« Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde »
Puissions-nous être lumière, non pas celle qui éblouit par ses certitudes, mais celle qui éclaire le chemin de la Vie.
Puissions-nous donner de la saveur au monde et rendre le goût de vivre à ceux qui l’ont perdu.
Abbé Fernand Stréber
ÉVANGILE (Mt 5, 13-16) « Vous êtes la lumière du monde »
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Homélie
1 Pour bien comprendre l’évangile faisons un brin d’histoire :
Au temps de Jésus, le sel n’était pas très raffiné. Cette épice puisée dans la Mer Morte était mélangée à beaucoup d’impuretés. Pour s’en servir, il fallait lui ôter un maximum de scories. Parfois ce condiment salé contenait plus de poussière que de sel. Sa dissolution en faisait un sel tellement fade qu’il ne servait plus à rien sinon à être jeté dehors et à être piétiné par les gens.
A une époque où on ne disposait pas de frigidaires, la salaison des aliments était essentielle pour les conserver. Le sel évitait la moisissure tout en rendant le goût des aliments plus savoureux.
2 Jésus connaît ces deux réalités. En utilisant l’image du sel, il invite ses disciples à faire en sorte que le goût de leur sel intérieur se diffuse de la même manière que le sel améliore la saveur de la nourriture consommée.
En effet, Jésus ne dit pas : « Soyez, devenez le sel » mais « Vous êtes le sel ». Ça change tout ! Jésus ne fait pas la morale. L’Evangile est l’annonce d’une saveur venant de Dieu. Et elle nous est offerte à tous de la même manière.
Croire ? Qu’est-ce que cela change de croire ? Jésus nous répond aujourd’hui : « C’est donner du goût à la vie, du relief » ! Tous, nous sommes immergés dans la banalité du quotidien : les mêmes gestes stéréotypés, les mêmes paroles, le même environnement, … Dans ce contexte, quelle saveur la vie peut-elle encore avoir ?
Si nous n’y prenons garde, le matérialisme ambiant et notre société sécularisée risquent de nous retirer notre capacité spirituelle, notre capacité de transcendance, de dépassement ? Alors, nous nous étonnons que la vie devienne absurde, qu’elle n’ait plus de sens. Le nombre de suicides en témoigne notamment le suicide de jeunes, de personnes détenues et de personnes âgées dans les maisons de repos. Dans ce contexte Jésus nous redit aujourd’hui : « Vous êtes le sel de la terre.»
Nous n’avons pas à devenir sel, nous le sommes. Jésus nous révèle à nous-mêmes ce que nous sommes. Nous sommes déjà quelqu’un, nous avons la capacité de donner de la saveur à notre vie.
Si en plus, nous donnons de la saveur à la vie de l’autre en l’aimant, il est judicieux de lui laisser de la place, de ne pas l’envahir. Le sel ne s’utilise que par petites pincées. Si le potage n’a pas beaucoup de goût sans sel, il est imbuvable si l’on y renverse le pot. Par analogie, un excès de charité peut déresponsabiliser l’autre et l’infantiliser.
3 La seconde image de l’évangile parle d’elle-même. La lumière est indispensable pour distinguer les choses. Elle n’est pas allumée pour être cachée. Elle est allumée pour faire ressortir les objets ou les visages tandis qu’un projecteur écrase ce qu’il éclaire.
Jésus lui-même « lumière du monde » (Jn 8,12) associe ses disciples à sa mission, les identifie à Lui. En effet, il dit: « Vous êtes la lumière du monde », capables de « faire le bien ». Il s’agit, non pas de ‘braquer les spots’ sur eux-mêmes, mais bien d’être ‘brillants’ dans leur manière d’être après la rencontre de Jésus dont le visage rayonne de lumière (Mt 17,2).
Tout chrétien EST lumière pour ses frères lorsque, par son attitude, les gestes et les paroles qu’il choisit, il fait rayonner ce que Jésus lui-même a été. C’est de cette manière que le chrétien exerce sa vocation de baptisé. Nous sommes déjà lumière. Le danger c’est de ne pas « briller » ou d’éblouir.
4 Ces deux paroles d’évangile sont souvent mal interprétées. Une lecture inadéquate insiste beaucoup plus sur le faire que sur l’être. Jésus commence bien par dire ‘vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde’. Il n’indique pas ce que les disciples doivent réaliser, mais ce qu’ils sont.
La caractéristique des disciples de Jésus est d’être le sel de la terre et la lumière du monde. En effet, avec la venue de Jésus, tout a changé. Les disciples savent que le Ressuscité est avec eux tous les jours, et qu’ils ont en eux la force de l’Esprit. Il leur revient maintenant de prolonger, par leur manière de vivre, le message des béatitudes (lues la semaine dernière), ce que Jésus a proclamé.
Prière universelle (avec 2 lecteurs)
- « Partage ton pain avec celui qui a faim »
Cette demande du prophète Isaïe nous interpelle
d’une manière réelle et pratique.
Prions Dieu de nous rendre attentifs aux appels qui nous parviennent.
- « Vous êtes la lumière du monde »
Cette confiance absolue de Jésus envers les siens est formidable.
Prions Dieu afin de pouvoir honorer dignement cette confiance qu’il nous fait.
- « Vous êtes le sel de la terre. »
Dieu compte sur nous pour donner de la saveur
à la vie des personnes que nous rencontrons.
Prions-le ensemble afin qu’il nous donne la force de rendre le goût de vivre
à ceux qui l’ont perdu.
- « Ta lumière se lèvera, ton obscurité sera comme la lumière de midi »
Rendons grâce au Seigneur
pour les efforts, encore timides,
des peuples riches
pour partager les ressources de la terre
avec les moins fortunés.
2 « P’tits Rawetts’’
COMMENT FAIRE BOIRE UN ANE QUI N’A PAS SOIF?
Comment faire boire un âne qui n’a pas soif?
Des coups de bâton? Mais l’âne est plus têtu que nos bâtons.
Et cette méthode ancienne est déclarée trop directive par les éducateurs d’aujourd’hui.
Lui faire avaler du sel? Pire encore et qui relève presque des tortures psychiatriques.
Comment donc faire boire cet âne en respectant sa liberté?
Une seule réponse: trouver un autre âne qui a soif… et qui boira longuement, avec joie et volupté, au côté de son congénère.
Non pas pour donner le bon exemple,
mais parce qu’il a fondamentalement soif, vraiment, simplement soif, perpétuellement soif.
Un jour, peut-être, son frère, pris d’envie, se demandera s’il ne ferait pas bien de plonger, lui aussi, son museau dans le baquet d’eau fraîche.
Jacques Loew et Jacques Faizant
Paraboles et fariboles, Fayard, Paris, 1978, p. 30
Précieuse étoile
Il était une fois une petite étoile tombée du ciel, égarée en plein champ sur la planète Terre. Comment ne pas être repérée quand on scintille de la sorte !
Survient une femme, toute occupée à ramasser des branches mortes pour chauffer sa maison. La femme doucement s’approche, de ses mains délicates elle écarte la terre qui écrase la malheureuse étoile. Peu à peu celle-ci revit, elle brille bientôt de tous ses feux.
Oh, se dit la femme, je vais l’emporter dans ma maison, elle éclairera mon mari quand il reviendra du travail.
Abandonnant ses branches mortes, dans ses deux mains ouvertes, rapprochées en forme de coupe, la femme recueille la petite étoile, et toute joyeuse regagne sa maison.
Arrivée chez elle, sur un socle près de la porte, elle dépose sa précieuse découverte.
De retour le soir, le mari est étonné par la vive clarté qui l’accueille en franchissant la porte.
– Qu’est-ce que cette chose brillante ? demande l’homme.
La femme raconte.
– Elle nous est précieuse cette étoile, dit l’homme. Gardons-la pour nous.
– Non, dit la femme, mettons-la dehors, elle éclairera tous ceux qui passeront près de notre maison.
Plus l’homme disait :
– Gardons-la pour nous ;… plus la clarté de l’étoile diminuait.
Plus la femme disait :
– Mettons-la dehors ;… plus l’étoile brillait.
L’homme prépare une place sur le rebord de la fenêtre et y dépose le brillant trésor.
Depuis ce jour, la petite étoile n’a pas quitté sa fenêtre et sa clarté est de plus en plus vive.