Homélie de l’abbé Fernand Stréber : 28ème dimanche ordinaire A (15 octobre 2023) => Le festin nuptial : TOUS invités

ÉVANGILE => Mt 22, 1-14

En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités :
‘Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’ Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

HOMÉLIE

Il était une fois une très belle jeune fille qui, de son balcon, regardait la foule passer dans la rue. Elle aurait bien voulu attirer l’attention pour que les gens puissent au moins remarquer sa présence. Mais personne ne levait la tête.  Chacun regardait ses pieds tout en marchant.

« Que ferais-je bien pour qu’ils me regardent ? » se demandait-elle.  Elle lança donc une petite pierre sur la route.  Mais quelle déception : au lieu de regarder d’où la pierre venait, les gens se précipitèrent pour regarder la pierre et personne ne pensa lever les yeux et donc ne vit la jeune fille.

En lisant l’Evangile d’aujourd’hui, j’ai pensé à cette petite histoire : « l’un va à son champ, l’autre à son commerce… » Ils ont tous le nez par terre, tellement occupés par leurs petites affaires qu’ils ratent l’invitation.  Ils passent à côté de l’essentiel.

Il n’y a rien de changé aujourd’hui. Parfois, il en va de même pour nous : travail professionnel, ménage, mails, jardin, téléphone, sport ou autre détente.  Nous n’avons rien contre Dieu.  Nous lui sommes favorables.  Sinon, nous ne serions pas ici. Mais parfois, le rythme de la vie trépidante ne nous offre plus assez de temps pour nous asseoir, réfléchir, tourner notre cœur vers le haut ou vers l’intérieur de nous-mêmes.

Au début on a un peu mauvaise conscience.  On cherche des excuses : « Je suis trop occupé », « plus tard ça ira mieux », mais on finit par s’y habituer.  On ne se pose même plus de questions et après deux générations, la question de Dieu n’effleure plus l’esprit de la plupart dans notre société occidentale sécularisée.

Pourtant le repas des noces est prêt ! Dieu souhaite nous y voir pour participer à son bonheur : il nous invite à la fête. Son invitation est universelle. Si nous n’y répondons pas d’autres viendront.  Tout le monde peut entrer, les bons comme les mauvais, les justes comme les pécheurs.

Toutefois il y a dans l’Evangile un détail invraisemblable, incompréhensible à première vue : parmi tous les marginaux rassemblés sur les chemins, un ne porte pas le vêtement de noce.  Il n’a pas voulu revêtir le vêtement de noces. Il est exclu parce qu’il s’est exclu lui-même.  Il s’est lui-même mis hors-jeu en gardant le silence face au roi qui s’adressait gentiment à lui en l’appelant : « mon ami ».

Que signifie cette attitude ?

C’est très simple : il ne suffit pas d’être invité à la noce, d’être assis à la table, de dire « oui » à la Bonne Nouvelle. Même pour les pauvres ce n’est pas automatique. Cela me fait penser à  l’attitude de certains détenus à la prison se plaignant de n’avoir pas reçu telle information de leur avocat ou ma visite plus fréquemment dans leur cellule.  Invariablement je leur répondais : L’as-tu demandé ? Quelle initiative as-tu prise ? C’est donc sa responsabilité qui lui a été rappelée mais certainement pas son statut de détenu .

 Ne pas porter le vêtement de noces, signifie pour un chrétien qu’il  n’est pas suffisant d’être inscrit dans un registre de baptêmes, d’adhérer aux dogmes de l’Eglise, d’observer les lois religieuses.  Il faut encore faire correspondre sa vie à la Parole entendue.   L’accès au paradis càd au bonheur divin ne dépend pas de l’appartenance à une communauté aussi pieuse soit-elle… L’accès à la salle de noces dépend de notre manière de vivre, de notre pratique de l’attention aux plus petits, et aux personnes de notre entourage surtout quand elles sont plus fragiles.

N’est-ce pas le sens du vêtement blanc dont les parents habillent le baptisé. Il revêt le vêtement blanc autrement dit le Christ.  Suite notamment à l’exemple de ses parents il sera donc appelé  à prendre lui aussi des initiatives en vue de mener une vie qui le rapprochera du Christ qui le rend heureux.

Alors, pour poursuivre l’image du vêtement blanc, puisse Dieu, après cette célébration, nous trouver en vêtements de travail, ceux que nous portons pour être à l’écoute et servir le monde et nos frères notamment ceux qui bénéficient de l’aide de l’opération Cap 48 en cours actuellement.

Stréber Fernand

Hurtebise, 15/10/2023

P’TIT  RAWETT

HISTOIRE DE JULIETTE

La marraine de Juliette lui a acheté une robe blanche pour le dimanche. La petite était tellement ravie qu’elle ne voulait plus quitter sa robe blanche, pas même pour aller au lit.

Mais ce n’est pas tout. Un autre jour, sa marraine lui a tricoté une robe en laine du pays, verte pour la semaine. En la voyant, Juliette était tellement joyeuse qu’elle a voulu mettre les deux robes à la fois! Et pas moyen de lui ôter cette idée de la tête. Pour elle, le vêtement c’est beaucoup plus qu’une manière de lutter contre le froid.

L’originalité du christianisme, ce n’est pas qu’il y ait un habit du dimanche et un habit de la semaine.  L’originalité du christianisme, c’est, comme Juliette, c’est mettre les deux robes à la fois!  Ce n’est pas impossible parce que la marraine de Juliette a tricoté large.  A travers les mailles de la robe verte on peut apercevoir la robe blanche.

Inspiré de G. BESSIERE, Le livre du dimanche, 1979

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