Ouvrir nos yeux pour ne pas devenir aveugles, nos oreilles et notre bouche pour ne pas devenir sourds-muets, notre cœur pour ne pas devenir prisonniers de nous-mêmes, voilà ce que la liturgie de ce dimanche nous invite à vivre. Abbé Fernand Stréber
Toucher pour faire exister
Première lecture (Is 35, 4-7a)
Dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac,
la région de la soif, en eaux jaillissantes.
Deuxième lecture (Jc 2, 1-5)
Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant
et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied. » Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ?
Évangile (Mc 7, 31-37)
En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Homélie
L’évangile d’aujourd’hui nous relate un récit de guérison miraculeuse réalisé par Jésus. Il existe des récits de guérisons semblables en dehors des évangiles. Ils sont construits selon un schéma identique où seul change le nom du guérisseur. Pour le reste, gestes et paroles sont les mêmes. C’est donc un privilège que Jésus partage avec d’autres.
Son originalité est ailleurs. Elle apparaît si je lis le récit évangélique sur le fond de la première lecture où Isaïe décrit la libération que Dieu prépare pour son peuple. Je reprends ses paroles : « Les yeux des aveugles se dessilleront ; Les oreilles des sourds s’ouvriront, le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. L’eau jaillira dans le désert, la terre brûlante se changera en lac… ». Grâce à ce contexte, la guérison du sourd-muet reçoit sa véritable signification que voici: C’est le début d’un monde nouveau qu’Isaïe promettait et que Jésus inaugure. C’est ce monde nouveau que je vais tenter d’approcher brièvement en 2 points. Lire la suite