Homélie – 4ème dimanche Carême Année A – Abbé Fernand Stréber

« Guérison de l’aveugle-né »

Bel évangile que celui de l’aveugle-né qui vit une double guérison : non seulement il retrouve la vue et la lumière du jour mais il accède aussi progressivement à la lumière de la foi.

« Qui t’a guéri ? »

  • « C’est l’homme que l’on appelle Jésus »
  • « C’est un prophète ».
  • « Il vient de Dieu »
  • « C’est le fils de l’homme ».
  • « Je crois Seigneur » 

Tandis qu’en face de lui les pharisiens, gens respectueux de la Loi, s’enfoncent dans l’obscurité et deviennent de plus en plus aveugles…

Abbé Fernand Stréber 

ÉVANGILE Jn 9, 1-41

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : ‘Va à Siloé et lave-toi.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. » On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? » Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. » Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! » Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. » Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? » Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. » L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.     Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.     Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? « Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui. Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure. »

Homélie

L’évangile de ce w-e de la laetare nous invite à suivre le chemin de foi d’un aveugle de naissance.  A l’époque de Jésus, un infirme était considéré automatiquement comme impur et pécheur.  Mais pour Jésus, il n’en est rien.  Cet infirme est enfant de Dieu au même titre que n’importe quelle autre personne.

Lorsque Jésus guérit quelqu’un,  c’est souvent un jour de sabbat.  Je pense que ce n’est pas un détail ni une provocation.  En effet, dans le monde juif, le sabbat célèbre la libération de l’esclavage en Égypte.  Pour Jésus, il convenait que ce soit donc ce jour-là qu’une personne infirme ou malade soit libérée de son mal.

La salive est un médicament simple.  La mêler à la terre pour en faire de la boue rappelle la création de l’être humain, telle que le raconte le premier livre de la bible : la Genèse.  Ici aussi, une vie nouvelle va être créée.  
Et en proposant à l’aveugle d’aller se laver, Jésus, (- comme il le fait souvent, -)  lui donne l’occasion d’intervenir dans sa guérison.  L’homme accomplit la démarche en toute confiance et revient guéri.

De la même manière que les autres guérisons dans les Evangiles, cette guérison n’est pas racontée pour elle-même.  Elle est l’amorce d’autre chose d’essentiel : Un aveugle va accéder à l’éclairage du message divin, à la lumière apportée par le Christ.

Sa guérison provoque quatre types de réactions:

1       celle des badauds qui hésitent.  C’est lui ? C’est pas lui ?

2       celle des pharisiens, détenteurs du pouvoir religieux et de la vérité.  Ils ne nient pas le fait mais s’interrogent sur Jésus, ce guérisseur qui transgresse le sabbat.

Ils ne voient pas l’aveugle.  Convaincus d’y voir clair, ils le jettent dehors.

3       celle des parents de l’aveugle qui ont peur.  Ils sont prudents.  Oui, c’est notre fils.  Oui, il est né aveugle.  Oui, il voit maintenant. Tout cela est évident !  Mais comment cela s’est-il passé ? Il faut le lui demander.  Il a l’âge de répondre.

4       et enfin la double réaction de l’aveugle :  d’abord devant les pharisiens et ensuite devant Jésus.

* Devant les pharisiens, l’aveugle tient bon, avec humour même :  Vous affirmez que ce Jésus est un pécheur.  Moi, je ne le savais pas.  Mais il y a une chose que je sais: j’étais aveugle et maintenant je vois ! 

Ou encore: Vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples?  Cet humour provoque son expulsion !

* Mais relevons surtout la progression des propos de l’aveugle à propos de Jésus :

  • Il dit d’abord : «L’homme qu’on appelle Jésus ».
  • Ensuite, devant les pharisiens, il dit : « C’est un prophète ».
  • Devant des pharisiens de plus en plus menaçants il dit : « Cet homme vient de Dieu.»
Sa foi grandit à vue d’oeil

Ce n’est pas tout.  Puisque cet homme n’a jamais vu Jésus, Jésus va vers lui et il lui pose la question qui sera adressée à tout les futurs baptisés la nuit de Pâques : « Crois-tu au Fils de l’Homme ? »  
L’aveugle, nouveau croyant dit sa foi : « Je crois, Seigneur».  Il l’exprime par tout son corps.  Il se prosterne même devant Jésus.

Le récit se termine par une mise en garde de Jésus adressée aux pharisiens et par ricochet à nous aujourd’hui : Méfions-nous de nos certitudes.  Méfions-nous d’une foi qui ne s’étonne jamais.  Dans ce cas, nous courons le risque de devenir aveugles!  

Dans ce récit un renversement s’est opéré: Les pharisiens convaincus de voir clair sont devenus aveugles tandis que l’aveugle désormais voit clair.  Parce que sur lui s’est posé un regard autre, celui de Dieu, qui ne regarde pas selon les apparences mais selon le cœur.  Parce que notre Dieu fait homme, Jésus, cet incorrigible rebelle, a un cœur grand comme ça, avec une prédilection quasi maladive pour les pauvres, les petits, les exclus, les pécheurs, et ceux que l’ordre des choses écrase.  Parce qu’il pardonne à tort et à travers.  Parce qu’il croit plus à l’amour qu’aux lois.

Histoire d’hier,…. histoire d’aujourd’hui…. Les aveugles ne sont pas ceux qu’on croit.  Les croyants ne sont pas ceux qu’on croit.

Tremblez, les pharisiens! Jubilez, les petits! Aujourd’hui, en ce jour de la mi-carême c’est la Laetare!  C’est un mot latin qui signifie: « Réjouis-toi! »

Avec vous je prie Jésus pour que nous parcourions le même chemin que l’aveugle de l’évangile et que nous ressentions le même bonheur que lui quand ses yeux se sont ouverts et qu’il a découvert la lumière apportée par le Christ.

Ptit’ rawett’ : Dialogue dans un train

          Un jour, je prenais un repas dans le self-service d’un train. Un Monsieur, devant moi, me demande si je suis religieux.

         Je réponds :  « non ».

         – « Monsieur, puis-je savoir pourquoi vous me posez cette question ? »

         Et il me dit :

         – « Parce que vous avez l’air paisible et que vous ne buvez que de l’eau »

         Nous engageons la conversation et il me dit :

         – « Moi, je ne sais pas si j’ai la foi, si Dieu existe. »

         Je lui ai répondu :

         – « Mais la foi, ce n’est pas croire que Dieu existe ! Les démons le croient et le proclament ! La foi, c’est croire que j’existe pour Dieu qui me dit : Tu es unique, tu comptes beaucoup pour moi. »

Extrait de : Voyages au pays des 500 contes, édité par  A. VERVIER et . STREBER

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