Depuis ma plus jeune enfance, j’ai eu la chance de grandir dans des paroisses où il y a quasiment toujours eu un diacre. Marco était l’un des premiers en région parisienne. Un de mes oncles l’est devenu aussi quelques années plus tard.
De ce fait, j’ai toujours associé et la figure presbytérale et la figure diaconale de manière très naturelle dans mes projections vocationnelles d’enfant.
J’ai aussi eu la chance que, dans mes ministères, les diacres soient très présents. Qu’ils soient mariés ou non. Jusqu’à aujourd’hui dans ma paroisse de presqu’île.
Et puis je ne peux oublier que ce fut mon premier engagement face contre terre il y a presque 30 ans : « Voulez-vous accomplir votre fonction de diacre avec charité et simplicité de cœur, pour aider l’évêque et ses prêtres, et faire progresser le peuple chrétien ? »
On le sait, la théologie de ce ministère n’est pas encore affinée. Par exemple on la définit de trop par ce qu’elle n’est pas : « Contrairement au prêtre, le diacre ne peut pas faire ceci ou cela… ». Même parfois dans le témoignage des protagonistes ! Pour une part, la théologie diaconale naîtra de son exercice dans la durée. Soyons patients.
Personnellement, j’aurais tant de mal à imaginer une Eglise sans diacre et une paroisse sans présence diaconale. Car le diaconat coule d’évangile…
En 2026, au moins dans notre Eglise de France, il me semble que nous devons réveiller notre attachement à ce ministère et créer un nouvel élan pour appeler à cette mission. Non parce que le nombre de prêtres diminue mais parce qu’il en va de l’équilibre du sacrement de l’ordre. Si l’épiscopat est la plénitude du sacerdoce, le diaconat en est le socle. « In gradu inferiori » nous dit le fameux texte du concile Vatican II (Lumen gentium n°29) rétablissant le diaconat dans sa forme permanente. Sans sa marche enracinée dans le sol, sans son « grade inférieur », un escalier ne tient pas et ne mène nulle part.
Soyez fiers, chers frères diacres, d’être « in gradu inferiori ». N’est-ce pas là, dans les régions inférieures, que notre Seigneur est descendu comme on le proclame chaque dimanche ? N’est-ce pas ces portes du seuil de nos multiples enfers intérieurs qu’il faut aller ouvrir afin que chacun puisse remonter vers la vie ? Oui, soyez fiers d’être des hommes « in gradu inferiori » car, sans cela, nous risquerions de rester empêtrés là où immanquablement nos pâtes humaines nous entrainent.
Et pour ceux qui vivent ce ministère au coeur de la vocation au mariage, soyez conscients de l’équilibre que vous pouvez apporter dans nos ministères de prêtres célibataires. Votre présence dans nos équipes d’animation paroissiale ou dans celles de nos doyennés est un bien précieux car elle empêche d’hypertrophier nos potentiels narcissismes d’hommes seuls et parfois dangereusement adulés. Votre présence en ces lieux de décision équilibre nos propos et nous ramènent à la vocation familiale que nous sommes tous invités à servir au coeur du saint peuple de Dieu.
Avec vous, je formule vraiment ce souhait que nous nous encouragions à ne pas laisser s’éteindre le don sacramentel du diaconat permanent. Puisque c’est le Seigneur qui nous l’offre.
En cette fête de saint Laurent, votre saint patron : mille mercis d’être là les diacres !
P Paul-Antoine Drouin+
Source : « Diaconamur », revue du diaconat permanent namurois, n°126, automne 2026, pages 23 et 24