Réflexion de l’abbé Philippe Goffinet, doyen de Dinant, sur l’évangile de ce dimanche !

« Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix.  Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » Jn 10,2-5 

L’image du berger traverse toute la Bible. Abraham, Moïse et David étaient des bergers. Il n’est donc pas étonnant que cette image ait été utilisée pour parler de Dieu lui-même qui est le berger de son peuple et les rois d’Israël seront appelés à être, de la part de Dieu, des bergers qui prennent soin du peuple qui leur a été confié. Il s’agit là d’une mission et d’une responsabilité loin de toute image un peu romantique que nous pourrions avoir du berger. Le métier est rude, il s’exerce souvent en solitaire et il peut être dangereux face aux prédateurs. Ce métier demande don de soi, compétence et amour pour ce travail. Le berger peut passer toute la nuit à chercher une brebis égarée, tombée dans un ravin ou prisonnière d’un buisson épineux. Mais le secret du métier réside dans la relation qui se tisse, jour après jour, avec les brebis. On peut même parler d’une certaine complicité et d’attention permanente. Malheureusement, il y a des bergers qui exercent le métier par amour de l’argent. Dès que le danger se présente, ils prennent la fuite et abandonnent le troupeau.

Le passage d’évangile que nous lisons fait suite à un conflit entre Jésus et les pharisiens à propos de la guérison d’un aveugle-né qui vient de reconnaître en Jésus le Messie. Les vrais aveugles sont les pharisiens qui prétendent « voir ». Et Jésus utilise l’image du berger, bien connue de ses auditeurs, pour faire découvrir le sens de sa mission.

Comme le bon berger, il appelle ses brebis chacune par son nom. Dans le cœur de Dieu tel que Jésus nous le dévoile, nous ne sommes pas des numéros ou des anonymes. Chacun est appelé de manière personnelle. Je pense à ce que disait Bernadette Soubirous après ses dix-huit rencontres avec la Dame à la grotte de Massabielle : « Elle me regardait comme une personne qui parle à une autre personne ». Dans le regard de la Dame qui lui sourit, elle découvre le regard d’un Dieu qui l’aime personnellement. Pour Jésus, chacun est quelqu’un d’unique à qui il ne s’impose pas, mais se propose pour vivre avec lui ou elle un chemin de vie qui sera aussi unique. Chacun entend la voix du berger à sa façon et marche à sa suite à son rythme. La voix du berger est reconnaissable entre toutes car elle respecte notre liberté. « Les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. » Une voix qui ne s’impose pas par la force ou la séduction… mais une voix qui invite à trouver son chemin pour répondre à son appel. A la différence des pharisiens qui embrigadent les gens dans une interprétation tatillonne de la Torah en multipliant les interdits et les obligations. Pharisiens d’aujourd’hui aussi qui voudraient un christianisme pur et dur, avec des règles claires et une liturgie immuable !  Jésus le bon berger invite à donner librement une réponse d’amour à un amour qui fait les premiers pas. A chacun de trouver sa réponse !

« Il les fait sortir ». Une expression chère au pape François qui invite les chrétiens à sortir de leurs enclos. Certes, nous avons besoin de faire communauté car un chrétien tout seul est un chrétien en danger. Nous le mesurons très fort en ce moment où les rassemblements communautaires ne sont pas possibles. Nous avons besoin de nous retrouver concrètement (nous voir, nous embrasser, prendre des nouvelles, partager les joies et les peines) ; nous avons besoin d’accueillir ensemble la Parole de Dieu pour nous en nourrir ; nous avons besoin de recevoir le Pain de Vie. Si le confinement nous avait fait percevoir l’importance irremplaçable de la communauté dominicale, il n’aurait pas été vain ! Mais une communauté chrétienne n’existe que pour être en sortie et « prendre soin » de ses frères et sœurs.

« Prendre soin », une expression qui conclut tous les courriers et les entretiens téléphoniques ces jours-ci. Elle est suffisamment neutre pour que tout être humain s’y retrouve, mais elle convient aussi parfaitement à ce que l’Évangile nous ouvre comme chemin pour sortir de nos zones de confort et nous laisser toucher par tout ce qui blesse et meurtri les êtres humains. Prendre soin de la création qui est malade, mais aussi prendre soin des pauvres et des petits écrasés par le rouleau compresseur de la mondialisation. Et il y a urgence comme l’a rappelé le pape en 2013, peu de temps après sa nomination : « Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l’Église aujourd’hui, c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol ou si son taux de sucre est trop haut ! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste. »

L’urgence aujourd’hui, pour nous chrétiens, n’est peut-être pas de savoir quand nous pourrons à nouveau nous réunir. La polémique engendrée par certains est indécente. Les moyens ne manquent pas actuellement pour nourrir notre foi, solidifier notre espérance et rendre inventive notre charité. L’urgence est d’abord de soutenir la lutte contre le coronavirus en respectant scrupuleusement les gestes barrières et les mesures de confinement. Ensuite de « prendre soin » de nos frères et sœurs qui vivent difficilement cette situation en semant la contagion de la sollicitude fraternelle… comme le bon berger prend soin de ses brebis.

Philippe Goffinet

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