« Jésus proclame que le bonheur se reçoit dans la pauvreté de l’esprit et plus largement dans une situation de manque et d’humilité à priori peu conformes aux canons habituels de la publicité.
Dans le cœur de Jésus, certaines attitudes vont de soi, celles qu’évoquent les béatitudes : consoler ceux qui pleurent, faire une place à ceux qui refusent de s’imposer par la force, satisfaire la soif de justice, faire preuve de bienveillance et de pardon, garder la simplicité du cœur et travailler à la paix.
Pour info : Le mot grec « makarios » utilisé par Matthieu dans son évangile peut être traduit par « heureux », ou « en marche », « debout », « vivant ».
« Vivants » désigne ceux qui sont non pas pleins d’eux-mêmes, de leurs richesses matérielles ou intellectuelles, mais qui ont laissé se creuser en eux un espace pour qu’advienne autre chose que ce qui existe déjà et qu’ils maîtrisent.
Inspiré de Elian Cuvillier, Le sermon sur la montagne : vivre la gratuité et la confiance
Soyez heureux !
Fernand
Introduction
Aujourd’hui, Jésus nous emmène avec lui pour gravir la montagne. Cela nous en rappelle une autre : la montagne de Dieu, celle que Moïse a gravi pour recevoir la loi de l’alliance, les 10 commandements.
En nouveau Moïse, Jésus monte sur la même « montagne de Dieu » pour énoncer avec autorité une loi nouvelle, celle du Royaume des cieux. Mais avant cela, il lance une annonce de bonheur, à la fois solennelle et profondément paradoxale ; les béatitudes qui proclament un bonheur bien différent des canons habituels de la félicité.
Oui les béatitudes sont paradoxales, leur fonction n’est pas d’indiquer un chemin à suivre pour obtenir le bonheur, elles sont plus de l’ordre d’une proclamation qui constate le bonheur, félicitant en quelque sorte celui à qui elles s’adressent d’en être le bénéficiaire.
Nous allons essayer de mieux les comprendre tous ensemble, en nous éclairant des lectures du jour et en nous enrichissant de nos échanges
ÉVANGILE (Mt 5, 1-12a)
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
HOMÉLIE
Plusieurs siècles avant Jésus, Moïse gravit la montagne seul. Le peuple l’attendait au pied. Dans un grondement de tonnerre il reçoit de Yahvé la loi qui va permettre aux Hébreux de devenir un peuple uni, une seule nation. Moïse brisera ces tablettes de pierres sur lesquelles la loi était écrite,. Geste par lequel nous pouvons comprendre que Dieu ne veut pas écrire sa loi sur la pierre mais dans les cœurs.
Aujourd’hui, Jésus, le nouveau Moïse, gravit lui aussi la montagne mais pas seul ! Il entraîne derrière lui non pas des notables ou des pharisiens sûrs d’avoir la vérité, mais toutes ces femmes et ces hommes accablés par la dureté de la vie. Ici, il n’est plus question de loi ou d’interdictions mais de béatitudes.
Jésus offre des chemins pour atteindre le bonheur. Nous savons que l’Evangile a été écrit en grec. Toutes les traductions sont approximatives. Elles ne rendent jamais parfaitement l’idée de l’écrivain. Chouraqui, un juif qui a baigné dans la culture hébraïque, traduit les béatitudes comme ceci:
« En marche les affamés de maintenant, vous serez rassasiés.
En marche les pleureurs de maintenant vous serez consolés. » etc…
Je dois dire que cette traduction me plaît beaucoup, parce qu’elle a l’avantage d’être dynamique, elle relève, remet debout, fait marcher.
Commentons brièvement une à une les 9 béatitudes :
1 « En marche les pauvres de cœur » pas ceux qui sont fauchés mais ceux qui reconnaissent qu’ils ne sont pas tout et laissent ainsi de la place aux autres. Heureux ceux qui ne se suffisent pas à eux-mêmes mais reconnaissent qu’ils ont besoin des autres.
2 « En marche les doux » pas les gringalets mais ceux qui ont une telle force intérieure qu’ils parviennent à avoir la même tendresse envers les autres que celle qu’ils ont envers eux-mêmes.
3 « En marche ceux qui pleurent » pas ceux qui pleurnichent mais celles et ceux qui ont un cœur qui vibre devant l’horreur de la souffrance, devant la mort de l’innocent. Heureux ceux que les larmes ont rendus sensibles à la misère et au chagrin des autres.
4 « En marche ceux qui ont faim et soif de justice » pas ceux qui se contentent de rendre à chacun ce qui lui est dû mais ceux qui luttent pour que soit rendu à chacun selon ses réels besoins.
5 « En marche les miséricordieux » pas ceux qui oublient le mal qui leur a été fait mais ceux qui pardonnent en donnant à leur oppresseur une nouvelle chance.
6 « En marche les cœurs purs » pas ceux qui ont un visage à double face mais ceux qui sont authentiques. En marche ceux dont le cœur est transparent.
7 « En marche les artisans de paix » pas ceux qui fuient les conflits en modifiant leurs opinions selon leurs interlocuteurs pour avoir la paix mais notamment ceux qui reconnaissent leurs torts, base indispensable pour construire la paix.
8 « En marche les persécutés pour la justice » pas ceux qui s’exposent imprudemment à un danger mais ceux qui souffrent en eux-mêmes parce qu’ils aiment. Ils sont encore nombreux ceux et celles qui sont persécutés parce qu’ils ont choisi le parti des sans voix.
9 « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte » pas gratuitement mais parce que vous vous donnez de la peine pour construire le Royaume de Dieu en cohérence avec les valeurs évangéliques.
Aujourd’hui, les 9 béatitudes nous sont adressées personnellement. Nous pourrions alors les lire de cette manière : En marche toi qui es pauvre de cœur, toi qui est appelé-e à l’être davantage. Bienheureux toi qui es doux et qui est appelé-e à l’être davantage. Etc…
L’ancienne loi, celle de Dieu écrite sur des tablettes et donnée à Moïse n’était que provisoire. Ces tablettes sont cassées . Les béatitudes présentées par Jésus sont la nouvelle loi basée sur l’amour. Elles nous sont proposées pour traverser notre quotidien dans la joie et le bonheur.
Fd STREBER
Prière universelle
Animateur :
Sur le chemin des Béatitudes, prions ensemble le Seigneur :
Lecteur :
–Nous te prions, Seigneur, avec tous les pauvres de cœur,
ceux et celles qui pleurent, au sein de notre famille, de nos villages ;
qu’ils trouvent chez nous des oreilles attentives
et des mains ouvertes à leurs détresses.
– Nous te prions, Seigneur, avec les artisans de paix :
qu’ils soient des exemples pour guider les responsables politiques
afin qu’ils cherchent avant tout le bien-être et le bonheur de tous.
– Nous te prions, Seigneur, avec celles et ceux qui ont faim et soif de justice :
qu’ils soient soutenus par toutes les personnes engagées
dans la construction d’un monde plus fraternel.
– Nous te prions, Seigneur, avec les doux et les miséricordieux :
qu’ils puissent prendre toute leur place au sein de notre communauté.
P’tit’ rawett’ (version courte) : À CHACUN SELON SES BESOINS !
Deux frères PARTAGent
Deux frères, dont l’un était célibataire et l’autre marié possédaient une ferme dont le sol fertile produisait du grain en abondance.
Une moitié du grain allait à l’un des frères et une moitié à l’autre.
Au début, tout alla bien.
Puis, de temps à autre, celui qui était marié commença à s’éveiller en sursaut au cours de la nuit et à penser :
– Ce n’est pas juste. Mon frère n’est pas marié et il reçoit la moitié du produit de la ferme. Moi, j’ai une femme et cinq enfants, et j’ai toute la sécurité dont j’ai besoin pour mes vieux jours. Mais qui prendra soin de mon pauvre frère, quand il vieillira ? Il lui faut épargner pour l’avenir beaucoup plus qu’il ne le fait actuellement ; aussi ses besoins sont manifestement plus grands que les miens.
Sur ces pensées, il sortait du lit, se glissait furtivement chez son frère et déposait un sac plein de grains dans la réserve de celui-ci.
Le célibataire commença lui aussi à subir semblables attaques nocturnes.
De temps à autre, il était tiré de son sommeil et se disait à lui-même :
– Ce n’est tout simplement pas juste. Mon frère a une femme et cinq enfants et il reçoit la moitié du produit de la terre. Moi, je n’ai que moi-même à soutenir. Alors, est-il juste que mon pauvre frère, dont les besoins sont manifestement plus grands que les miens, reçoive exactement la même chose que moi ?
Puis, il quittait le lit et déposait un sac plein de grains dans la réserve de son frère.
Journal “ En Marche ” – Mutualités Chrétiennes
P’tit’ rawett’ (version longue) : L’EMPLACEMENT DU TEMPLE
En ce temps-là, Salomon régnait sur Israël. Mais Salomon savait qu’il manquait quelque chose à sa splendeur: il avait construit des palais somptueux pour lui et pour ses compagnons, mais Dieu n’avait pas de demeure parmi les hommes. Salomon rêvait de construire le Temple. Il disposait d’un architecte, les plans étaient prêts, mais l’emplacement restait à trouver. Il avait parcouru tout son royaume, les plaines, les vallées, les montagnes, les bords de mer, il n’avait pas encore trouvé l’endroit adéquat. . .
Une nuit, préoccupé par sa recherche, Salomon est sorti de son palais, incognito. Il s’est promené dans la campagne, tout près du mont Moria. C’était le temps de la moisson. L’odeur du blé fraîchement coupé l’envahit Ça et là, il Y avait des gerbes que les moissonneurs n’avaient pas eu le temps de rentrer. Salomon s’est arrêté à l’ombre d’un olivier. Devant lui un champ coupé en deux par un sentier. A gauche et à droite des gerbes bien nouées.
Tout à coup, à gauche, un homme sort de l’ombre. Il prend des gerbes du champ de gauche et les transporte dans le champ de droite.
« Un voleur, se dit Salomon! »
Il veut sortir de l’ombre, mais quelque chose l’en empêche. L’homme continue à transporter des gerbes. Parfois, il passe tout près de Salomon qui a tout le loisir de détailler ses traits bien visibles au clair de lune. En tout, l’homme a transporté cinquante gerbes. L’homme disparait et Salomon médite sur la sanction qu’il prendra le lendemain à l’encontre de ce voleur, quand, de droite, une autre ombre surgit qui transporte cinquante gerbes du champ de droite vers le champ de gauche. Salomon reste dans l’ombre. Le deuxième homme disparait
« Au fond, ils sont quittes, se dit Salomon! Cela dit, ces voleurs méritent une punition! »Le lendemain, Salomon les a convoqués à son tribunal. Il fait entrer le premier.
«Voleur! »
«Seigneur, je n’ai jamais rien volé de ma vie, je le jure!»
« Et ces cinquante gerbes que tu as transportées cette nuit? Tu ne peux nier, je t’ai vu…»
« Ab, Seigneur, écoutez! A leur mort mes parents nous ont légué un champ. Mon frère et moi l’avons partagé en deux, avec un petit sentier comme point de repère. Moi, je suis célibataire, tandis que mon frère a une femme et trois enfants donc cinq bouches à nourrir avec un champ qui est le même que le mien. Je lui ai proposé de l’aider en lui donnant quelques gerbes de mon champ, mais il n’a rien voulu entendre. Alors la nuit, pendant la moisson, je transporte quelques gerbes dans son champ ».
Salomon ne dit rien, fait entrer l’autre homme qu’il a surpris la nuit à transporter des gerbes.
«Voleur! »
« Seigneur, je n’ai jamais rien volé de ma vie, je le jure! »
« Et ces cinquante gerbes que tu as transportées cette nuit? Tu ne peux nier, je t’ai vu. .. »
« Ah, Seigneur, écoutez! A leur mort mes parents nous ont légué un champ. Mon frère et moi l’avons partagé en deux, avec un petit sentier comme point de repère. Moi je suis marié et j’ai trois enfants. Même s’ils ne sont pas bien grands, ils peuvent m’aider. Mon frère lui est célibataire et pour cultiver son champ, il doit engager des journaliers. Je lui ai proposé de l’aider en lui donnant quelques gerbes de mon champ, mais il n’a rien voulu entendre. Alors la nuit, pendant la moisson, je transporte quelques gerbes dans son champ ».
Salomon s’est levé. Il a embrassé les deux frères et leur a demandé de lui vendre leur champ. Ils ont accepté et Salomon les a honorés de son amitié. Il était heureux, il avait trouvé un lieu de fraternité et de partage, un lieu digne d’accueillir la demeure de Dieu parmi les hommes ».
Réécrit par Pierre Paul DELVAUX dans Il était une Foi (tome 2)