Avènement, en latin, « adventum », signifie la « venue », l’arrivée. C’est de là que vient le mot « avent ». Le temps de l’Avent est donc le temps de la préparation de la venue du Fils de l’Homme. Jésus ne se présente pas comme un homme du passé mais comme un homme du présent. Sommes-nous prêts à l’accueillir dans toutes celles et ceux que nous rencontrons ? Bonne route vers Noël! Abbé Fernand Stréber
Vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra (Mt 24,37-44)
Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 2,1-5)
Parole d’Isaïe, – ce qu’il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem. Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur. Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (Rm 13, 11-14a)
Frères, vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 24,37-44)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Homélie : Tenez-vous prêts
Un changement a été apporté dans l’habit liturgique aujourd’hui par rapport à la dernière messe célébrée ici : mon étole est mauve. Non, ce n’est pas un encouragement à soutenir désormais le club de football d’Anderlecht.
Un second changement explique la raison de la couleur mauve . C’est le thème des chants et de l’évangile dans lesquels les mots ‘veiller’, ‘Jésus vient’ ‘tenez-vous prêts‘, sont cités plusieurs fois au présent. Jésus ne se présente donc pas comme un homme du passé mais bien comme un homme du présent et du futur.
Oui, une nouvelle année liturgique commence. Et pourtant, nous ne sommes pas le 1° janvier. De la même manière que l’année scolaire et le championnat de football, l’année liturgique chevauche deux années civiles. L’année liturgique débute avec les quatre dimanches de l’Avent dont l’objectif est de nous préparer à fêter la naissance de Jésus à Noël. « Avent » s’écrit avec un « e » comme « venue », « devenir ». Plusieurs grandes figures de l’histoire biblique nous aident à préparer Noël: les prophètes Isaïe et Jean-Baptiste ainsi que Marie, la maman de Jésus. Ils montent le guet avec nous et attendent dans l’espérance. Le temps de l’Avent est donc le temps de préparation de la venue de Jésus.
Lorsque nous étions enfants, on nous a raconté des histoires de la bible avec à la clef une bonne leçon morale : les méchants seront vaincus et les bons récompensés. Le texte d’évangile fait allusion au mythe de Noé raconté dans le 1° livre de la bible. L’interprétation habituelle de ce mythe c’est d’affirmer que le déluge est une punition bien méritée pour les hommes à la vie « dévoyée ».
Si nous écoutons Jésus il ne parle pas ainsi. Au contraire, ces hommes et ces femmes, dit-il, respirent la joie de vivre et s’occupent des besoins les plus normaux de la vie : « on mangeait, on buvait, on se mariait… » il n’y a là rien de condamnable. Alors pourquoi sont-ils punis ? Qu’est-ce qui leur est reproché. Quel est leur tort ?
Ce n’est ni la débauche ni le péché que Dieu leur reproche mais « de ne se douter de rien », c’est-à-dire de ne pas se soucier de l’essentiel, de passer à côté du vrai réel.
Non seulement ils vivent comme s’ils étaient immortels mais ils ne se préoccupent même pas de la misère de leurs frères et n’entendent pas leurs cris de détresse. Il faut qu’ils soient engloutis dans la mort pour découvrir qu’ils ne sont pas des dieux.
La version moderne du déluge c’est qu’il suffit d’une pandémie, d’une inondation, d’une inflation de 10 % sur un an, de deux canicules consécutives, des idées farfelues d’un chef d’état pour bouleverser l’économie et la politique mondiale. Plus près de nous, il suffit d’une maladie, d’un accident grave, d’un passage devant le juge, d’une privation de liberté et toutes nos sécurités sont englouties. Pour enrayer cela, il faut donc un dépassement de la guerre en cherchant des solutions durables basées sur une concertation. Dans la 1° lecture Isaïe nous annonce la réalisation de cette perspective : « De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. »( Is 2,5)
Si nous sommes convaincus par le message du Christ et que nous sommes convaincus qu’Il nous aime tels que nous sommes, alors nous nous mettrons en marche pour construire un monde dans lequel plusieurs comportements deviendront normaux. Par exemple :
*entretenir sa santé en choisissant de dire non à tout ce qui la détruit, *être à l’écoute de personnes qui souffrent dans des prisons *veiller pour que chacun vive dans la dignité, *respecter la nature, *partager avec des plus pauvres,….
L’apôtre Paul (contemporain de Jésus) dit « C’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil, » d’ouvrir l’œil. Car le Seigneur vient, il passe à l’improviste et nous risquons de ne pas le voir. » N’attendons pas l’an 2026. Le Seigneur passe aujourd’hui parmi nous. Il est là où des bras s’ouvrent pour accueillir, où des mains se tendent pour s’entraider.
Qui accueillera l’enfant Jésus si tout le monde dort dans la maison hormis quelques bergers ? Nous sommes les enfants de l’espoir. Si nous ne l’étions pas, nous ne serions pas chrétiens.
Abbé Stréber Fernand
P’tit rawett’: L’EMPLACEMENT DU TEMPLE
En ce temps-là, Salomon régnait sur Israël. Mais Salomon savait qu’il manquait quelque chose à sa splendeur: il avait construit des palais somptueux pour lui et pour ses compagnons, mais Dieu n’avait pas de demeure parmi les hommes. Salomon rêvait de construire le Temple. Il disposait d’un architecte, les plans étaient prêts, mais l’emplacement restait à trouver. Il avait parcouru tout son royaume, les plaines, les vallées, les montagnes, les bords de mer, il n’avait pas encore trouvé l’endroit adéquat. . .
Une nuit, préoccupé par sa recherche, Salomon est sorti de son palais, incognito. Il s’est promené dans la campagne, tout près du mont Moria. C’était le temps de la moisson. L’odeur du blé fraîchement coupé l’envahit Ça et là, il y avait des gerbes que les moissonneurs n’avaient pas eu le temps de rentrer. Salomon s’est arrêté à l’ombre d’un olivier. Devant lui un champ coupé en deux par un sentier. A gauche et à droite des gerbes bien nouées.
Tout à coup, à gauche, un homme sort de l’ombre. Il prend des gerbes du champ de gauche et les transporte dans le champ de droite.
« Un voleur, se dit Salomon! »
Il veut sortir de l’ombre, mais quelque chose l’en empêche. L’homme continue à transporter des gerbes. Parfois, il passe tout près de Salomon qui a tout le loisir de détailler ses traits bien visibles au clair de lune. En tout, l’homme a transporté cinquante gerbes. L’homme disparait et Salomon médite sur la sanction qu’il prendra le lendemain à l’encontre de ce voleur, quand, de droite, une autre ombre surgit qui transporte cinquante gerbes du champ de droite vers le champ de gauche. Salomon reste dans l’ombre. Le deuxième homme disparait.
« Au fond, ils sont quittes, se dit Salomon! Cela dit, ces voleurs méritent une punition! » Le lendemain, Salomon les convoque à son tribunal. Il fait entrer le premier. «Voleur! »
«Seigneur, je n’ai jamais rien volé de ma vie, je le jure!» « Et ces cinquante gerbes que tu as transportées cette nuit? Tu ne peux nier, je t’ai vu…»
« Ah, Seigneur, écoutez! A leur mort mes parents nous ont légué un champ. Mon frère et moi l’avons partagé en deux, avec un petit sentier comme point de repère. Moi, je suis célibataire, tandis que mon frère a une femme et trois enfants donc cinq bouches à nourrir avec un champ qui est le même que le mien. Je lui ai proposé de l’aider en lui donnant quelques gerbes de mon champ, mais il n’a rien voulu entendre. Alors la nuit, pendant la moisson, je transporte quelques gerbes dans son champ ».
Salomon ne dit rien, fait entrer l’autre homme qu’il a surpris la nuit à transporter des gerbes.
«Voleur! »
« Seigneur, je n’ai jamais rien volé de ma vie, je le jure! »
« Et ces cinquante gerbes que tu as transportées cette nuit? Tu ne peux nier, je t’ai vu. .. »
« Ah, Seigneur, écoutez! A leur mort mes parents nous ont légué un champ. Mon frère et moi l’avons partagé en deux, avec un petit sentier comme point de repère. Moi je suis marié et j’ai trois enfants. Même s’ils ne sont pas bien grands, ils peuvent m’aider. Mon frère lui est célibataire et pour cultiver son champ, il doit engager des journaliers. Je lui ai proposé de l’aider en lui donnant quelques gerbes de mon champ, mais il n’a rien voulu entendre. Alors la nuit, pendant la moisson, je transporte quelques gerbes dans son champ ».
Salomon s’est levé. Il a embrassé les deux frères et leur a demandé de lui vendre leur champ. Ils ont accepté et Salomon les a honorés de son amitié. Il était heureux, il avait trouvé un lieu de fraternité et de partage, un lieu digne d’accueillir la demeure de Dieu parmi les hommes ».
Réécrit par Pierre Paul DELVAUX
Extrait de « Il était une foi « , (tome 2) éditions : CRJC Liège, 2000