Homélie – 16ème dimanche temps ordinaire Année A – Abbé Fernand Stréber

Le bon grain et l’ivraie…

En grec « ivraie » se dit « zizania ».  L’ennemi est celui qui sème la zizania, la zizanie.

De même, le mot « diable » venant du mot « diabolos » signifie, celui qui divise, empêche la communion.

Tous nos projets, si bons et si beaux soient-ils, sont toujours « visités » par l’un ou l’autre diabolos qui y sème la zizanie. Il n’y a pas de remède, semble dire la parabole, il faut « vivre avec »  mais dans la certitude que cela n’empêchera pas le bon grain d’arriver à maturation et de porter du fruit.

En fin de compte la bonne semence aura le dessus, c’est avec cette confiance qu’il nous faut persévérer, patienter. Dieu, lui, ne semble pas pressé.

Au lieu de voir l’ivraie dans le champ du monde et nos propres vies, nous sommes donc invités à la patience, à nous réjouir de ce qu’il y grandit de bien et de beau.

C’est cela aussi qu’on appelle l’espérance !

Fernand

Patience  et  espérance
ÉVANGILE  « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson » (Mt 13, 24-43)

En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.     Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’ Il leur dit : ‘C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent : ‘Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?’ Il répond : ‘Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.’ »

HOMÉLIE

Il nous est peut-être arrivé un jour de vouloir désherber autour de jeunes pousses de carottes ou de fleurs.  Cette initiative nous a permis de constater la pertinence de la parabole du bon grain et de l’ivraie proclamée dans l’évangile d’aujourd’hui.  Si nous arrachons les herbes les plus proches des jeunes pousses du potager, nous risquons de déraciner aussi les plantes que nous voulons protéger.  Elles ont des racines tellement peu profondes qu’il est préférable de laisser pousser quelques herbes sauvages pour les arracher plus tard.

Même s’il ne s’agit pas de légumes dans notre parabole mais de céréales, une chose est claire: dans la société, il y a de l’ivraie,  (du chiendent), autrement dit des éléments  indésirables qui s’y introduisent à notre insu.  Il ne faut pas s’en étonner.  Le semeur, autrement dit Jésus, n’a pas une  maîtrise totale de son champ.  Il ne domine pas tout : pendant qu’il dort, un ennemi sème de l’ivraie.   En grec, – langue utilisée pour écrire l’Evangile, –  « ivraie » se dit « zizania ».  L’ennemi est celui qui sème la zizania, la zizanie, la division.  Après son forfait commis pendant la nuit, (eh oui, les délits se commettent le plus souvent la nuit !) l’auteur se cache parce qu’il ne peut plus s’approcher des foules.  En effet, s’approcher c’est se faire proche, c’est entrer en relation, se faire le prochain ! Tout le contraire de la zizanie.

Que notre comportement quotidien ne soit pas parfait, c’est plutôt évident!  Rien n’est totalement pur.  Vouloir faire le tri entre tout ce qui est bien et ce qui est certainement mal est impossible.  Jésus ne dit pas que nous risquons de confondre le bien et le mal.  Il dit qu’en adoptant une démarche puriste, nous risquons d’arracher en même temps le mauvais et le bon et. Beaucoup de dégâts peuvent être faits au nom du bon et de sa sauvegarde. 

Supposons qu’entre les gens, il y en ait qui se prétendent être bon grain et d’autres ivraie!  Faire deux camps est impossible vu que la frontière entre le bon grain et l’ivraie ne passe pas entre les personnes  mais dans le cœur de chacun-e.  Par exemple, l’aumônier de prison ne réduit pas la personne détenue au délit qui l’a amenée en prison.  Nous sommes tous capables de produire du mal mais aussi de bonnes choses.  Me vient à l’esprit une parole de Saint Paul: « Je ne fais pas le bien que je veux.  Je fais le mal que je ne veux pas ».  (Rm 7,19-20.)

Du coup, la parabole du bon grain et de l’ivraie devient la parabole de la patience de Dieu.  J’ai été plusieurs fois témoin de personnes au comportement problématique qui se sont métamorphosées.  Les parents et les éducateurs ne me démentiront pas.  La patience de Dieu n’enferme personne dans son passé, laisse à chacun sa chance, donne à chacun le temps de se convertir autrement dit de se tourner vers autre chose.  Dieu fait tout cela parce qu’Il nous aime.  Ce n’est donc pas une tolérance molle mais une patience attentive.

L’extrait de saint Matthieu lu aujourd’hui est aussi une parabole de l’espérance.  Spontanément, si nous n’y prenons garde, nous ne voyons dans le monde que ce qui ne va pas, le négatif, le mal, l’ivraie.  Mais n’oublions pas que c’est le bon grain qui a été semé en premier, non pas l’ivraie.  L’ivraie est postérieure.  Elle finira par disparaître en fumée.  Elle n’aura pas le dernier mot.  Les complotistes, qui prêchent via les réseaux sociaux, affirment un avenir catastrophique pour notre monde.  Ils sèment donc la zizanie.  Çà, ce n’est pas l’Evangile.

Pourtant, l’Evangile n’est pas synonyme d’insouciance.  L’Evangile c’est l’Espérance.  L’Espérance se fonde sur le roc de la Parole de Dieu, parole comparée aujourd’hui à une petite graine.  L’espérance est mobilisatrice.  La parabole d’aujourd’hui est celle d’un semeur pas celle d’un moissonneur.  Nous ne sommes pas au terme du cycle mais nous vivons un humble commencement, celui du grain risqué.

Aussi peu nombreux que soient les témoins de cette Parole, aussi timides ou fragiles que soient parfois les Chrétiens, l’annonce de l’Evangile ne restera pas sans lendemain.

Avec vous, je dis merci à Dieu pour le bon grain qu’il sème en nos vies avec patience et espérance.  Cette espérance me fait vivre.  Je souhaite de tout cœur qu’il en soit de même pour vous.

Abbé Stréber Fernand 

Prière universelle 

St. Paul disait : « nous ne savons pas prier comme il faut ».
Alors demandons au Père de nous inspirer ce qu’il attend de nous
.

  • Il nous arrive parfois de ne plus croire en l’avenir, de porter des jugements durs sur les générations nouvelles, de traiter les autres comme de l’ivraie. Pour qu’à l’image de Dieu,  nous sachions être patients et confiants en l’avenir de notre société et du monde. Seigneur nous te prions.
  • Beaucoup de personnes ont bien peu confiance en elles-mêmes, parce qu’elles ont toujours été dévalorisées et méprisées. Pour que notre estime et nos encouragements les stimulent à retrouver leur assurance et leur dynamisme. Seigneur nous te prions.
  • Tous, nous avons nos limites et nos défauts, nos pauvretés et nos faiblesses. Pour que nous sachions nous apprécier, tels que nous sommes tout en luttant ensemble contre le mal. Seigneur nous te prions.

Seigneur, toi seul connais le fond de nos cœurs.
Malgré nos faiblesses conduis-nous vers le Royaume que tu nous promets
.   Amen.

P’tit’ rawett’ : « LE BON GRAIN ET L’IVRAIE »

J’avais un champ d’amour
où fleurissaient des mains, toutes sortes de mains:

mains d’artistes, d’ouvriers, mains qui se caressaient sous la brise du vent,

mains d’enfants, mains d’épouses, avec les doigts ouverts comme l’épi
qui s’emboîtaient les unes les autres dans une ronde d’amitié.

Des nuages sont passés sur mon champ en le coupant du chaud soleil.

Et j’ai vu une main se gercer puis replier ses doigts.

Un poing venait de naître, poing haineux,

poing sanglant qui se mit à cogner les autres mains voisines.

Comme des fleurs qui se referment, une à une, à leur tour,

les mains sont devenues poings, poings méchants qui rendent coup pour coup
poings guerriers, durs et sans pardon.

En voyant ce désastre mon fils est accouru

– Papa! Faut-il brûler ton champ pour freiner ce carnage?

– Attends mon fils, attends ! lui ai-je répondu:

– Seul le soleil peut guérir en brûlant;

toi, brûle les nuages.

H. Léonard-Etienne – Les nouvelles paraboles, Edibon, Liège, p. 74.
Histoire reprise dans : « Il était une foi » tome 1 . CRJC  Liège

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