La pastorale du comptoir « à la découpe »

  • Monsieur…vous désirez ?
  • Une tranche de pâté de campagne, s’il vous plaît, Madame.

Tel fut le début d’un très beau moment de dialogue que j’eus, il y a quelques jours, avec la préposée au comptoir « à la découpe » d’une grande surface. En ce temps de confinement, la clientèle était fortement réduite et ne se pressait pas pour faire ses achats, laissant ainsi du temps libre aux vendeuses pour dialoguer un moment avec celui qui se présentait devant la gamme des produits frais et appétissants.

Mais cette fois, l’échange ne porta pas sur l’origine et la qualité des produits en vente. Après un bref coup d’œil à mon pull, la dame s’adressa à son jeune collègue à côté d’elle et, pour bien le charrier et surtout ne pas dévoiler directement les questions qu’elle se posait, l’invita à se confesser à moi ! En effet, ayant vu la petite croix diaconale clipsée à mon vêtement, et pensant que j’étais prêtre, elle trouvait ainsi le moyen d’en savoir un peu plus sur cette croix bizarre que je portais discrètement et ainsi engager la conversation sur ce sujet devenu délicat et de plus en plus « tabou » : l’Église.  Je m’empressai aussitôt de ne pas la laisser dans la confusion et lui annonçai que je ne pourrais pas entendre son collègue en confession, n’étant pas prêtre mais diacre !

  • Ah bon ! Et qu’est-ce que c’est alors… un diacre ?

Ainsi débuta un long échange sur l’Église à laquelle j’appartiens, le rôle merveilleux que j’y remplis, les multiples missions qui me sont confiées, ce qui fait la différence entre un prêtre et un diacre,  et toute une série de points qui commençaient à passionner ma chère vendeuse et son collègue sans taire la joie qui était la mienne depuis bien longtemps de vivre tout cela pour Quelqu’un qui, bien que je sois marié, père et grand-père, tient la première place dans ma vie, dans mon cœur,… le Bon Dieu !

Dès ce moment, sa mémoire lui rappela qu’il y a quelques années, ses grands-parents, très croyants et pratiquants, lui parlaient ouvertement avec cœur de leur foi et de leurs contacts avec le clergé local. Tout cela était bien loin pour elle mais quels beaux et bons souvenirs, je venais de réveiller en elle. Son jeune collègue, lui, ouvrait des yeux plutôt ahuris d’être ainsi associé à une discussion impensable en un tel lieu et à notre époque devenue si étrangère à ce domaine réservé… à la sphère (très) privée et personnelle de chaque individu. Mais la paix et la joie du témoignage réciproque nous mettaient tous trois dans une sympathique  « bulle » devenue « essentielle » dans un climat général de morosité et de craintes enveloppant de plus en plus notre société « covidienne » !

Dans quelques jours, je rendrai grâce au Seigneur de m’avoir appelé, il y a 27 ans, à Le servir dans ce beau ministère du diaconat. Tout au long de ces 27 années, ma petite croix diaconale toujours portée, m’a donné de multiples occasions de faire des rencontres merveilleuses et riches. Que ce soit en pleine rue alors que je me déplaçais, au restaurant avec mon épouse ou au volant de ma voiture lors d’un contrôle policier, les personnes rencontrées dans ces occasions avaient soif de pouvoir parler de ce qui était au plus profond de leur cœur mais dont ils ne pouvaient ou craignaient de ne pouvoir parler avec quelqu’un. Si le signe distinctif que je portais leur donnait alors cette occasion d’échanger en toute confiance, il m’apportait à moi une très grande joie de pouvoir répondre aux questionnements parfois lourds de bien des gens.

Depuis le début de ma mission diaconale, une maxime a toujours orienté ma vie pastorale : « Ne parle de Dieu que si l’on t’interroge, mais vis de manière à ce qu’on te questionne ! » .

Ce moment vécu face au comptoir « à la découpe » m’a fait réfléchir quant à la manière de rendre visible le Christ qui nous fait vivre et aux signes clairs qui vont nous conduire à pouvoir ou à  devoir témoigner de notre Foi et de notre Espérance.
Certes, il y a bien des façons de témoigner, mais il est souvent malaisé d’engager une conversation sur le sujet et il est bon de se donner des outils de contact. Bien sûr des risques d’agressivité, de rejet,… il y en a, mais personnellement je n’ai jamais dû faire face à des individus agressifs ou médisants. La franchise est appréciée et que de dialogues riches, constructifs ou éclairants ont été vécus avec des athées ou des membres d’autres religions ! « N’ayez pas peur ! » nous a rappelé Saint Jean-Paul II lors de sa première apparition au balcon de Saint Pierre à Rome.

 

Si donc en ce temps de confinement, d’interdictions multiples de vivre notre foi en Église, dans nos églises, allons sur les places et ne craignons pas de parler à voix haute. Même au travers des masques et avec distanciation, ne nous taisons pas. Et si les places publiques nous sont aussi défendues, et bien alors… allons au comptoir « à la découpe » !!!

Xavier de Voghel, Diacre

Merci à Xavier pour ce joli témoignage ! 🙂 

2 réflexions sur “La pastorale du comptoir « à la découpe »

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