Entre le dernier mail professionnel et le premier jour des vacances, il y a parfois un dĂ©calage. ArrivĂ©s Ă la plage, Ă la montagne ou chez leurs proches, beaucoup gardent le tĂ©lĂ©phone allumĂ©, lâesprit encore encombrĂ© par les dossiers laissĂ©s en suspens et cette impression tenace quâil faudrait profiter de ce temps libre pour faire quelque chose dâutile. Le repos Ă©tait pourtant au programme, mais il semble parfois difficile dây entrer pleinement. Les vacances ont commencĂ©, sans que lâesprit, lui, ait vĂ©ritablement dĂ©crochĂ©.
Pour saint Augustin, le repos nâest pas lâabsence de travail, il en est l’accomplissement. Une invitation Ă redĂ©couvrir, Ă travers quatre conseils inspirĂ©s de sa pensĂ©e, lâart de sâarrĂȘter vraiment.
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Un temps volontairement tournĂ© vers la recherche de la vĂ©ritĂ© plutĂŽt que vers les exigences du travail. Ce loisir, loin dâĂȘtre une fuite ou une perte de temps, est devenu lâun des moments les plus fĂ©conds de sa vie.
Le premier conseil dâAugustin serait sans doute de cesser de considĂ©rer le repos comme une simple rĂ©compense. La logique moderne des vacances repose souvent sur une forme de transaction. AprĂšs avoir beaucoup travaillĂ©, accumulĂ© suffisamment d’argent et rempli ses obligations, il serait enfin permis de sâarrĂȘter.
Le repos nâest pas seulement un dĂ» accordĂ© au terme de lâeffort, mais un Ă©tat dans lequel lâhomme retrouve ce pour quoi il est fait. Un espace oĂč lâamour de la vĂ©ritĂ© peut pleinement sâĂ©panouir. Comme lâĂ©vĂȘque dâHippone lâĂ©crit dĂšs les premiĂšres lignes des Confessions, lâhomme est fait pour Dieu et son cĆur demeure inquiet tant quâil ne repose pas en Lui. Une inquiĂ©tude que quinze jours au soleil ne suffisent pas toujours Ă apaiser, et qui invite plutĂŽt Ă tourner son attention vers ce que le cĆur cherche vĂ©ritablement. ConcrĂštement, le premier pas vers un Ă©tĂ© vĂ©cu selon cet esprit nâest donc pas seulement de choisir une destination ou de remplir un agenda, mais de sâinterroger sur le sens donnĂ© Ă ce temps de repos. Non pas seulement ce qui sera fait pendant les vacances, mais ce quâelles permettront dâaccueillir.
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Le deuxiĂšme conseil de saint Augustin serait sĂ»rement de redĂ©couvrir le silence et la richesse de la vie intĂ©rieure. Bien remplie, la vie du PĂšre de lâĂglise Ă©tait intense. RhĂ©teur, orateur puis Ă©vĂȘque chargĂ© dâun diocĂšse et sollicitĂ© par dâinnombrables Ă©changes, son Ćuvre revient sans cesse Ă lâimage de lâintĂ©rioritĂ© comme un vaste espace oĂč Dieu est dĂ©jĂ prĂ©sent et attend lâhomme. « Tu Ă©tais au-dedans de moi, et moi jâĂ©tais au-dehors », Ă©crit-il dans les Confessions. LâĂ©tĂ©, avec ses longues journĂ©es et son rythme plus lent, offre justement lâoccasion de retrouver ce chemin intĂ©rieur. Non pas dans notre quotidien, mais en apprenant Ă habiter ce silence. Ăteindre le bruit, laisser de cĂŽtĂ© les distractions, savourer une longue soirĂ©e sans chercher Ă la meubler Ă tout prix. Accueillir le silence plutĂŽt que de chercher Ă le combler.
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Le troisiĂšme conseil de saint Augustin serait de redĂ©couvrir la valeur de ce qui ne sert apparemment Ă rien. LâĂ©vĂȘque dâHippone distinguait le negotium, le temps de la vie active et de l’utilitĂ©, de lâotium, ce temps consacrĂ© aux choses faites pour elles-mĂȘmes. Une promenade sans but prĂ©cis, un repas qui se prolonge, une conversation avec un vieil ami… Ces moments de vie ne sont pas nĂ©cessairement des heures perdues. Au contraire, pour saint Augustin ils comptent parmi les instants les plus humains, car ils Ă©chappent Ă la seule logique de lâutilitĂ© pour laisser place Ă la contemplation, Ă la rencontre et Ă la joie dâĂȘtre simplement prĂ©sent, essence mĂȘme de l’ĂȘtre. Bien compris, le loisir devient alors comme un avant-goĂ»t de lâĂ©ternitĂ©, qui, Augustin lâavait compris, ne se mesure pas Ă lâagitation mais Ă la plĂ©nitude.
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Le quatriĂšme conseil de saint Augustin pourrait ĂȘtre dâapprendre Ă rĂ©ellement sâarrĂȘter. Aujourdâhui, le repos est souvent perçu comme un moyen de rĂ©cupĂ©rer des forces pour ĂȘtre ensuite plus efficace. Une vision que lâĂ©vĂȘque dâHippone aurait probablement jugĂ©e erronĂ©e. Lâotium sanctum nâest pas un outil au service de la productivitĂ©. Il ne vise pas Ă rendre plus performant Ă la rentrĂ©e, mais existe parce que lâamour de la vĂ©ritĂ© demande du temps et de la disponibilitĂ©. Un cĆur toujours en mouvement risque de passer Ă cĂŽtĂ© de ce quâil recherche profondĂ©ment. Cet Ă©tĂ©, lâattitude la plus augustinienne est peut-ĂȘtre aussi la plus simple. SâarrĂȘter. Non pas seulement pour reprendre des forces, mais pour revenir Ă lâessentiel. Car le cĆur humain, comme le savait Augustin, nâest pas fait pour une agitation permanente. Il est fait pour trouver enfin le repos auquel il aspire.
Une intuition que rejoignait le pape François qui, lors de lâaudience gĂ©nĂ©rale du 5 septembre 2018 consacrĂ©e au troisiĂšme commandement, rappelait lâimportance du repos dominical. Le souverain pontife relevait alors un paradoxe de notre Ă©poque. Alors que lâhomme ne sâest jamais autant reposĂ© quâaujourdâhui, il semble pourtant n’avoir jamais connu autant de vide. Car le vĂ©ritable repos, expliquait-il, nâest pas une fuite de la rĂ©alitĂ©. « Câest le moment de la contemplation, câest le moment de la louange, pas de lâĂ©vasion », affirmait le pape François. Un temps pour redĂ©couvrir, tout simplement, « comme la vie est belle ».
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