répond à un paquet de demandes.

Pour trouver une réponse à cette question je suis allé relire les deux récits précédant le texte d’aujourd’hui.  Dans le premier, j’y découvre que Jésus est rejeté par les gens de son village : Nazareth:  » N’est‑il pas le fils de Marie et de Joseph, nous connaissons ses frères et ses sœurs « .disent-ils.  Jésus a du quitter Nazareth sans y faire beaucoup de miracles parce qu’il y a été méprisé.  Le passage dans son village a visiblement été un échec.  Un coup dur pour Jésus.

Le second récit qui précède celui d’aujourd’hui, relate l’assassinat de Jean-Baptiste en prison.   Il est le cousin de Jésus.  Hérode vient de le faire décapiter pour honorer un serment  fait à sa belle fille suite à une danse.  La mère de celle-ci réclame la tête du prophète.  La lâcheté des puissants a eu raison de l’homme de Dieu.  Second coup dur pour Jésus.  Les forces du mal semblent vouloir l’emporter sur lui.

Jésus est un homme.  Il a un cœur.  Il a des sentiments.  Même s’il a du succès auprès des foules, ces deux épisodes montrent la réalité d’un homme qui souffre quand des mauvaises nouvelles lui parviennent.  Il a besoin d’être seul pour discerner la volonté de son PèreCette volonté  ne se fait pas attendre.  Elle a le visage d’une foule, en quête de guérison, de réconfort.  Jésus comprend la foule qui crie sa souffrance physique et morale.  Ce n’est pas un hasard si le terme « foule » est repris 5 fois dans l’évangile de ce jour.

 » Saisi de compassion « ,  » Remué jusqu’aux entrailles  » selon certaines traductions, Jésus communique aux foules l’affection de Dieu qui veut arracher l’Homme au mal.

Quand le soir arrive, les apôtres sont tentés de renvoyer les gens chez eux.  « Qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! »  disent-ils.

« Non » dit Jésus : « Ils n’ont pas besoin de s’en allerDonnez-leur vous-mêmes à manger »  Jésus invite ses apôtres à apporter leur part, même si elle est petite, pour alléger cette souffrance humaine.
La providence ne signifie pas tout attendre de Dieu passivement.  La providence c’est croire en nos facultés personnelles et collectives qui sont autant de talents déposés en nous par Dieu.  Jésus m’invite à :

  • Donner ce que j’ai même si c’est peu.
  • Donner ce que je suis même si c’est peu.
  • Donner mon insuffisance (5 pains, deux poissons) Dieu se charge de rendre efficace mon amour pour les autres.  Cela est signifié dans l’évangile d’aujourd’hui par le récit du partage des pains et des poissons.  Notons que l’évangéliste n’utilise pas le terme « multiplication des pains ».

         Ce récit est un avant-goût de l’eucharistie.  Regardons les verbes utilisés : Jésus prit les pains, prononça la bénédiction, les rompit et les donna aux disciples.  La dernière Cène sera un décalque de ce récit.  En plus, les deux scènes se déroulent le soir.

         Il est temps de conclure.

  • Face à la méchanceté humaine Jésus s’est   Par sa manière de faire, il montre  la sollicitude de Dieu pour une foule exprimant sa souffrance.  
  • Il invite ses apôtres à apporter leur part, même si elle est petite.
  • Jésus invite au partage. Ce partage rassasie largement.

Telles sont les trois bonnes nouvelles que j’ai découvertes en approfondissant cette page d’Evangile.  Cela me réjouit.

         Mon souhait c’est que pendant cette eucharistie lors de laquelle le pain de vie nous est proposé en nourriture, nous nous laissions transformer de telle manière que nous devenions à notre tour bon pain pour les personnes que nous rencontrons.

Abbé STREBER Fernand

P’tit rawett’ – Chiot pour PMR

Devant la ferme, un panneau annonce des chiots à vendre.  Un petit garçon lui dit : – « Monsieur, je veux acheter un de vos chiots. « 
«OK, » dit le fermier : « Ces chiots viennent de parents très racés et coûtent beaucoup d’argent ».
Le garçon baissa la tête un moment.  Ensuite, fouillant profondément dans sa poche, il sortit une poignée de monnaie et la tendit à l’agriculteur.
– «J’ai trente-neuf cents.  Est- ce suffisant pour acheter un ? « 
– «Bien sûr » dit le fermier ….. Et il laissa échapper un sifflement..
– «Ici, Dolly! « 
Venant de la niche, Dolly dévala la rampe, suivie par quatre petites boules de fourrure.
Les yeux du petit garçon dansaient de joie.  Comme les chiens arrivaient à la clôture, le petit garçon remarqua que quelque chose d’autre remuait encore à l’intérieur de la niche.
Lentement, une autre petite boule apparut, nettement plus petite.  En bas de la rampe, elle glissa.  Ensuite, de manière un peu maladroite, le petit chiot clopina vers les autres, faisant de son mieux pour les rattraper. 
– « Je veux celui-là »   dit le petit garçon, pointant l’avorton.
L’agriculteur s’agenouilla à côté du garçon et lui dit :
«Mon fils, ne prends pas ce chiot .. Il ne sera jamais capable de courir et de jouer avec toi comme ces autres chiens. »
Le petit garçon recula de la clôture, se baissa et commença à rouler une jambière de son pantalon.  Il révéla une attelle en acier des deux côtés de la jambe, fixée sur une chaussure spécialement conçue. 
En regardant en l’air vers l’agriculteur, il dit :
– « Vous voyez, Monsieur, je ne cours pas très bien moi-même, et il aura besoin de quelqu’un qui le comprend. « 
Avec des larmes dans les yeux, l’agriculteur se baissa et ramassa le petit chiot.  

Le tenant délicatement, il le tendit au petit garçon.
 » Combien?  » demanda le petit garçon ……
 –  » Rien » , répondit le paysan , « il n’y a pas de prix pour l’amour. »

Le monde est plein de gens qui ont besoin de quelqu’un qui les comprenne. 

« Racontez-nous » 2ème tome, VERVIER André et STREBER Fernand, 2022

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