Homélie – 3ème dimanche de Pâques – Abbé Fernand Stréber

  • Des disciples de Jésus marchent vers Emmaüs.
    Un des deux se prénomme Cléophas.
    L’autre ne serait-il pas moi ?
  • Récit merveilleux pour nous faire entrer dans le mystère de la résurrection et dans le sens de l’eucharistie.

Abbé Fernand Stréber 

Évangile : « Les disciples d’Emmaüs » (Lc 24, 13-35)  

Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « de quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié  Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit !     Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur interpréta, dans toute l’écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

Homélie


NB : Les phrases ci-dessous en italique sont issues de l’évangile.

Dans le récit des disciples d’Emmaüs, la marche et la parole contribuent fortement à reconnaître Jésus.  Je vais tenter de vous le faire découvrir en quatre étapes qui reprennent chacune ces 2 réalités : la marche et la parole

1          « Deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs ».

Ils quittent Jérusalem là où Jésus a été crucifié.

Ils ne parviendront pas à Emmaüs.  Car le sens de la vie ne se trouve pas dans une destination mais sur le chemin qui y conduit.

« ils parlent de tout ce qui s’était passé ».

2          « Jésus s’approcha et marchait avec eux ».

C’est Jésus qui a l’initiative de s’approcher.  Il fait ce chemin au rythme des deux disciples.

Il les interroge : « De quoi discutez-vous tout en marchant » ? Les disciples sont invités à parler, à raconter.

Les deux disciples répondent à Jésus : Je cite : « Des femmes de notre groupe sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps.  Elles ont eu une vision : des anges qui le déclarent vivant ».

Qu’il est difficile de voir dans le tombeau autre chose que le vide !  Et pourtant le tombeau n’est-il pas la « crèche » d’un monde nouveau ?

« Partant de Moïse et des prophètes Jésus leur interprète dans toute l’Ecriture ce qui le concernait. »  

3          Le texte se poursuit. Je cite : « Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin ». Jésus a un tel respect de leur liberté qu’il ne veut en aucun prix la souiller.

« Reste avec nous ». disent les deux disciples.  Jésus accepte l’invitation.  « Il prend le pain prononce la bénédiction , le rompt et le leur donne. »  Les deux disciples le reconnaissent. C’est l’eucharistie.

4          Le texte se poursuit.  « A l’instant même les deux disciples se levèrent et retournèrent à Jérusalem ».  « Se levèrent » : Littéralement en grec, ce verbe signifie « ressusciter ».  Les deux disciples ont reçu les deux signes de la résurrection : la Parole et le Pain partagés.  Ils vont retrouver les onze apôtres  qui leur annoncent  la résurrection de Jésus.  A leur tour, les deux disciples d’Emmaüs racontent ce qu’ils viennent de vivre avec Jésus.

Aujourd’hui c’est nous qui marchons.  Chaque fois que nous dialoguons, rencontrons les autres, Jésus est là parfois même sans que nous le remarquions.  Chaque fois que nous nous arrêtons pour comprendre les Ecritures et partager le pain, il se laisse reconnaître.

Abbé Fernand STREBER

Prière universelle :

Prions le Christ ressuscité qui ne cesse de venir à notre rencontre dans le quotidien de notre foi.

Pour les pèlerins de notre société : celles et ceux qui sont en quête d’un travail, d’une parole, d’un sourire, d’un regard d’amitié… qu’ils trouvent en nous une lumière d’espérance. Seigneur nous te prions

Pour ceux et celles qui croient et cherchent à approfondir leur foi. Qu’ils découvrent l’importance de pouvoir perdre du temps pour se nourrir de la Parole. Seigneur nous te prions.

Pour toutes celles et ceux qui s’interrogent sur le sens de leur vie. Qu’ils rencontrent sur leur route d’Emmaüs des témoins de la Bonne Nouvelle. Seigneur nous te prions.

Pour ceux qui ont la charge de pasteur, qu’ils sachent nous rejoindre sur nos routes d’humanité, s’intéresser à nos détresses et nous ouvrir le cœur aux Ecritures. Seigneur nous te prions.

Par cette eucharistie, tu nous redis, Seigneur ton amour. Accorde à tout homme, à toute femme en ce monde de se sentir aimé de toi. Amen.

P’tit’ rawett’

Dans le récit des disciples d’Emmaüs, la marche et la parole prennent une grande place. Le conte ci-dessous apporte un éclairage complémentaire à ce merveilleux texte.

Des traces sur le sable

Dans la nuit, j’ai eu un songe. Je cheminais sur la plage, côte à côte avec le Seigneur. Nos pas se dessinaient sur le sable, laissant une double empreinte, la mienne et celle du Seigneur.
     L’idée me vint  que chacun de nos pas représentait un jour de ma vie. Je me suis arrêté pour regarder en arrière. J’ai vu toutes ces traces qui se perdaient au loin, mais je remarquais qu’en certains endroits, au lieu de deux empreintes, il n’y en avait plus qu’une. J’ai revu le film de ma vie.
      Oh surprise! Les lieux à l’empreinte unique correspondaient aux jours les plus sombres de mon existence : jours d’angoisse,  d’épreuves et de doute. 
      J’ai donc interrogé :
Seigneur,  Tu as dit que Tu étais avec moi tous les jours de ma vie.  J’ai accepté de vivre avec Toi.  Mais pourquoi  m’avoir laissé seul aux pires moments de ma vie?
      Et Seigneur m’a répondu:« Mon fils, je t’aime. J’ai dit que je serai avec toi durant toute la promenade et que je ne te laisserai pas une seule minute. Je ne t’ai pas abandonné.
Les jours où tu ne vois qu’une trace de pas sur le sable, ce sont les jours où je t’ai porté!

D’après Adémar de Barros, poète brésilien

Laissez-nous votre commentaire !