Samedi Saint et dimanche de Pâques. Réflexion du doyen de Dinant : l’abbé Philippe Goffinet

Le samedi saint, nous le vivons devant un tombeau. Joseph d’Arimathie, disciple de Jésus en secret nous dit l’évangéliste Jean, a réclamé le corps de Jésus à Pilate qui le lui a permis. Et Nicodème a apporté un mélange d’aromates et de myrrhe pour ensevelir le corps de Jésus. Un des notables juifs, membre du Sanhédrin qui, intrigué par l’enseignement de Jésus qu’il considérait comme un rabbi, était venu le trouver de nuit : c’était au début du ministère de Jésus, mais l’entretien avait tourné court. Ce même Nicodème avait pris discrètement la défense de Jésus lors de la fête des Tentes lorsque les Pharisiens voulaient l’arrêter. Joseph et Nicodème, deux disciples « non déclarés » vont lui rendre le dernier hommage de l’ensevelissement et le déposer dans un tombeau tout près du Golgotha. 

L’affaire Jésus est terminée. Pour les autorités religieuses d’Israël, c’en est fini de ce faux prophète, ce blasphémateur qui s’est prétendu le Messie, l’envoyé du Père et qui a trompé les gens.  Pour les disciples de Jésus, c’est la débâcle totale… et Pierre a même renié le maître après l’avoir laissé seul en agonie au jardin des oliviers.  Des femmes qui l’ont accompagné jusqu’au bout sont là et regardent de loin l’endroit où il a été déposé. C’est le grand silence de la mort qui s’installe. Ce que commémore l’Eglise en ne célébrant aucune liturgie ce jour-là. L’Eglise est en prière et elle vit le silence du deuil. Elle médite sur les évènements des derniers jours. Et cette année, elle vibre elle aussi du silence angoissé de toute l’humanité qui s’interroge sur son avenir. Elle est dans l’attente car Dieu n’a pas fini de nous surprendre. Dans le grand silence du samedi saint, le murmure de la vie est à l’œuvre dans les tréfonds du séjour des morts où Jésus est descendu (ce que le Credo appelle les « enfers ») et l’alléluia pascal jaillira au cœur de la nuit.

Dans la nuit, Il n’y aura pas de feu nouveau, ni de Cierge pascal allumé qui communiquera sa lumière aux cierges des fidèles, ni la proclamation joyeuse de l’Exultet, ni la longue évocation de l’histoire du salut qui aboutit au Gloire à Dieu sonné à toute volée et à l’alléluia solennel de Pâques qui ouvre le récit du tombeau ouvert. Cette année, nous ne pourrons pas bénir l’eau baptismale et renouveler ensemble nos promesses de baptême, ni poursuivre par une eucharistie festive. Je vous invite néanmoins à allumer chez vous une bougie qui sera comme une petite flamme d’espérance au cœur de la nuit. Et là où c’est possible on sonnera les cloches à toute volée pour annoncer Pâques et accueillir avec les femmes le message de l’ange : « Vous soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : « Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez. » Mt285-7)

Jésus, nous disent les évangiles, va se montrer vivant à Marie-Madeleine, à quelques femmes et aux disciples qui, dans un premier temps, ne les crurent pas. Mais la résurrection n’est pas seulement un évènement arrivé à Jésus, elle touche aussi celles et ceux qui mettront en lui leur foi et leur espérance. Paul le redira avec bonheur : « Il est le premier-né d’entre les morts ». Jésus est entré dans la mort et le séjour des morts, mais il surgit debout sur les portes de l’enfer qui sont brisées, le diable est bâillonné. Et Jésus, dans la fulgurance de la lumière entraîne dans son sillage Adam et Eve, prototypes de toute l’humanité, qu’il arrache à leurs tombeaux pour les conduire vers le royaume du Père. Un tropaire de la liturgie orientale exprime ce mystère pascal en quelques mots : « Christ est ressuscité des morts, par la mort il a vaincu la mort ; à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie. »

Avec les disciples, nous prenons la route de la Galilée, là où Jésus leur a donné rendez-vous car c’est là que tout a commencé. Et c’est de là que l’aventure de la bonne nouvelle va continuer son chemin vers toutes les nations, portée cette fois par les disciples de Jésus. Pâques, c’est une mission qui commence  et qui continue  à travers notre témoignage. Car par le baptême nous avons été plongés dans la mort du Christ pour ressusciter dès maintenant avec lui dans la vie nouvelle qu’il nous offre. Et nous sommes appelés aujourd’hui à faire naître la vie là où règnent la mort et les forces de mort. Dans le contexte actuel, nous sommes appelés plus que jamais à rayonner la vie, à accompagner, à soutenir, à soulager par la parole et par les actes, à vivre à fond la solidarité, à manifester une attention plus soutenue à ceux qui  plongent dans la peur et l’angoisse… A nous d’inventer les paroles et les gestes qui font vivre ! C’est dans nos « Galilée » d’aujourd’hui qu’une bonne nouvelle de vie est à mettre au monde !

Bonne fête de Pâques dans la joie du Christ ressuscité ! Alléluia !

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