Avec Dieu, impossible de jouer d’égal à égal.
Notre dette envers lui est incommensurable.
Comme il nous a tout donné, nous sommes invités à donner à notre tour.
Fernand
Première lecture : Si 27, 30 – 28, 7
Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.
Evangile : Matthieu 18, 21-35
Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. En effet, le Royaume des cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents, (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.” Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette. Mais, en sortant, le serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : “Rembourse ta dette !” Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai.” Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé. Ses compagnons, en voyant cela, furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : “Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?” Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût tout remboursé. C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur. »
Homélie
L’apôtre Pierre pensait être très généreux en pardonnant jusqu’à sept fois. Pourtant 7 est un chiffre symbolique qui signifie « sans limite ». Mais Jésus va bien plus loin : il lui dit qu’il faut pardonner jusqu’à 70 fois 7 fois. La mesure du pardon c’est d’être sans mesure. On n’a jamais fini de pardonner et d’être pardonné.
Pour aider Pierre à mieux comprendre cet appel au pardon, Jésus invente une parabole. Comme dans beaucoup d’autres récits d’évangile nous tombons ici dans la démesure et une énorme exagération. En effet, le serviteur d’un roi lui devait 10.000 talents ! Cela ne nous dit pas grand-chose à nous qui comptons en euros. Une autre parabole dans l’évangile de Matthieu nous aide à comprendre. En effet, dans la parabole des talents (Mt 25,14-30) un homme riche distribue ses biens à ses serviteurs. Il donne cinq talents au 1°, deux talents au 2° et un talent au 3°. Cela fait en tout 8 talents pour quelqu’un qui confie ses biens à ses serviteurs avant de partir en voyage. Dans la parabole qui nous retient aujourd’hui, le serviteur du roi lui doit 10.000 talents. Une dette aussi excessive ne représente évidemment pas une dette possible, qu’un homme peut avoir envers un autre, mais c’est peut-être celle que toute personne a vis-à-vis de Dieu, personnifié ici par le roi.
Par cette exagération, Jésus veut signifier qu’à l’égard de Dieu nous sommes débiteurs de tout, parce que nous avons tout reçu de Lui, directement ou indirectement :
- – l’univers dans lequel nous sommes venus au monde,
– la vie qui nous a été transmise,
– l’intelligence qui nous permet de nous approprier la culture de la société humaine,
– la liberté qui nous permet de nous affirmer comme une personnalité unique…
– bref, tout nous est donné !
Il va de soi qu’il est impossible de rembourser une telle dette.
Et pourtant cet homme endetté de l’Evangile y prétend : « Prends patience envers moi, dit-il, et je te rembourserai tout ! » Cet homme a la prétention de tout rembourser, ce n’est pour lui qu’une question de temps. S’il est quelque peu lucide et réaliste, il doit se dire au fond de lui-même que c’est impossible, qu’il n’y arrivera jamais.
En répondant de la sorte, il refuse de reconnaître ses limites, sa faiblesse. Il croit que tout lui est possible, qu’il est tout puissant. Il a la prétention de traiter avec Dieu d’égal à égal. Tu me donnes et je te rends et puis on est quitte. Ce comportement traduit une manière de se débarrasser de Dieu. Dieu n’est plus Dieu.
Mais dans la parabole Jésus dit : «Abandonne tes comptes, Dieu te dit que tu ne lui dois plus rien. Le Royaume des cieux est le monde de la gratuité. Cette dette incommensurable que tu as envers Dieu ne fait pas de toi un débiteur insolvable mais te révèle l’amour du Père pour toi. Il t’invite à entrer dans le Royaume où tout est grâce, amour, pardon, tendresse, émerveillement… Quand tu découvriras cela, tu entreras dans la reconnaissance qui balaie toute envie de prétendre rembourser Dieu ou d’obtenir par contrainte que ton compagnon te rembourse les 100 pièces d’argent que tu lui as procuré pour vivre dans le respect et la dignité. Notons que ces 100 pièces d’argent représentent 100 journées de travail (à en croire le salaire convenu entre le maître de la vigne et des ouvriers dans la parabole des ouvriers de la 11° heure.) (Mt 20,1-16) C’est une dette dérisoire par rapport à la précédente. La disproportion des deux dettes est fortement soulignée dans cette parabole.
Quitter la logique du donnant-donnant pour entrer dans la logique de la gratuité, (de la grâce), voilà ce à quoi l’évangile nous invite.
Bien avant Jésus, Ben Sirac écrivait dans la 1° lecture : « Rancune et colère, voilà des choses abominables dans lesquelles le pécheur s’obstine« . Ben Sirac dénonce la vengeance et recommande le pardon. Et nous le savons, le pardon est un combat de tous les jours contre nos tendances naturelles.
Puisque nous avons tout reçu, il n’est que juste de donner à notre tour c’est-à-dire donner aux autres la chance de vivre, en osant jusqu’au « par-don ».
Prière universelle
- Après les écoliers dans le primaire et les élèves dans le secondaire, des milliers d’étudiants vont reprendre cette semaine le chemin de l’école dans l’enseignement supérieur et dans les universités. Puissions-nous les soutenir par nos encouragements et notre prière. Seigneur, accompagne nos initiatives.
- En ce week-end nous pensons à toutes les familles qui restent marquées par les attentats de New-York et de Washington voici 25 ans. Seigneur, ne laisse jamais grandir la haine dans notre cœur. Nous te prions.
- La liturgie de ce jour nous invite à pousser notre amour jusqu’au pardon. Demandons la force de Dieu pour accepter son pardon et ensuite, prolonger ce pardon dans notre relation aux autres.
P’tit rawett’ (sur le thème du pardon) : « LES CISEAUX ET L’AIGUILLE »
Un roi rendit un jour visite au grand mystique soufi Farid. S’inclinant devant lui, il lui offrit un objet d’une rare beauté : une paire de ciseaux, en or, incrustés de diamants. Farid prit les ciseaux en main, les admira et les rendit à son visiteur en disant :
-« Merci, Sire, pour ce cadeau précieux. L’objet est magnifique, mais je n’en ai pas l’usage. Donnez-moi plutôt une aiguille. Je n’ai que faire d’une paire de ciseaux. »
-« Je ne comprends pas,- fit le roi -, si vous avez besoin d’une aiguille, il vous faudra aussi les ciseaux »
– « Non, – expliqua Farid – Les ciseaux coupent et séparent. Je n’en ai pas besoin. Une aiguille, par contre, recoud ce qui a été défait. Mon enseignement est fondé sur l’amour, l’union, la communion et le pardon. J’ai besoin d’une aiguille pour restaurer l’unité. Les ciseaux déconnectent et tranchent. Apportez-moi une aiguille ordinaire quand vous reviendrez me voir, cela suffira. »
Inspiré d’un conte Soufi