Homélie – 6ème dimanche Temps ordinaire – Année A

« Je ne suis pas venu pour abolir la loi mais pour l’accomplir ».

La Loi du Royaume dépasse celles des hommes.
Elle est loi d’amour que nous devons assumer de l’intérieur.

Elle est invitation à sortir de soi.

Le propre de cette loi c’est qu’il n’est pas possible de l’observer parfaitement car dans le domaine des relations il faut toujours grandir, progresser.

Cette loi est donc comme un germe, un fondement sur lequel il faut construire.

ÉVANGILE (Mt 5, 20-37 ; passim) version brève.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout. Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. ».

HOMÉLIE

A la première lecture, l’évangile d’aujourd’hui me demande de jouer devant vous le rôle de Procureur du Roi se faisant le porte parole de Jésus. :

1 : Je vous interdis non seulement de tuer mais de vous mettre en colère contre votre frère.

2 : Je vous interdis non seulement de commettre l’adultère mais aussi de rêver à l’épouse de votre voisin.

3 : Je vous interdis non seulement de faire de faux serments mais aussi de mentir.

« Enfin ! Fernand, tu parles clairement. », me diront certains ! Tandis que d’autres sentiront peser sur leurs épaules une chape de plomb les enfonçant dans le péché, le remords et la culpabilité.

Mon intention pourtant, ce matin est de vous conduire à Celui qui proclame ces exigences : Jésus‑Christ.

Jésus si catégorique, si incisif dans la proclamation de ses exigences morales s’entretient pourtant avec des gens qui ne respectent pas ces exigences morales, autrement dit des pécheurs, pour reprendre le langage de la bible.  2 exemples : Jésus mange avec Zachée.  Il ne condamne pas la femme adultère.  Il est donc indispensable de creuser plus en profondeur pour comprendre le message de Jésus.

Dès que les premières communautés ont voulu se référer au message de Jésus,  elles ont qualifié ce message de « Bonne Nouvelle »,d’« Evangile ».  Pour concrétiser cette Bonne Nouvelle, Matthieu –  qui destine son écrit à des communautés juives devenues chrétiennes – souhaite les aider à faire le tri dans les préceptes et interdictions qui leur avaient été imposées par la religion juive qu’ils viennent de quitter.  Ces 613 préceptes avaient fini par étouffer la loi de Dieu c’est-à-dire les 10 commandements.

Et malgré cela, Matthieu dresse ici le portrait d’un Jésus, législateur, sévère.  Tranquillisons-nous !  Dans le langage religieux, le terme « loi » n’a rien à voir avec un code civil, un code de la route ou une loi militaire.  La loi biblique exprime une orientation.  Elle indique le chemin qui conduit à Dieu-amour, le chemin qui conduit au bonheur.

La loi biblique, c’est le balisage d’une route sur laquelle je peux m’aventurer en toute confiance.  La loi, c’est le doigt du sage qui indique la direction, mais, comme dit un proverbe chinois, le stupide regarde le doigt !  Il s’arrête à la loi, il en fait le but de sa vie alors que la loi a un rôle de tuteur.

Permettez-moi une image pour mieux comprendre : La loi, c’est le rapport médical que Dieu propose à l’Homme pour trouver la santé du corps et de l’esprit.

Pour grandir en sagesse, en affection, l’être humain, au cours de sa croissance a besoin de repères, de références voire même de modèles qui le fortifieront pour prendre des décisions ajustées qui lui conviennent.

Aujourd’hui, Jésus m’invite à regarder le sens de la loi, la lumière qu’elle indique : La loi, c’est aimer Dieu de tout son cœur, c’est aimer son prochain comme soi‑même.

La loi divine ne peut être comprise et observée que lorsque je choisis prioritairement d’aimer envers et contre tout.

Lorsque j’aime vraiment, j’accomplis, j’observe automatiquement la loi divine.  Rien n’est plus exigeant que l’amour.  Rien n’est plus difficile qu’aimer en vérité parce qu’à ce niveau je ne suis jamais tout à fait en règle contrairement aux règlements de la religion juive.

Eclairé par ces explications je poursuis le commentaire des trois prescriptions de l’évangile de ce jour :

1 :     Je vous interdis non seulement de tuer mais de vous mettre en colère contre votre frère. Viendrait‑il à l’esprit de celui qui veut la paix, d’insulter son frère ?

2 :     Je vous interdis non seulement de commettre l’adultère mais aussi de rêver à l’épouse de votre voisin.  Viendrait‑il aux époux qui s’émerveillent l’un de l’autre, d’envier la femme ou le mari du voisin ?

3 :     Je vous interdis non seulement de faire de faux serments mais aussi de mentir. Viendrait‑il à l’esprit de celui qui veut le respect de tous, de tromper ?

La loi d’amour n’est pas une loi tatillonne qui paralyse mais c’est une loi qui nous invite à sortir de nous-mêmes.

La loi divine est donc un point de départ.  Mais tout le chemin reste à faire.  C’est à nous de l’inventer.  Jésus a ouvert une voie.  Il s’est engagé lui-même en toute liberté.  Il a montré que cette loi est une loi d’amour et en amour on est toujours en reste, rien n’est jamais fini.

La p’tit’ rawett’ : « DEVENIR VRAIMENT LIBRE »

Un jour un détenu fut  libéré. Le juge voulant l’aider, avec son accord, le fit conduire au milieu d’un immense désert plein de gouffres profonds et de montagnes infranchissables. Seules quelques sources, à peine visibles, donnaient de l’eau bienfaisante. Au bout de ce désert, se dressait une ville où il faisait bon vivre. Le juge lui dit « Quand tu seras arrivé au désert, tu feras ce que tu veux. »

Un vieux sage, nomade, qui avait souvent traversé le désert rencontra l’ancien détenu. Il lui dit:

– Tu sais, si tu veux vraiment jouir de ta liberté, traverse le désert. Tu retrouveras tes frères les hommes. Voici une boussole et une carte où sont marquées les sources qui te permettront de boire et les obstacles qu’il te faudra contourner. Au pied de la montagne rouge, tu trouveras une troupe d’hommes qui est en route elle aussi vers la ville où il fait bon vivre. Bonne route!

Mais l’ancien détenu se dit :

– Je suis libre. C’en est fini des contraintes. Ce nomade veut m’imposer des contraintes.  Je n’en veux pas!

Il jeta la boussole et la carte. Alors cet homme se perdit bientôt dans le désert et n’atteignit jamais la ville.

Un an plus tard, le juge recommença l’expérience avec un autre détenu.. Celui-ci rencontra le même nomade et, tout joyeux, il suivit les indications de la boussole et de la carte. Il trouva la troupe d’hommes. Avec elle, la marche fut longue, parfois pénible. Mais il avait le plaisir de boire aux sources d’eau fraîche. Il éprouvait  surtout la joie d’être avec les autres. Enfin, un matin, la ville se dessina à l’horizon. Après une dernière journée de marche, ils purent tous s’y installer et ils y vécurent très heureux.

Résumé d’un conte de X. Thévenot puisé dans : « Il était une foi » tome I, page D10,  Ed. CRJC Liège,  juin 1996

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