Homélie – Fête de la Toussaint 2026 – Abbé Fernand Stréber

Qui peut me dire ce qu’est un saint, demande la catéchiste.

Alors qu’ils venaient d’admirer les superbes vitraux de l’église,
un enfant répond : C’est quelqu’un qui laisse passer la lumière de Dieu pour que les autres puissent en profiter.

Quelle belle définition de la sainteté !

Soyons donc des passeurs de lumière…

Belle fête de tous les saints dans la mémoire de nos défunts.

Abbé Fernand Stréber

PREMIÈRE LECTURE  (Ap 7, 2-4.9-14)

Moi, Jean,  j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

ÉVANGILE (Mt 5, 1-12a)

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :  « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.  Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.  Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.  Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.  Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.  Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Commentaire

Quand nous entrons dans l’église, nous ne les voyons même plus, à part celle de Marie peut-être, mise à l’honneur.  Les statues des saints font partie du décor.  Si vous avez eu un jour l’occasion d’entrer dans une synagogue juive ou un temple protestant, vous n’en avez vu aucune.  Dans ces lieux, on respecte à la lettre la Loi de Moïse: «Tu ne feras pas d’images sculptées, tu ne te prosterneras pas devant elles.»  Ce n’est pas le cas dans les églises catholiques ou orthodoxes, où les statues et les icônes fleurissent à foison.  Dans le passé, il y a eu des mouvements qui ont tout brisé pour recentrer la dévotion et l’adoration sur Dieu seul.  Ces gens, on les appelait des iconoclastes.  Ce n’était pas des enfants de chœur.  Mais même s’ils ont fait beaucoup de dégâts, ils ne sont pas arrivés à leurs fins.

C’est que nous les aimons, nos saints.  Nos prédécesseurs dans la foi nous ont légué leurs statues, et nous y tenons.  Marie d’abord, puis Joseph, Laurent, Remi, Willibrord, Barbe, Éloi, Remacle, Monon, Roch, Cécile, les 2 Thérèse, le curé d’Ars, François dont on fête le 800° anniversaire de la mort cette année, etc…

Jadis, les enfants que l’on baptisait étaient obligatoirement prénommés du nom d’un saint ou d’une sainte.  Les martyrs à eux seuls remplissent bien le calendrier. Martyr, en grec, ça veut dire témoin, témoins de la foi chrétienne à laquelle ils sont restés fidèles jusqu’à leur mort, souvent violente.

Il y a des saints plus utilitaires, auxquels on a recours de manière intéressée.  La piété populaire nous fait invoquer saint Antoine pour retrouver un objet perdu, sainte Apolline pour nos maux de dents, saint Ghislain contre les convulsions des enfants, sainte Claire pour avoir du beau temps et sainte Rita pour les causes désespérées.  Sans oublier saint Nicolas, qui fait le bonheur des tout-petits et des commerçants.

Les saints peuplent aussi notre univers culinaire et gastronomique: Saint-Honoré, Saint-Émilion Saint-Paulin, Saint-Amour, Saint-Nectaire…

Dans notre pays, un peu plus de cent communes portent le nom d’un saint.  Par exemple Ste Ode et Saint Hubert. 

À travers tout cela, on peut deviner que les saints, qui ont d’abord été des hommes et des femmes ont eu un rayonnement extraordinaire auprès de leurs semblables, d’une manière ou d’une autre.  C’est peut-être pour cela que les papes procèdent régulièrement à des canonisations.  Par exemple Carlo Acutis, cet adolescent italien passionné d’informatique est mort d’une leucémie en 2006 à l’âge de 15 ans.  Il a été canonisé le 7 septembre 2025 par Léon XIV .  tous ces saints veulent souligner l’importance de ces vies humbles mais denses, qui ont contribué à l’enrichissement humain et spirituel de l’humanité.

Et puis, il y a tous ceux qui ne sont pas passé par la procédure officielle et ne seront jamais déclarés saints.  Nous connaissons tous des hommes et des femmes qui ont vécu saintement, et lorsqu’ils nous ont quittés, nous savions que nous avions perdu quelqu’un de très grand, mais qui nous a laissé un héritage précieux: celui de leurs convictions profondes, de leur fidélité à l’Évangile, et aux béatitudes que nous venons d’entendre.  Un exemple : L’Abbé André de Namur qui a caché des Juifs pendant la guerre.  En quelque sorte, à leur mort, ils nous ont passé le flambeau.  C’est à nous de continuer, pour prendre place dans cette immense chaîne qui est partie de Jésus pour arriver jusqu’à nous.  C’est la foule immense dont nous parlait saint Jean dans l’Apocalypse.  Dans le Credo qu’on récite la dimanche ils sont appelés  « la communion des saints ».

Puissions-nous réaliser ce souhait de Jésus formulé après les béatitudes: «Que votre lumière brille aux yeux des hommes pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à Dieu » (Mt 5,16)  Non pas pour nous coller une inconfortable auréole à l’arrière du crâne, mais pour répondre à notre vocation de chrétien-ne et devenir saint-e à notre tour.  Il faut s’y mettre aujourd’hui.  N’attendons pas la Saint-Glinglin ou quand les poules auront des dents.

Prière Universelle

Nous rendre bienheureux, c’est non seulement le souhait mais la volonté de Dieu.  Il ne peut donc alors qu’écouter et exaucer notre prière.

1) Aujourd’hui encore des millions de femmes et d’hommes donnent le meilleur d’eux-mêmes sans éclat ni publicité. Qu’en cette fête de Toussaint, tous, nous nous sentions encouragés par l’exemple de cette multitude.

2) Des dizaines de familles de notre communauté ont été frappées par un deuil au cours de cette année. Pour qu’en cette fête de la Toussaint et en se souvenant des êtres aimés, elles puissent renouveler leur espérance au Dieu de vie.

3) Nous communions souvent au sacrement de l’Eucharistie que Jésus nous a donné. Que cette communion soit déjà pour nous le signe et l’avant goût de la communion des saints à laquelle nous sommes tous conviés.

Nous sommes conscients, Seigneur, de notre faiblesse, mais nous croyons en ta bonté car tu es notre Père à jamais. Amen.

P’tit rawett

Transmise par une fidèle lectrice de mes commentaires hebdomadaires

De ma fille Christine, aujourd’hui, 46 ans 

Ses 3 premières années furent marquées par le décès de plusieurs personnes très proches dont celui de ma belle-mère qui vivait avec nous. Ces décès rapprochés l’ont beaucoup bouleversée. Le jour du décès de ma belle-mère, je lui ai dit : elle fait dodo nenenne. A partir de ce soir, elle a refusé de s’endormir. Chaque soir, et pendant plusieurs années, son papa ou moi devions rester à ses côtés jusqu’à ce qu’elle s’endorme. En grandissant, elle évoquait souvent la mort.

Un soir, elle avait environ 6, 7 ou 8 ans, elle sanglotait dans son lit.

—Pourquoi pleures-tu Christine ?

—Je voudrais mourir en même temps que toi !

Elle l’avait déjà dit, mais sans plus.

Avec ma tête, mon raisonnement de grande personne comme dirait le Petit Prince, je lui explique doucement que, dans la logique, je mourrais avant elle.

Elle sanglotait toujours et très fort. J’étais désemparée. 

Avec un peu plus de psychologie, d’attention surtout, (l’Esprit-Saint était là) je lui demande :

—Pourquoi veux-tu mourir en même temps que moi ?

Elle me répond, dans un gros sanglot :

—Comment j’vais faire, moi, pour te r’trouver là-haut ?

C’était donc ça qui la chagrinait !

J’essaie donc de lui expliquer ma vision des choses dans ce mystère :

—Quand ce sera le moment pour toi de mourir, papa, moi, bon-papa……bref, je lui nomme toutes les personnes qui l’aiment et qu’elle aime, celles déjà parties ou encore en vie, nous serons tous là pour t’accueillir, te serrer dans nos bras.

Ses sanglots cessent.

Elle me dit :

—Alors c’est comme une naissance !!!

Whaaaaa !!! Je suis restée émerveillée d’une telle réponse !

—Oui, Christine ! Tu as trouvé la vraie et belle définition de la mort ! La mort, c’est une naissance ! Notre vie s’écoule donc entre 2 naissances.

Elle n’a plus jamais dit qu’elle voulait mourir en même temps que moi.

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