« Les trois tentations de Jésus au désert »
Avant d’entamer sa vie publique, Jésus réfléchit sur sa vie, voit quelle orientation lui donner. Il se retire au désert, loin de l’agitation du monde, seul avec lui-même, parce que c’est nécessaire de temps en temps.
Nécessité aussi pour chacun-e, de s’arrêter pendant ce carême pour voir où on en est, comment on vit, de quoi on vit; éventuellement pour redresser le cap, car on part si souvent de travers, et il y a tellement de tentations.
PREMIÈRE LECTURE (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a)
Le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Or le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin’ ? » La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus.
ÉVANGILE (Mt 4, 1-11)
En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.
Homélie
C’est parti pour Jésus : Sa vie publique commence. Pour bien s’y préparer, il se retire pour jeûner dans le désert. Il appuie sur le bouton : « pause ». Quarante jours pour comprendre ce que Dieu attend de lui. Quarante jours comme Moïse au Sinaï avant de recevoir les tables de la Loi. Quarante ans comme le peuple hébreux au désert, pour marcher et devenir le peuple que Dieu a choisi pour entrer en Palestine. Le déluge a duré 40 jours et 40 nuits. Il y 40 jours entre Pâques et l’Ascension, 40 jours entre Noël et la Chandeleur. 40 jours nous sont donnés pour monter vers la Semaine Sainte. Vous l’aurez compris: ce chiffre est symbolique, autrement dit signifie autre chose que la somme de 38 + 2. Mentionné 159 fois dans la Bible, le nombre 40 symbolise généralement une période de mise à l’épreuve ou de probation, le temps qu’il faut pour approcher Dieu, se convertir et faire appel à sa miséricorde. 40 c’est aussi un chiffre de maturité humaine et spirituelle. Aujourd’hui, plusieurs personnes fêtent leur 40 ans.
Le texte proclamé ce dimanche est comme une sorte de guide de lecture, qui nous donne la possibilité de rejoindre la personnalité de Jésus. Au début de son livre, Matthieu signifie en quelque sorte à ses lecteurs: « Si vous voulez comprendre quelque chose, gardez bien en mémoire ces trois choix fondamentaux que Jésus a refaits tout au long de sa vie. »
Trois choix que Jésus aurait pu ne pas faire. Aussi les appelle-t-on plus souvent : « les tentations ». Tentations auxquelles ont succombé Adam et Eve (première lecture). Tentations auxquelles succomba le peuple juif. Tentations auxquelles toute personne peut céder aujourd’hui.
Analysons l’attitude de Jésus face aux trois tentations que le diable lui jette sous les pieds.
1°) Le diable dit à Jésus : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
* Cette tentation s’enracine dans la peur du manque qui peut être si grande, parfois, qu’on se jette sur la nourriture de manière irréfléchie.
Manger, consommer, satisfaire ses besoins sans le moindre délai: tout cela est du même ordre. La peur de manquer déclenche parfois de la violence.
Jésus reste sur sa faim. Il endure le manque. Il parvient à mettre une distance entre le besoin qui s’exprime et le moment où ce besoin sera assouvi.
2°) Le diable dit à Jésus : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas [du temple]».
- Il s’agit de la tentation de se croire supérieur à toute limite.
- Il s’agit aussi de la tentation de la mise en valeur de soi.
Jésus refuse d’utiliser la bonté de Dieu dans un but intéressé.
3°) Le diable dit à Jésus « [Tous les royaumes] je te les donnerai si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
- C’est la tentation des faux dieux. L’Homme n’est pas fait pour s’agenouiller devant toutes sortes d’idoles et à se soumettre à elles par exemple Johnny Halliday.
- Le vocabulaire utilisé dans cette troisième tentation renvoie à l’univers politique : L’évangile parle de devenir propriétaire de tous les royaumes terrestres. Cette troisième tentation concerne la volonté d’écraser les autres. L’actualité en Ukraine en est un exemple. Cette tentation d’un pouvoir écrasant ne se rencontre pas seulement chez certains dirigeants politiques ou religieux. Elle est présente aussi chez chaque être humain. Jésus refuse de se prosterner devant quelqu’un d’autre que Dieu. Il refusera toujours d’exercer un pouvoir accablant ses auditeurs.
4°) Dans l’Evangile de Matthieu il y a encore une quatrième tentation qui viendra plus tard : celle qui s’exprimera dans la prière de Jésus au jardin des oliviers : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe sans que je la boive, que ta volonté se réalise Mt 26,42b.» : c’est la tentation de croire d’être abandonné.
C’est la tentation de croire qu’il existerait des circonstances où Dieu lui-même laisserait tomber ses proches, ne les accompagnerait pas plus loin. A cette tentation, Jésus oppose la volonté de Dieu de ne rien exiger qui dépasse les forces de celui qui fait appel à lui. Cette tentation souligne qu’il y a une espérance au-delà de toute espérance parce que Jésus croit envers et contre tout à la vie de Dieu en lui.
Sous le regard du Père et de ses anges, Jésus reprend la route plus debout que jamais, conforté par ses CHOIX de vie.
Et nous, aujourd’hui, nous voici en Carême, pour refuser ce qui nous enchaîne et confirmer nos choix. Face aux grandes tentations :l’argent, le pouvoir, les honneurs bref tout ce qui nous enchaîne, c’est à nous d’être pour le monde des porteurs d’espérance jusqu’à la lumière de Pâques.
Abbé STREBER Fernand
P’tit rawett’ : « Une souris qui avait peur »
Un jour une souris vint se plaindre au dieu des dieux.
– J’ai peur des chats, ô dieu des dieux, s’il te plait transforme-moi en chat !
Le dieu des dieux la transforma en chat.
Quelques jours plus tard elle revint :
– J’ai peur du tigre….ô dieu des dieux s’il te plait transforme-moi en chasseur !
Le dieu des dieux la transforma en chasseur.
Mais bientôt le chasseur mal dans sa peau souhaita devenir une femme. Laquelle prit peur d’une souris.
Le dieu des dieux lui dit en souriant :
– Sois une vraie petite souris et tu sauras alors vivre sans peur….
Extrait de « Voyages au pays des 500 contes, recueil de contes compilés par. A. VERVIER et F. STREBER