Voici venir la Toussaint, fête dont l’origine n’est pas dans les textes bibliques (…) mais qui porte une très belle signification : entrer dans la longue cohorte des amis de Dieu, des femmes et des hommes dont la demeure fut celle du cœur de Dieu. En appeler à eux afin qu’ils soutiennent notre marche, notre ardeur, parfois fatiguées. En tête, mais encore au milieu, et même à la fin du cortège, se tient le Christ. Car s’il n’était qu’en tête, voilà qui pourrait nous accabler, nous faisant croire que ce voyage n’est pas pour nos forces. Il est là, au contraire, pour encourager les découragés. Son affection est pour qui peine et en sait plus. C’est Lui qui transmet son Esprit à celles et ceux qui le cherchent, en tout temps.
En élargissant notre regard, nous trouvons alors ces « grands noms » de la sainteté, que l’Eglise égrène tout au long de l’année, ceux qui la portent en quelque sorte vers son Seigneur. Nous y avons nos préférés : d’Irénée de Lyon à Thérèse de Lisieux, Dominique, Ignace et tous les autres. Une longue amitié les unit, n’hésitons donc pas à les fréquenter ! Mais en scrutant encore, nous reconnaissons des visages familiers, anonymes ou non. Une grand-mère, un mari, un médecin, une enseignante, une enfant. Des étoiles pour les nuits de nos existences. Leur « saveur de Dieu » a redonné goût à la vie, à la foi, à la générosité. Des amoureux à qui la vie souvent n’épargna aucune douleur, et qui pourtant racontent que la vie vaut la peine d’être habitée et transmise, qu’elle n’est pas une fatalité. Foule immense.
Mais en regardant encore de plus près, d’autres sont là. Des « rescapés ». Ils firent naufrage au cœur de leur existence, rencontrant alors la désespérance, la noire misère, sociale, morale, la prison aussi, ou les longues nuits de psychiatrie. Aux yeux de Beaucoup, ils se « traînaient » sans boussole. L’Évangile les nomme : Zachée, Madeleine, la Samaritaine, le larron… Ils affirment que l’amitié de Dieu sauve, restaure.
En cette fête de la Toussaint, ouvrons l’album où ils se tiennent, tous, et parlons-leur. Demandons-leur de nous apprendre, dès aujourd’hui, leur commun secret : ne plus avoir peur, car le Dieu de l’Évangile est celui qui fait grâce.
Véronique Margron, Vivre par tous les temps,p. 261-262, CLD éditions, 2008.
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