Conte « Les quatre bougies » version Noël 2020

Adaptation d’un conte de Noël connu… 

Nous sommes en famille en ce soir de Noël 2020. Décidément, ce n’est pas un Noël comme les autres ! Et pour preuve …  À quelques kilomètres et des poussières d’ici, dans une maisonnée où l’on papote au salon avant de passer à table, un enfant soupire, car ce que disent les grandes personnes ne l’intéresse pas. C’est triste et ennuyeux. Pour le coup, et pour ne rien arranger, ses cousins ne sont pas là à cause du Gros vide… ou quelque chose comme ça. C’est le comble de l’ennui !  L’enfant s’avance avec tristesse vers la fenêtre. Il aimerait bien aller dehors, mais il est trop tard. C’est ce qu’on lui a répondu…  Son regard est soudain attiré par les quatre bougies posées sur la tablette en marbre noir, zébrée de veines blanches et tachetée de mille étoiles. C’est sa maman qui les a mises là il y a quelques jours,  -Pour une fois changer, a-t-elle dit, et Vivement Noël ! J’aime bien les bougies, pense l’enfant. C’est joyeux, les flammes ; elles dansent comme des folles et on dirait qu’elles parlent entre elles :

« Moi, je suis la lumière de la paix, semble dire la première… Mais franchement, je suis en train de me demander pourquoi je me fatigue ainsi, à brûler pour la galerie, à me casser la mèche pour apporter un signe de paix, alors que partout dans le monde, c’est le chaos total !  Les guerres et les cris résonnent jusque dans la chambre des bébés et au milieu des îles ! Je suis inutile et décorative.  Personne n’a plus idée de me propager et d’honorer ma flamme…  Je capitule, les bidules ! Tchao Bella, hasta la vista ! »

Et la flamme de la paix, en disant ce mot d’esprit, s’éteignit doucement, laissant ses trois co-locataires perplexes et désorientées…

« Ouf dis ! s’écria la deuxième flamme.  Je ne m’attendais pas à ça ! Mais moi aussi je me sens vaciller… Je suis la lumière de l’amour.  Je me demande ces derniers temps si je vais pouvoir continuer à éclairer les cœurs ! Avec le confinement, les gens ne peuvent même plus se fréquenter ! Déjà que ce n’était pas toujours facile ! Et dans leur bulle, ils finissent parfois par se mordre le nez et ne plus pouvoir se sentir. Et je ne parle pas de tous ceux qui sont seuls, abandonnés comme des masques utilisés ! Moi, je vis pour être partagée et brûler au cœur des relations.  Je ne peux pas faire autrement, c’est dans mon ADN !  À quoi bon vouloir coûte que coûte communiquer quand les gens cherchent des flammes sur Snapchat, des milliers d’amis sur Facebook et des contacts virtuels en boucle ?   À quoi bon vivre, dans ces conditions ? »

Sur ces mots enflammés, la lumière de l’amour, découragée, se laissa glisser dans la cire liquéfiée et s’y laissa noyer.

Voyant cela, la troisième flamme s’écria : « Moi, cela fait des années que je me bats pour rester vivante, que je protège la foi des hommes devenue souvent fragile et secrète !  Et c’est normal, je suis la flamme de la foi. Pourtant, croyez-moi, ce n’est pas une mince affaire de se faire aujourd’hui une place au soleil sur la place publique !  Je ne crains pas le martyre, mais là, je n’ai plus de batterie, je suis à plat et personne ne semble en faire cas…  »

Sur cette sortie fracassante, par un salto lumineux, la lumière de la foi fusa une dernière fois, mais vacilla, défaillit… et s’éteignit dans un crépitement douloureux.

Des quatre flammes, il n’en restait plus qu’une. Dehors, le noir paraissait plus sombre qu’auparavant, et c’est comme s’il voulait pénétrer davantage encore à l’intérieur de la maison.

D’une petite voix incertaine, l’enfant dit à la quatrième flamme : – Alors, toi aussi, tu vas t’éteindre et disparaitre ce soir ? 

La petite flamme lui répondit :

« Non ! Je vais continuer à briller !  Toujours !  Je suis la lumière de l’espérance.  C’est moi qui permets de tenir pendant les moments de tristesse ou de découragement.  Je suis la lumière qui jaillit dans la profonde obscurité, perçant de ma clarté le doute et le froid des sentiments, pour illuminer les yeux, réchauffer le présent et éclairer l’avenir.  Je suis la lumière de Noël et je serai toujours là. Ne désespérez jamais ! »

L’enfant sentit la joie réintégrer son cœur.  Il comprit que cette lumière de l’espérance pouvait redonner vie à toutes les autres flammes, pour peu qu’une main généreuse la transmette de place en place. Il prit alors la bougie, l’inclina délicatement vers les mèches noircies et ralluma une à une les trois autres bougies : celles de la paix, celle de l’amour, celle de la foi.  Et toutes ces flammes, une fois remises sur mèche, semblaient briller plus intensément, si bien qu’elles illuminaient à présent toute la pièce, et jusqu’au cœur des convives.

C’est à ce moment que l’on entendit venant de la cuisine une voix criant à la cantonade :  – Il est temps de passer à table !  Joyeux Noël                                                                                                      

Nathalie Guinand – assistante paroissiale Diocèse de Namur

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