Homélie – 25ème dimanche temps ordinaire Année A – Abbé Fernand Stréber

Les ouvriers de la dernière heure :  cette parabole nous la connaissons ! Mais peut-être notre esprit est tellement absorbé par l’aspect économique de la parabole, que nous ne voyons pas le plus important. Le message de la parabole se résume finalement à ces simples mots qui nous parlent de Dieu : « Je suis bon… »

Fernand

« Folie de la gratuité au-delà du mérite et du droit » – Evangile : Mt, 20, 1-16

En ce temps-là, Jésus disait cette parabole à ses disciples : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là, il dit : ‘Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.’ Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?’ Ils lui répondirent : ‘Parce que personne ne nous a embauchés.’ Il leur dit : ‘Allez à ma vigne, vous aussi.’

Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : ‘Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.’ Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : ‘Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !’ Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : ‘Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?’ C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers.

Homélie

Dans le film, « Deux jours, une nuit », des frères Dardenne sorti en 2014 nous sommes plongés au cœur de la parabole que nous venons d’entendre. Oui, mais à l’envers.

En effet, dans le film, le patron place son personnel devant un choix diabolique : « Vous renoncez à votre prime et Sandra, votre collègue sauvera son emploi ».  Sandra va rendre visite à chaque salarié de sa petite société.  Elle dispose d’un week-end pour convaincre.  Vous imaginez : venir mendier auprès de chacun et lui demander de perdre de l’argent pour qu’elle garde son poste.

1          Dans la parabole de Jésus écrite par Matthieu c’est aussi une affaire d’argent et de solidarité.  Mais dans l’autre sens : c’est le patron qui donne trop et des ouvriers qui protestent.  Et je les comprends.  Avouez quand même que pour les ouvriers de la première heure, il y a vraiment de quoi râler ! Au travail dès 06h du matin, ils ont fait douze heures, en plein soleil, et cela pour un denier. Or, voilà que des gens engagés pour une heure reçoivent le même salaire.  C’est injuste ! D’accord, le salaire d’un denier a été convenu avec les ouvriers qui ont commencé à 6 h.  Mais ce n’est pas juste par rapport aux autres ouvriers arrivés plus tard.

Alors comment comprendre cette parabole ?

En fait, le patron de cette parabole met en scène une facette du visage de Dieu présentée par Jésus.
Si Dieu était « juste » dans un sens proportionnel et égalitaire, qu’en serait-il des chômeurs, des handicapés, des malades, des migrants qui pourraient répondre aujourd’hui la même chose que les ouvriers de la parabole trouvés sur la place publique à 17 H : Nous sommes là « parce que personne ne nous a embauchés »?  Avec la facette de Dieu présentée aujourd’hui, ils auraient entendu : « Allez, vous aussi, à ma vigne. »

 2          Cette étonnante parabole peut être interprétée d’une seconde manière.

Matthieu écrit pour des Juifs. J’imagine qu’il voit à travers les ouvriers de la première heure ses frères juifs, devenus chrétiens, ceux qui, depuis leur naissance, connaissent Dieu, le prient, ont respecté la Loi de Moïse, accumulent les bonnes œuvres, mais en ayant bien soin de demander un supplément par rapport à ceux qui n’ont pas fait tout cela depuis leur naissance.  Ces « anciens » se sentent supérieurs.  Ils trouvent normal que Dieu les récompense un peu plus que les autres, c-à-d notamment des non juifs devenus chrétiens.

Comme si l’amour de Dieu devait être proportionnel aux prestations effectuées.  Car voilà bien le hic : la vigne du Seigneur autrement dit son paradis ne répond pas aux critères exprimés par des personnes qui font des calculs pour être mieux traités.

 « C’est absurde ! » pourrions-nous dire …

C’est absurde d’engager des hommes à 17 H et de les payer au tarif d’une journée entière.  
Oui tout comme l’attitude de Jésus dans les exemples suivants :  **

**1 : donner une seconde chance à une femme adultère (Jn 8).

2 : accueillir Marie-Madeleine, pécheresse publique.

3 : engager Matthieu dans le groupe des 12 apôtres, lui qui est un publicain (percepteur d’impôt au profit de l’occupant romain)
** 4  : aller manger chez Zachée, un publicain voleur.  (Lc 19)

5 : confier la responsabilité du groupe des apôtres à Pierre qui l’a renié 3 fois au tribunal.

**6 : faire confiance à Paul, persécuteur des premiers chrétiens.

7 : faire la fête pour un fils qui revient après avoir gaspillé l’héritage familial. (Lc 15,11-32)

8 : courir après une brebis égarée en oubliant qu’il en reste 99 autres à surveiller. (Lc 15, 4- )

9 : dire au larron suspendu sur la croix: « Aujourd’hui même tu seras avec moi au paradis. » (Lc 23.43)

Et nous pouvons dire que c’est absurde surtout si nous ne prenons pas conscience que Dieu est bon comme cela est dit à la fin de la parabole.  Je cite : : . « Ton regard est-il mauvais parce que moi, (Dieu), je suis bon »

Vous l’aurez compris :  La parabole des ouvriers de la 11ème heure n’a pas comme objectif de donner une leçon aux patrons qui gèrent leur entreprise ni de mettre sur un piédestal certaines catégories de personnes.

Au contraire elle nous parle essentiellement de la bonté de Dieu.

Si nous avons quelque peine à suivre ce Dieu bon qui dépense sans compter en dépit de « notre » bon sens, c’est peut-être parce que nous pratiquons une religion trop calculatrice ou alors que nous n’avons jamais été dans la peau d’un migrant ou d’une personne vivant à la marge de la société.

Je souhaite, du fond du cœur, que la bonté de ce Dieu parfois qualifiée « d’injuste et d’absurde »  nous transforme et que nous trouvions de la joie à la partager comme les acteurs l’ont fait dans le film des frères Dardenne.

Abbé STREBER Fernand

2 P’tits’ rawetts’. en lien avec la bonté de Dieu

Dieu tient parole

Dans un vallon retiré d’Écosse, vivait la vieille Nancy.  Malade, elle attendait paisiblement le moment du grand départ.  Près de son lit, sur une petite table, se trouvaient ses lunettes et sa Bible usée à force d’avoir été feuilletée, et qu’elle appelait volontiers « son pot de farine et sa cruche d’huile » (1 Rois).  Elle en nourrissait, en effet, chaque jour, son âme.

Le jeune pasteur de la paroisse la visitait souvent.  Il aimait la façon vivante dont elle parlait de la Bible « son pot de farine et sa cruche d’huile ».
Il réalisait qu’elle en savait plus que lui qui avait pourtant fait de longues études au séminaire.

Un jour le jeune pasteur lui posa cette question déconcertante :
« Vous ne doutez donc jamais, Nancy ? »

Nancy se dressa sur son coude et posa la main sur sa précieuse Bible :
« Mon cher jeune homme, c’est tout ce que vous trouvez à me dire ?
Mais c’est Dieu qui ferait la plus grande perte !
Admettons que mon âme soit perdue, et ce ne serait pas une grande perte, après tout.
Mais Dieu, Lui, perdrait Son honneur !  Je lui ai fait confiance, j’ai cru en Ses promesses.
S’il manquait maintenant à Sa parole, il deviendrait menteur
et l’Univers se précipiterait dans le chaos. »

Ainsi parla cette vieille écossaise au terme de son pèlerinage terrestre. 

Extrait de : « Racontez-nous (2° tome) 40 contes et histoires VERVIER André  & STREBER Fernand, 2022.

LE SEUL VRAI VISAGE

Le Shah de Perse convoqua un jour tous les artistes de ses royaumes et les convia à un concours. Il s’agissait de représenter le visage du roi. Alors arrivèrent les Hindous avec de merveilleuses couleurs, des ocres et des bleus dont seuls ils connaissaient le secret. Puis les Arméniens avec une glaise d’une qualité spéciale. Puis les Egyptiens avec des gouges et des ciseaux inconnus, et de très beaux blocs de marbre. Enfin, en dernier, se présentèrent les Grecs avec simplement un petit sachet de poudre.

On enferma chaque délégation, pendant plusieurs semaines dans les salles du palais. Au jour dit, le roi vint. Il vit d’abord les merveilleux tableaux en ocre et bleu des Hindous, les modelés des Arméniens et les statues des Egyptiens, plus belles les unes que les autres. Enfin, il entra chez les Grecs. Ceux-ci à longueur de journées, s’étaient contentés d’utiliser leur petite poudre: ils en avaient frotté et poli sans relâche la paroi de marbre de leur salle de telle sorte que, lorsque le roi se présenta, il ne contempla rien d’autre que son propre visage reflété par la paroi.

Les Grecs emportèrent évidemment le prix du concours. Ils avaient compris que seul le visage même du roi pouvait représenter le visage du roi.

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