Homélie – 3ème dimanche de Carême Année A – Abbé Fernand Stréber

En voyant l’actualité, nous aurions envie de crier : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

Mais l’évangile de ce dimanche nous révèle le visage bouleversant d’un Dieu qui se montre en manque, un Dieu pauvre, en totale dé-maîtrise : « Donne-moi à boire », « J’ai soif »  dit-il.

Aujourd’hui, Jésus nous invite à croire en ce Dieu pauvre, assoiffé, ce Dieu qui nous stimule à croire en l’Homme.

Ne désespérons jamais ni de Dieu, ni de l’humain…

Fernand.

« 4 dérapages contrôlés »
ÉVANGILE St Jean 4,5-42 : La Samaritaine au pied du puits et l’eau vive

En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi.     Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ?     Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en a eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » À ce moment-là, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que cherches-tu ? » ou bien : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers lui. Entre-temps, les disciples l’appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se disaient entre eux : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : ‘Encore quatre mois et ce sera la moisson’ ? Et moi, je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant,  le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. Il est bien vrai, le dicton : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’ Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié. » Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage : « Il m’a dit tout ce  que j’ai fait. » Lorsqu’ils arrivèrent auprès de lui, ils l’invitèrent à demeurer chez eux. Il y demeura deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Homélie

Ce fait divers a lieu près du puits de Jacob, ancêtre commun aux Juifs et aux Samaritains.  Il est mis en scène par Saint Jean.  Il  provoque au moins quatre dérapages.   En effet, Jésus et la Samaritaine, c’était le jour et la nuit.

1° dérapage : Jésus est homme.  La samaritaine est femme.

« Donne-moi à boire  (V7). D’emblée, Jésus prend l’initiative de demander de l’eau à une femme.

Cela ne se faisait pas à l’époque, de parler ainsi en public à une femme.  Vous n’imaginez quand même pas que le commérage est une invention d’aujourd’hui! D’ailleurs, les disciples étaient « stupéfaits » nous dit pudiquement l’Evangile. Surpris?  Scandalisés, vous voulez dire! Leur rabbi qui parle avec une femme en public.

Jésus effectue un premier dérapage contrôlé en demandant un service, un verre d’eau à une femme en public.

2° dérapage : Jésus est Juif… La femme est Samaritaine

C’est-à-dire qu’elle appartient à un peuple « bâtard » qui avait organisé un culte tout différent de celui des Juifs.  Les Samaritains vénéraient des divinités païennes.  Ainsi, ils font cavaliers seuls depuis près de dix siècles.  En plus, jadis, ils ont fait bon accueil à l’envahisseur assyrien (pays d’Iran et Irak actuels) et ils ont construit un temple rival de celui de Jérusalem.  C’est pourquoi les Juifs ne veulent rien avoir de commun avec eux.

La femme est choquée : « Comment! Toi, Juif, tu parles à une Samaritaine? »(v 9)  Jésus effectue un deuxième dérapage contrôlé en s’adressant à une Samaritaine autrement-dit à une personne pratiquant un culte différent, une personne provenant d’une région maudite par les Juifs.

3° dérapage : Jésus est Fils de Dieu, …la samaritaine est prostituée…

Quand Jésus propose son eau, la femme réplique avec ironie. « Donne-la-moi, cette  eau pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »(v 15) La Samaritaine se défend.  On ne lui fait pas le coup du verre d’eau!

Pourtant, cette méfiance va s’écrouler comme un château de cartes quand la femme entend ces quelques mots: « Si tu savais le don de Dieu. »(v 10)  Oui, si tu savais comme Dieu a soif de toi, comme je suis sûr que tu aurais soif de lui!

Jésus effectue un troisième dérapage contrôlé en parlant à une prostituée de telle manière qu’il la touche directement au cœur.  Il a fait résonner pour elle le murmure d’un amour possible.  Alors, elle s’est redressée.

4° dérapage : Un pèlerin galiléen s’est arrêté en Samarie.

La Samarie est une des trois régions d’Israël.  Elle a fait sécession avec les deux autres (la Judée et la Galilée).

Mais ce n’est pas une raison suffisante pour arrêter Jésus, ce pèlerin infatigable pourtant tellement à l’aise en Galilée. (au Nord de la Samarie).. A ses yeux, rien ne peut enchaîner l’être humain à tout jamais: ni son passé, ni les différences de culture, race, culte, ni l’exclusion des autres, ni son péché.  Tout l’univers est appelé à recevoir le don de Dieu.  La femme abandonne sa cruche et va annoncer la bonne nouvelle à la ville.  Elle s’en va appeler les siens à partager sa foi.(v 28-29)

Ainsi, les Samaritains conquis par le message de celle qui était montrée du doigt proclameront que Jésus est LE sauveur s’adressant au monde entier.(v 42)

Jésus effectue son quatrième dérapage contrôlé en propageant l’Evangile en dehors du pays juif.

         Nous lisons ce récit un mois avant la fête de Pâques.  Choix judicieux.    En effet, avec ses 4 dérapages ce récit anticipe déjà la résurrection.  De la même manière, Marie de Magdala, la pécheresse, sera la 1ère témoin de la résurrection, (Jn 20,1-18), la 1ère envoyée pour porter la bonne nouvelle.  Ici également, c’est une femme qui a eu cinq maris qui court annoncer à la ville qu’elle a rencontré le Christ (V 29).

  Le rendez-vous et l’échange au pied de la margelle ne sont pas seulement une belle histoire du passé mais une Bonne Nouvelle pour aujourd’hui :  J’en ai détecté 4 : 1   Dieu a soif. 2        Dieu rencontre. 3 Dieu risque. 4       Dieu aime.

Sur la route pascale, Jésus nous attend nous aussi pour nous présenter l’eau vive.  Ne fermons pas notre cœur! (Ps. 94 : psaume du jour)

Fernand STREBER

P’tit rawett’ :  petit clin d’œil à la journée mondiale du droit des femmes (8 mars)
« PRÉCIEUSE ÉTOILE »

Il était une fois une petite étoile tombée du ciel, égarée en plein champ sur la planète Terre. Comment ne pas être repérée quand on scintille de la sorte !

         Survient une femme, toute occupée à ramasser des branches mortes pour chauffer sa maison. La femme doucement s’approche, de ses mains délicates elle écarte la terre qui écrase la malheureuse étoile. Peu à peu celle-ci revit, elle brille bientôt de tous ses feux.

         Oh, se dit la femme, je vais l’emporter dans ma maison, elle éclairera mon mari quand il reviendra du travail.

         Abandonnant ses branches mortes, dans ses deux mains ouvertes, rapprochées en forme de coupe, la femme recueille la petite étoile, et toute joyeuse regagne sa maison.

         Arrivée chez elle, sur un socle près de la porte, elle dépose sa précieuse découverte.

         De retour le soir, le mari est étonné par la vive clarté qui l’accueille en franchissant la porte.

         – Qu’est-ce que cette chose brillante ? demande l’homme.

         La femme raconte.

         – Elle nous est précieuse cette étoile, dit l’homme.  Gardons-la pour nous.

         – Non, dit la femme, mettons-la dehors, elle éclairera tous ceux qui passeront près de notre maison.

         Plus l’homme disait :

         – Gardons-la pour nous ;… plus la clarté de l’étoile diminuait.

         Plus la femme disait :

         – Mettons-la dehors ;… plus l’étoile brillait.

         L’homme prépare une place sur le rebord de la fenêtre et y dépose le brillant trésor.

         Depuis ce jour, la petite étoile n’a pas quitté sa fenêtre et sa clarté est de plus en plus vive.

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