Grâce à la transfiguration de Jésus, les 3 apôtres sont témoins de ce que sera la résurrection de Jésus :
une vie lumineuse, resplendissante,
une vie auprès de Dieu,
une vie sans crainte,
une vie qui nous sort de l’espace et du temps.
Ils en sont tellement heureux qu’ils souhaitent rester sur la montagne.
Mais tout cela se prépare dans la vie quotidienne.
Fernand
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9
En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait « Celui-ci est mon Fils bien-aimé,en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit :« Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »
Homélie
Dans la vie, la qualité du regard est capitale.
Bien avant que son grand garçon ne le lui ait annoncé, sa maman, attentive avait vite fait de deviner que celui‑ci était tombé amoureux. Depuis plusieurs jours, le regard de son fils était tellement transfiguré qu’elle se doutait bien qu’il avait dû rencontrer une fille.
Un jour, au retour de son travail, cette maman a découvert dans les yeux pétillants de son grand garçon le regard d’un adulte, le regard d’un homme différent d’elle, chargé d’un mystère qu’elle ne pouvait connaître. Son fils appartenait désormais à quelqu’un d’autre.
Aurais‑je tort de « banaliser » à ce point la transfiguration de Jésus en osant la comparer au regard transfiguré de ce jeune amoureux ? A vous de juger !
Dans la vie, la qualité du regard est capitale.
Un jour, alors que les trois apôtres croyaient bien connaître leur maître, ils découvrent progressivement la personnalité de Jésus grâce à sa transfiguration. En effet, ils avaient été abasourdis lorsque Jésus leur avait annoncé sa prochaine Passion et résurrection. Pierre l’avait même réprimandé. Dans l’Evangile de Matthieu, cela est raconté juste avant le récit de la Transfiguration. Ce n’est pas un hasard, vu qu’il existe un lien entre les deux épisodes et que le second éclairera le premier. La transfiguration de Jésus ne sera comprise qu’à la lumière de sa résurrection. C’est la raison pour laquelle Jésus demande à ses apôtres d’attendre ce moment-là pour en parler. Ce n’est pas non plus un hasard, si nous entendons chaque année ce récit quelques semaines avant Pâques.
Pendant un bref instant, lors de la transfiguration de Jésus , l’échange qu’il a eu avec Moïse et Elie et la parole qu’ils ont entendue, les trois amis intimes de Jésus sont témoins de ce que sera la résurrection de Jésus. Ils perçoivent l’extraordinaire richesse de cet ami. Ils se rendent compte qu’ils s’adressent à quelqu’un qui, vraiment, ne peut venir que de Dieu seul.
Sur la montagne, Pierre, Jacques et Jean voient le visage de Jésus brillant comme le soleil. Ils entendent cette voix révélant la vraie personne de Jésus : Cette voix a dit ceci : «Celui‑ci est mon fils bien‑aimé en qui je trouve ma joie. Ecoutez-le.» Quand Dieu regarde Jésus, voilà comment il le voit: tout beau, tout resplendissant.
Le regard de Dieu est un regard qui transfigure.
Pierre prend la parole: «Si je dressais ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie» La tentation est grande de rester dans l’extase. Mais il faut redescendre de la montagne et la route sera longue jusqu’au jardin des oliviers, la veille de la crucifixion de Jésus, où les trois mêmes apôtres tomberont de sommeil. Et à la cour du tribunal, Pierre n’aura même plus un regard soutenu pour ce Jésus qu’on emmène au calvaire et qui se retourne vers lui.
Le regard faux de Pierre, à ce moment-là, est un regard qui défigure.
Oui, comme les trois apôtres, il nous faut, nous aussi aujourd’hui, descendre dans la plaine où vivent les hommes et les femmes d’aujourd’hui et notamment les Haïtiens mis en valeur cette année par la campagne d’Entraide et Fraternité : ces femmes et ces hommes défigurés par la faim, par la solitude, la maladie et surtout par les guerres de gangs, de bandes rivales militarisées.
Descendre et se mêler à la pâte humaine c’est indispensable pour porter sur ces personnes rencontrées le regard de Dieu: un regard qui rend la dignité à ceux qui l’ont perdue, qui remet debout celles et ceux que la vie a dégoûtés.
Notre regard sur le monde d’aujourd’hui peut être soit un regard qui défigure, soit un regard qui transfigure. A nous de choisir.
Dans la vie, la qualité du regard est capitale.
Prière universelle
Introduction :
Le désert, comme la montagne, peuvent être deux lieux de vérité, de solitude, de communion avec les autres, avec le Seigneur. Avec ceux qui vivent cette expérience, invoquons le Seigneur:
- Quand nous nous retirons dans la nature pour prendre du recul sur notre vie, Quand nous nous émerveillons de la beauté de ce qui nous entoure, Quand nous partons sur des chemins de retraite, Seigneur, pousse-nous à garder notre tête de ressourcé, de transfiguré pour la partager avec ceux qui nous entourent, partagent notre vie ou notre route. Nous te prions.
- Quand nous ne réfléchissons pas à notre consommation, Quand nous laissons les grandes entreprises agir sans réaction, Quand nous utilisons notre terre comme une source intarissable, Quand le mot sobriété ne résonne pas en nous, Seigneur, mets-nous en alerte, mets-nous en mouvement pour redonner de l’éclat à notre relation à la planète, aux autres et à toi. Nous te prions.
- Avec les moines et les moniales, retirés dans leur monastère et qui consacrent leur vie à la contemplation et la prière, Avec ceux et celles de notre communauté qui intercèdent auprès de toi pour tant de leurs frères et sœurs. Nous te prions.
- Avec ceux et celles qui se sont laissés éclairer par ta tendresse et ta présence à leurs côtés et qui, chez nous, consacrent de leur temps pour témoigner de toi. Nous te prions.
Pt’it rawett’ : « HISTOIRE DE JULIETTE »
Un jour, la marraine de Juliette un petit bout de 4 ou 5 ans, lui a acheté une robe verte pour le dimanche. La petite était tellement ravie qu’elle ne voulait plus quitter sa robe verte, pas même pour aller au lit.
Mais ce n’est pas tout. Un autre jour, sa marraine lui a tricoté une robe en laine du pays, jaune et blanche pour la semaine. Juliette était tellement joyeuse qu’elle a voulu mettre les deux robes à la fois! Et pas moyen de lui ôter cette idée de la tête.
Au fond, nous le savons bien. Le vêtement, c’est beaucoup plus qu’une manière de lutter contre le froid. Lorsqu’après un travail ou avant de sortir nous disons : « Je vais me changer » n’est-ce pas une volonté de fête qui s’affirme, un « ailleurs », une façon de se transformer et de prendre distance au cœur du quotidien?
Ce n’est pas un hasard si Jésus va « se changer » lui aussi pour se montrer à ses disciples dans des « effets » d’une blancheur éclatante.
Ils sentent bien que c’est dimanche, que Jésus n’est pas habillé comme en semaine, mais ils n’ont pas compris que leur maître « ne recevrait définitivement le vêtement blanc qu’après être passé par la mort » (José Lhoir). Ils n’ont pas compris qu’après le manteau de lumière, il devrait porter « la robe de dérision », que de la montagne du Thabor, on voyait déjà le mont des Oliviers.
L’originalité du christianisme, ce n’est pas qu’il y a un vêtement pour la montagne et un vêtement pour la plaine, un habit du dimanche, à la messe, et un habit de la semaine.
L’originalité du christianisme, c’est, comme Juliette, de mettre les deux robes à la fois! Ce n’est pas impossible explique Gérard Bessière :La marraine a tricoté large: à travers les mailles de la robe de laine, on peut apercevoir la robe verte.
Il faudrait peut-être que dans la plaine de nos vies ordinaires, le Jésus de la Transfiguration illumine nos gestes quotidiens; qu’à travers les mailles de la robe de laine que nous portons au bureau, à l’usine, à l’école, à la maison, on puisse apercevoir quelque chose de la robe verte de l’Evangile.
Gabriel RINGLET, Extrait de Il était une foi (tôme 1) CRJC Liège)