đ€đ„đšđ«đŹ đȘ𝐼𝐞 đ„đžđŹ 𝐯𝐚𝐜𝐚𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐜𝐹𝐩𝐩𝐞𝐧𝐜𝐞𝐧𝐭, 𝐬𝐚𝐱𝐧𝐭 𝐀𝐼𝐠𝐼𝐬𝐭𝐱𝐧 đ„đąđŻđ«đž đȘđźđšđ­đ«đž đœđšđ§đŹđžđąđ„đŹ đ©đšđźđ« đ«đžđđžÌđœđšđźđŻđ«đąđ« đ„đž đŻđ«đšđą 𝐬𝐞𝐧𝐬 𝐝𝐼 đ«đžđ©đšđŹ.

Entre le dernier mail professionnel et le premier jour des vacances, il y a parfois un dĂ©calage. ArrivĂ©s Ă  la plage, Ă  la montagne ou chez leurs proches, beaucoup gardent le tĂ©lĂ©phone allumĂ©, l’esprit encore encombrĂ© par les dossiers laissĂ©s en suspens et cette impression tenace qu’il faudrait profiter de ce temps libre pour faire quelque chose d’utile. Le repos Ă©tait pourtant au programme, mais il semble parfois difficile d’y entrer pleinement. Les vacances ont commencĂ©, sans que l’esprit, lui, ait vĂ©ritablement dĂ©crochĂ©.
Pour saint Augustin, le repos n’est pas l’absence de travail, il en est l’accomplissement. Une invitation Ă  redĂ©couvrir, Ă  travers quatre conseils inspirĂ©s de sa pensĂ©e, l’art de s’arrĂȘter vraiment.
𝟭. 𝗟đ—Č 𝗿đ—Čđ—œđ—Œđ˜€ đ—»’đ—Č𝘀𝘁 đ—œđ—źđ˜€ đ˜‚đ—»đ—Č 𝗿đ—ČÌđ—°đ—Œđ—șđ—œđ—Čđ—»đ˜€đ—Č
Un temps volontairement tournĂ© vers la recherche de la vĂ©ritĂ© plutĂŽt que vers les exigences du travail. Ce loisir, loin d’ĂȘtre une fuite ou une perte de temps, est devenu l’un des moments les plus fĂ©conds de sa vie.
Le premier conseil d’Augustin serait sans doute de cesser de considĂ©rer le repos comme une simple rĂ©compense. La logique moderne des vacances repose souvent sur une forme de transaction. AprĂšs avoir beaucoup travaillĂ©, accumulĂ© suffisamment d’argent et rempli ses obligations, il serait enfin permis de s’arrĂȘter.
Le repos n’est pas seulement un dĂ» accordĂ© au terme de l’effort, mais un Ă©tat dans lequel l’homme retrouve ce pour quoi il est fait. Un espace oĂč l’amour de la vĂ©ritĂ© peut pleinement s’épanouir. Comme l’évĂȘque d’Hippone l’écrit dĂšs les premiĂšres lignes des Confessions, l’homme est fait pour Dieu et son cƓur demeure inquiet tant qu’il ne repose pas en Lui. Une inquiĂ©tude que quinze jours au soleil ne suffisent pas toujours Ă  apaiser, et qui invite plutĂŽt Ă  tourner son attention vers ce que le cƓur cherche vĂ©ritablement. ConcrĂštement, le premier pas vers un Ă©tĂ© vĂ©cu selon cet esprit n’est donc pas seulement de choisir une destination ou de remplir un agenda, mais de s’interroger sur le sens donnĂ© Ă  ce temps de repos. Non pas seulement ce qui sera fait pendant les vacances, mais ce qu’elles permettront d’accueillir.
𝟼. 𝗗đ—ČÌđ—°đ—Œđ˜‚đ˜ƒđ—żđ—¶đ—ż đ—č𝗼 đ—żđ—¶đ—°đ—”đ—Č𝘀𝘀đ—Č đ—±đ˜‚ đ˜€đ—¶đ—čđ—Čđ—»đ—°đ—Č
Le deuxiĂšme conseil de saint Augustin serait sĂ»rement de redĂ©couvrir le silence et la richesse de la vie intĂ©rieure. Bien remplie, la vie du PĂšre de l’Église Ă©tait intense. RhĂ©teur, orateur puis Ă©vĂȘque chargĂ© d’un diocĂšse et sollicitĂ© par d’innombrables Ă©changes, son Ɠuvre revient sans cesse Ă  l’image de l’intĂ©rioritĂ© comme un vaste espace oĂč Dieu est dĂ©jĂ  prĂ©sent et attend l’homme. « Tu Ă©tais au-dedans de moi, et moi j’étais au-dehors », Ă©crit-il dans les Confessions. L’étĂ©, avec ses longues journĂ©es et son rythme plus lent, offre justement l’occasion de retrouver ce chemin intĂ©rieur. Non pas dans notre quotidien, mais en apprenant Ă  habiter ce silence. Éteindre le bruit, laisser de cĂŽtĂ© les distractions, savourer une longue soirĂ©e sans chercher Ă  la meubler Ă  tout prix. Accueillir le silence plutĂŽt que de chercher Ă  le combler.
𝟯. đ—”đ—œđ—œđ—żđ—Čđ—»đ—±đ—żđ—Č đ—źÌ€ đ—œđ—Čđ—żđ—±đ—żđ—Č đ˜€đ—Œđ—» 𝘁đ—Čđ—șđ—œđ˜€
Le troisiĂšme conseil de saint Augustin serait de redĂ©couvrir la valeur de ce qui ne sert apparemment Ă  rien. L’évĂȘque d’Hippone distinguait le negotium, le temps de la vie active et de l’utilitĂ©, de l’otium, ce temps consacrĂ© aux choses faites pour elles-mĂȘmes. Une promenade sans but prĂ©cis, un repas qui se prolonge, une conversation avec un vieil ami… Ces moments de vie ne sont pas nĂ©cessairement des heures perdues. Au contraire, pour saint Augustin ils comptent parmi les instants les plus humains, car ils Ă©chappent Ă  la seule logique de l’utilitĂ© pour laisser place Ă  la contemplation, Ă  la rencontre et Ă  la joie d’ĂȘtre simplement prĂ©sent, essence mĂȘme de l’ĂȘtre. Bien compris, le loisir devient alors comme un avant-goĂ»t de l’éternitĂ©, qui, Augustin l’avait compris, ne se mesure pas Ă  l’agitation mais Ă  la plĂ©nitude.
𝟰. 𝗩đ—Č 𝗿đ—Čđ—œđ—Œđ˜€đ—Č𝗿 𝗼𝘂𝘁𝗿đ—Čđ—șđ—Čđ—»đ˜
Le quatriĂšme conseil de saint Augustin pourrait ĂȘtre d’apprendre Ă  rĂ©ellement s’arrĂȘter. Aujourd’hui, le repos est souvent perçu comme un moyen de rĂ©cupĂ©rer des forces pour ĂȘtre ensuite plus efficace. Une vision que l’évĂȘque d’Hippone aurait probablement jugĂ©e erronĂ©e. L’otium sanctum n’est pas un outil au service de la productivitĂ©. Il ne vise pas Ă  rendre plus performant Ă  la rentrĂ©e, mais existe parce que l’amour de la vĂ©ritĂ© demande du temps et de la disponibilitĂ©. Un cƓur toujours en mouvement risque de passer Ă  cĂŽtĂ© de ce qu’il recherche profondĂ©ment. Cet Ă©tĂ©, l’attitude la plus augustinienne est peut-ĂȘtre aussi la plus simple. S’arrĂȘter. Non pas seulement pour reprendre des forces, mais pour revenir Ă  l’essentiel. Car le cƓur humain, comme le savait Augustin, n’est pas fait pour une agitation permanente. Il est fait pour trouver enfin le repos auquel il aspire.
Une intuition que rejoignait le pape François qui, lors de l’audience gĂ©nĂ©rale du 5 septembre 2018 consacrĂ©e au troisiĂšme commandement, rappelait l’importance du repos dominical. Le souverain pontife relevait alors un paradoxe de notre Ă©poque. Alors que l’homme ne s’est jamais autant reposĂ© qu’aujourd’hui, il semble pourtant n’avoir jamais connu autant de vide. Car le vĂ©ritable repos, expliquait-il, n’est pas une fuite de la rĂ©alitĂ©. « C’est le moment de la contemplation, c’est le moment de la louange, pas de l’évasion », affirmait le pape François. Un temps pour redĂ©couvrir, tout simplement, « comme la vie est belle ».
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