Homélie – 3ème dimanche temps ordinaire Année A – Abbé Fernand Stréber

Évangile  (Mt 4, 12-23)

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée.     Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.     C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe :     Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations !     Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée.     À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs.     Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »     Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela.     Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent. Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

Homélie

A la prison j’ai entendu l’affirmation suivante : « Quand serons-nous débarrassés de toutes les religions qui ont été et sont toujours la cause de tant de guerres, de divisions et de cruautés dans le monde ? »

Nous avons eu connaissance des croisades, de l’inquisition, des guerres contre les protestants.

Encore aujourd’hui aucune région du monde n’est épargnée par l’intolérance religieuse.  Les 5 pays dans lesquels les chrétiens sont le plus persécutés aujourd’hui sont La Corée du Nord, la Somalie, le Yémen, le Soudan et la Lybie.   Les églises y sont soit interdites ou fortement contrôlées

Et pourtant, dès le début de sa vie, Jésus marque bien sa volonté d’ouverture.  Il montre très clairement qu’il n’avait pas l’intention de fonder une nouvelle religion mais d’ouvrir sa religion juive à tous les peuples.

C’est ce que St. Matthieu veut nous faire comprendre dans l’Evangile d’aujourd’hui.  Jésus – dit-il –  vient habiter à Capharnaüm ! Cette ville est située au Nord de son pays.  Pour le lecteur rapide cette précision semble anodine alors qu’elle est d’une importance capitale.  Ce choix n’est pas neutre ! En s’installant à Capharnaüm Jésus montre qu’il s’écarte de Jérusalem, ville éternelle, ville sainte, la ville où se trouvent les cadres, l’élite de l’institution religieuse juive : grands prêtres et scribes, bien pensants et pharisiens.  Jésus prend ses distances par rapport à ces responsables de la religion juive  prisonniers d’une observation minutieuse de la Loi et du rituel.

Jésus choisit de s’installer « au carrefour des nations », région frontalière avec le Liban et la mer méditerranée.  Dans cette région se trouve aussi le lac de Galilée que Jésus a sillonné à de multiples reprises.  Donc de multiples échanges commerciaux se pratiquent avec des populations autres que les juifs.  Jésus vient faire sa demeure là où l’homme n’a aucun privilège à perdre.  C’est dans cette région où la différence est perçue comme une source de dialogue et d’enrichissement, que Jésus va trouver des cœurs accueillants.  Il ne les trouvera pas sur les marches du temple de Jérusalem mais au bord du lac de Galilée. 

Jésus ne choisit pas ses apôtres parmi les officiels du culte mais parmi des pêcheurs.  C’est la seconde partie de l’évangile

Oui, nous voyons que Jésus est à l’antipode de toutes les guerres de religion.  Il ne s’emberlificote pas dans un nouveau système religieux mais veut libérer ses auditeurs de toute entrave religieuse qui asservirait dans un nouvel esclavage.

Pourtant dans son enseignement Jésus déclare : « convertissez-vous car le Royaume de Dieu est tout proche. » « Convertissez-vous » !

   « Se convertir » signifie « se retourner » ! Tiens, tiens…  N’est-ce pas ce que disait déjà Jean-Baptiste la semaine dernière.  « Derrière moi, disait-il, vient quelqu’un qui a sa place devant moi ».  Jésus poursuit l’enseignement de Jean-Baptiste,.   il nous invite aussi à nous retourner car – dit-il – « Le Royaume de Dieu est tout proche ». On oublie souvent ce reste de la phrase : « Car le Royaume de Dieu est tout proche ».

Le Royaume de Dieu c’est une réalité présente pour qui sait la voir.

Le royaume de Dieu n’est pas situé géographiquement.  Il est partout et nulle part à la fois.  Il n’est pas visible tout en étant au milieu de nous et au-dedans de nous.  Il est facile de passer à côté.  Pour sentir la présence du royaume, ou plutôt sa propre présence dans le royaume, il faudra arriver à percevoir l’étincelle discrète dans notre esprit.

Le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. ( Rm 14, 17.)

Pour Jésus « se convertir » signifie d’abord la qualité du regard, un émerveillement.  Se convertir c’est s’émerveiller car le Royaume est à portée de main.  Il suffit d’ouvrir les yeux et de lire les signes : « J’ai vu se lever une grande lumière sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre »  disait déjà le prophète Isaïe  plusieurs siècles plus tôt.

            Est disciple de Jésus, celui qui prend conscience qu’il est fils ou fille de Dieu, qui s’émerveille parce ce qu’il a été choisi pour contribuer à l’achèvement de ce Royaume en faisant advenir le bonheur, l’unité, la justice et la paix dans les cœurs et dans la société d’aujourd’hui.

P’tit rawett’LE MANTEAU

Ce jour-là, donc, un petit paysan qui voulait changer sa vie se confie à un ancien:

– Il y a trop à faire, et je me désespère.

– Ecoute, dis l’ancien, un homme avait reçu de son frère un champ.
Il le négligea et le champ s’emplit de joncs et de taillis. Il se désolait:
– Comment pourrais-je arracher tout cela ? 

Il se coucha et, plusieurs jours, se reposa. Après quoi, un ami vint le voir.

– Je t’ai vu l’autre jour. Vas-tu nettoyer ce champ?

Et l’autre répondit:

– Quand j’ai vu tout le travail à faire, j’ai été chagriné ‘et je me suis assis.

– Si tu faisais chaque jour la grandeur de ton manteau, tu y arriverais vite.

C’est ce qu’il fit et, au temps des labours, tout le champ était prêt.

– Toi aussi, dit l’ancien, il te suffit de faire chaque jour la grandeur de ton manteau.

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