« La boîte vide »

Il y a de cela quelques temps, se déroula dans les Ardennes une affaire fort étrange mais qui fit assez peu de bruit tant on redoubla d’efforts pour la tenir secrète… L’effarante nouvelle s’était répandue de bouche à oreille, uniquement dans le cercle assez étroit des paroissiens engagés dans la vie d’une église bien connue mais que nous ne nommerons pas de son véritable nom par élégance d’âme, nous la nommerons Saint-Michel, si vous le voulez bien… L’aventure commença à quelques jours de Noël… Les bénévoles de tous âges s’activaient dans la chapelle de la Vierge, autour de la crèche, on clouait, on tapissait, on ouvrait des caisses et de grandes boites en carton, on répandait de la mousse, de la paille fraîche et odorante sur le dallage, on dressait des palmiers de papier découpé, on suspendait à la voûte une étoile dorée aux mille rayons, on installait l’ange quêteur qui dit merci de la tête quand on glisse une pièce dans la coquille qu’il tient sur les genoux… Soudain, un cri déchira l’air, un cri d’effroi, Mademoiselle Leterrier, livide, tenait la boîte contenant le petit Jésus. Elle était vide, oui, vide !!! Elle laissa choir le couvercle, tous s’approchèrent et regardèrent… Il n’y avait plus rien à l’intérieur qu’un peu de papier de soie froissé… Que s’était-il passé ? Un vol ? Une plaisanterie ? Qui avait osé ? On s’interrogea, on fouilla, partout, dans les placards de la sacristie, au grenier, dans le clocher, et même au presbytère, rien, on ne trouva rien… C’était une affreuse évidence : Le beau et ancien petit Jésus de cire avait bel et bien disparu… Que faire ? Mon Dieu, que faire ? Et Noël qui approchait, inexorablement, à grands pas… Chaque heure qui sonnait au clocher voyait s’approcher la catastrophe. Il n’était pas question de célébrer Noël sans Jésus dans sa crèche… Cette disparition eut une suite et une fin aussi étranges que son commencement… C’est un promeneur, qui découvrit la vérité… Dans une allée de la forêt toute proche, enneigée et déserte, il aperçut au crépuscule, au loin, une silhouette, c’était un enfant, un petit enfant qui paraissait être à demi-nu et qui avançait à petits pas dans la neige, laissant de minuscules empreintes, si petites, oh mon Dieu, si petites… l’homme parvint à sa hauteur, ô Ciel, cette silhouette… On dirait que c’est « LUI »…. l’enfant ne semblait pas souffrir du froid, il se mouvait mais ne semblait pas fait de chair, il avait la douceur de la cire, c’était de la cire en mouvement… Pourtant, ses yeux étaient bien vivants, étincelants et profonds comme un ciel étoilé, ô ce regard… Et l’enfant parla… Que dit-il ? Le promeneur rapporta plus tard ses propos que je retranscris ici avec, je l’espère, assez de justesse : « Je m’en vais, je quitte l’église Saint-Michel, Ici dans ce village, il n’y a presque plus personne pour venir me voir, presque tous sont trop occupés, indifférents ou refusent que je les aime, ici, vois-tu, il y a deux ans, à la messe de minuit, vous étiez 60 et l’année dernière vous n’étiez déjà plus que 40, je m’en vais, je vais voir dans d’autres lieux si je rencontre plus de fidélité et d’amour… » Fort impressionné, bouleversé, les larmes aux yeux, l’homme réussit à convaincre l’enfant de renoncer à son départ et de retourner à sa place. Il lui promit d’amener beaucoup de monde, parents, frères, sœurs, cousins, cousines, voisins et amis, et toute personne de bonne volonté… L’enfant souriait, il accepta… L’homme le prit dans ses bras et le ramena, soigneusement enveloppé dans sa chaude écharpe de laine… À leur entrée dans l’église Saint-Michel, le petit enfant était à nouveau immobile, ce n’était plus que de la cire, rien que de la cire… Maintenant, mes amis, croyez moi si vous le voulez mais cette année là au soir de cette si sainte nuit, l’église fut pleine, oui, bondée, on pouvait à peine bouger… Au fond de l’église, éclairée comme un soleil, un petit enfant de cire souriait… Et ses yeux, ô mon Dieu, ses yeux !!! Son regard était à nouveau vivant, immense comme l’univers, aussi beau que le ciel d’une nuit de Noël… Un regard aussi vaste que l’Espérance…
Texte et dessin Alain Sartelet
Merci à Monsieur Alain Sartelet pour l’autorisation de partage de son dessin et de son texte. 
Groupe Facebook « Les Ardennes vues du sol »

2 réflexions sur “« La boîte vide »

  1. Quelle jolie histoire, bravo et merci pour son partage ! Et, promis, je mets tout en œuvre (à mon niveau) pour que nos églises soient bondées le soir de Noël : IL a raison 🙂 !

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