Homélie – 22ème dimanche Temps ordinaire Année A – Abbé Fernand Stréber

La liturgie de ce week-end va nous parler de croix et de souffrance : le prophète Jérémie tout d’abord qui n’en peut plus d’être objet de railleries et de moqueries,

Jésus ensuite qui dit à ses disciples de renoncer à eux-mêmes et de porter leur croix.

Mais le psalmiste chante : « Mon âme a soif de toi Seigneur mon Dieu.  Tu es venu à mon secours et ta main droite me soutient ».

Gardons confiance en ce Dieu qui nous porte dans ses bras, quelles que soient nos peines et nos souffrances.

Et souvenons-nous que, soulevées par tous, nos croix deviennent un fardeau plus léger et plus facile à porter. Abbé Fernand Stréber 

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 16,21-27)

En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

Homélie  (version longue)

Jésus venait de demander à ses apôtres comment ils le percevaient et Pierre avait répondu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »  Jésus l’a chaleureusement félicité.  C’est le texte d’évangile proclamé la semaine dernière.

 Aujourd’hui, Jésus veut préciser aux apôtres ce que signifie le mot « Christ ».  Il parle de souffrance, de croix, de renoncement.  Cà n’a rien à voir avec la douleur contre laquelle Jésus a lutté toute sa vie.  Pourtant, Pierre n’a guère envie d’entendre ce genre de discours.  Il n’a pas envie de voir son maître aller à l’échec.  En effet, quand Jésus parle de croix, Pierre sait ce qu’est cet instrument de supplice utilisé par les Romains pour exécuter les condamnés à mort, autrement dit ceux qui ont raté leur vie.  Comme Pierre, je ne suis pas favorable à l’idée de voir mes amis traverser la douleur.  Il est donc utile de distinguer « souffrance » et « douleur ».  La douleur est à combattre tandis qu’il est possible de choisir la souffrance par amour ou pour se surpasser, atteindre un but, un plus-être.  Exemple : la maman qui se surpasse jusqu’à s’oublier elle-même pour le bien-être de ses enfants ; l’athlète, l’étudiant qui donnent le maximum pour atteindre l’objectif qu’ils se sont fixé suite à une préparation intense pendant laquelle il ont choisi de renoncer aux multiples sollicitations. 

Depuis le temps que les Juifs attendent le Messie, depuis que Pierre en entend parler, lui et les Juifs s’en sont forgé une image, une représentation : Pour eux le messie c’est quelqu’un au-dessus de la mêlée, quelqu’un plus fort que tous, autrement-dit tout-puissant, quelqu’un qui leur accordera des avantages, des privilèges par rapport aux autres peuples, quelqu’un qui les aidera à réaliser leurs projets, quelqu’un qui outrepassera les lois de la nature, etc ….

 Mais cette manière de penser ne correspond pas du tout à celle de Jésus qui affirme sa prédilection, sa préférence pour ceux que la société rejette : le faible, le handicapé, le détenu,…Il est tout-puissant d’accord mais tout-puissant d’amour.  Le Christ a choisi l’amour de TOUS les Hommes jusqu’au bout avec une prédilection pour les plus fragiles, même si Jésus sait que ce choix générera de la souffrance pour Lui.

 Devant cette divergence de vue fondamentale avec Pierre, Jésus se fâche : « Passe derrière moi, Satan ». Il va recadrer Pierre en lui disant : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes.« 

Ensuite, Jésus invite ses apôtres (donc nous aussi aujourd’hui) à le suivre en renonçant à eux-mêmes, en portant LEUR croix, pas CELLE des AUTRES.  Cette invitation de Jésus n’est donc pas comparable à la scène de Simon de Cyrène à qui les bourreaux ont demandé de porter la croix de Jésus jusqu’au  Golgotha.  Que signifie alors ce verset alors que nous savons bien que Jésus n’est ni un sadique ni un masochiste ? 3 éléments de réponses :

1 : Surpasser les souffrances liées à nos échecs, à nos erreurs ou à nos manques de discernements.

2 : Consentir uniquement à des sacrifices qui génèrent un plus-être ou du bonheur à l’exemple de celui de l’étudiant diplômé après plusieurs blocus exigeants.

3 : Côtoyer et écouter avec patience, compassion et respect, des personnes qui nous partagent leurs souffrances.

Refuser de porter SA croix équivaut à se condamner à une plainte et une révolte permanentes ; c’est accentuer sa souffrance en la croyant toujours supérieure à celle des autres.  C’est donc emprunter le chemin d’une mort à petits feux.

La particularité de la religion chrétienne est d’être une religion née suite à la mort de Jésus, mort interprétée dans un premier temps comme un échec, celui de la croix.  Mais la résurrection a retourné cette situation sans la nier, sans la gommer, sans l’oublier.  Ce n’est donc pas un hasard si le signe des chrétiens est une croix mais pas n’importe laquelle : la croix glorieuse.  Ce n’est pas un hasard si la plus grande fête des chrétiens est Pâques.

Cette conviction me donne envie de suivre les enseignements de Jésus-Christ.  En étant imprégné de cet enseignement et après avoir médité l’extrait d’évangile d’aujourd’hui je pense à trois éléments :

         1: convertir notre image de Dieu : cesser de rêver à un Dieu-magicien, à un Dieu Père-Noël, à un Dieu qui m’éviterait toute douleur.  Ce Dieu magicien est un Dieu païen.

         2 : prendre conscience que Dieu est attentif à nous, aussi quand nous sommes dans une situation de souffrance.  Il est tourmenté par nos détresses et nous aide traverser ces situations pénibles.

3 : Faire barrage au mal, à la violence et à l’injustice avec les ressources de l’Amour.

Je remercie l’Esprit- Saint et vous invite à faire de même parce qu’il nous aide à comprendre le sens de la croix du Christ.

Merci aussi à Dieu de nous aider à porter NOTRE  croix chaque jour.

Homélie  (version plus concentrée)

Jésus venait de demander à ses apôtres comment ils le percevaient et Pierre avait répondu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »  Jésus l’a chaleureusement félicité.  C’est le texte d’évangile proclamé la semaine dernière.

Aujourd’hui, Jésus veut préciser aux apôtres ce que signifie le mot « Christ ».  Il parle de souffrance, de croix, de renoncement.  Cà n’a rien à voir avec la douleur contre laquelle Jésus a lutté toute sa vie.  Pourtant, Pierre n’a guère envie d’entendre ce genre de discours.  Il n’a pas envie de voir son maître aller à l’échec.  En effet, quand Jésus parle de croix, Pierre sait ce qu’est cet instrument de supplice utilisé par les Romains pour exécuter les condamnés à mort, autrement dit ceux qui ont raté leur vie. 

Il est donc utile de distinguer « souffrance » et « douleur ».  La douleur est à combattre tandis qu’il est possible de choisir certaines souffrances par amour ou pour se surpasser, atteindre un but, un plus-être.  Exemple : la maman qui se surpasse jusqu’à s’oublier elle-même pour le bien-être de ses enfants ; l’athlète, l’étudiant qui donnent le maximum pour atteindre l’objectif qu’ils se sont fixé suite à une préparation intense pendant laquelle il ont choisi de renoncer aux multiples sollicitations

Depuis que Pierre entend parler du Messie, il s’en est forgé une image: Pour lui le messie c’est quelqu’un au-dessus de la mêlée, quelqu’un plus fort que tous, autrement-dit tout-puissant, quelqu’un qui l’aidera à réaliser ses projets, etc ….

Mais cette manière de penser ne correspond pas du tout à celle de Jésus qui affirme sa préférence pour ceux que la société rejette.  Il est tout-puissant d’accord mais tout-puissant d’amour.  Le Christ a choisi l’amour de TOUS les Hommes jusqu’au bout, même s’il est conscient que ce choix générera de la souffrance pour Lui.

Devant cette divergence de vue fondamentale avec Pierre, Jésus se fâche : « Passe derrière moi, Satan ». Il va recadrer Pierre en lui disant : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. »     

Ensuite, Jésus invite ses apôtres à le suivre en renonçant à eux-mêmes, en portant LEUR croix, pas CELLE des AUTRES.  Cette invitation de Jésus n’est donc pas comparable à la scène de Simon de Cyrène à qui les bourreaux ont demandé de porter la croix de Jésus jusqu’au  Golgotha

La particularité de la religion chrétienne est d’être une religion née suite à la mort de Jésus, mort interprétée dans un premier temps comme un échec, celui de la croix.  Mais la résurrection a retourné cette situation sans la nier.  Ce n’est donc pas un hasard si le signe des chrétiens est une croix mais pas n’importe laquelle : la croix glorieuse.  Ce n’est pas un hasard si la plus grande fête des chrétiens est Pâques.

Cette conviction me donne envie de suivre les enseignements de Jésus-Christ.  En étant imprégné de cet enseignement et après avoir médité l’extrait d’évangile d’aujourd’hui je pense à 2 exemples :

         1 : prendre conscience que Dieu est attentif à nous, aussi quand nous sommes dans une situation de souffrance.  Il est tourmenté par nos détresses et nous aide traverser ces situations pénibles.

2 : Faire barrage au mal, à la violence et à l’injustice avec les ressources de l’Amour.

Merci à Dieu de nous aider à porter NOTRE croix chaque jour.

P’tit’ rawett’ : « UNE CROIX, C’EST UNE FENÊTRE »

 Ce soir-là, mon cœur est lourd, mon corps pesant. J’entre dans la chambre d’Angèle à l’heure où elle s’endort, pour l’embrasser.

         – Tu sais, maman, une croix…

Aurait-elle perçu les difficultés que je vis ? Mes pensées défilent plus vite que ses mots.

         – Une croix, oui, je sais…

         – Une croix, c’est une fenêtre.

         – ?

         – Tu ne comprends pas. Regarde, maman.

Ma petite fille – quatre ans -, qui ne sait pas écrire mais seulement dessiner, s’assied sur son lit, prend un feutre et un papier pour m’aider à voir.

Elle trace une croix et l’entoure d’un carré.

         – Tu vois maman, une croix, c’est une fenêtre.

Mon corps s’allège comme l’éclair, mon cœur à nouveau bat à l’endroit.

         – Ce que tu me dis est merveilleux. Je l’écrirai dans mon cahier pour te le redire quand tu seras grande.

Et ma petite fille, déjà si grande, qui ne s’embarrasse pas avec la subtilité des verbes irréguliers, me répond, l’air très assuré :

         – Ce n’est pas la peine, maman. Je le “sauverai” toujours.

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