L’embrasement du monde – 20° di. ord. C. Lc 12, 49-53 – Évangile
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu
mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »
Homélie
En 1939, Hitler a mis le feu dans le monde. Il a détruit tous ceux qui se sont opposés au Reich allemand. Ses armées ont mis à feu et à sang la Pologne et des villes entières de Russie. Le feu de ses Stukas a terrorisé et tué ceux qui fuyaient sur les routes de France. Ses V2 ont incendié des quartiers de Londres. Ses nombreux chars avançaient dans des « guerres éclair », faisant feu sur toute résistance. Des bateaux par centaines ont été coulés sous le feu des torpilles de ses sous-marins.
Ses propos « enflammaient » un peuple qui pensait enfin prendre sa revanche du Traité de Versailles signé en 1918. Il était devenu pour beaucoup un demi-dieu. On priait Hitler !
Mais ce feu de la haine a entraîné une riposte terrible du monde libre. Ses armées ont connu le feu incessant des armées de Staline puis le pilonnage des bateaux du débarquement allié en Normandie. Les villes allemandes, même les plus éloignées comme Dresdes, ont subi les bombardements les plus destructeurs.
Le feu nucléaire a détruit Hiroshima et Nagasaki.
Ainsi, un homme a pu mettre le feu à la planète. Et ce sera encore plus vrai dans le monde de demain, si l’on songe au fanatisme de certains et à la puissance de destruction des armes atomiques.
Or voilà qu’un autre homme, il y a deux mille ans, est venu dire, lui aussi, qu’il est venu mettre le feu sur la terre et qu’il n’a qu’un désir, c’est que ce feu se répande. Mais le feu qu’il veut allumer, ce n’est pas le feu de la haine, c’est son contraire, c’est le feu de l’amour, c’est la beauté étincelante d’une tendresse qui n’est pas de ce monde.
Feu merveilleux qui dynamise, comme ce feu puissant des tuyères qui propulse dans le cosmos les lourdes fusées modernes. C’est ainsi que ces flammes de la Pentecôte, ce feu de l’Esprit Saint, ont fait « décoller le vaisseau – Église » pour un lancement qui dure depuis deux mille ans. Dynamisme intense qui doit se poursuivre par l’action des chrétiens engagés dans leur famille, dans leurs milieux de vie, pour y faire briller les valeurs de l’Évangile, en lieu et place des valeurs de rentabilité et de réussite commerciale.
Aimer, ce n’est pas « cocooner », dorloter, infantiliser les êtres aimés. La tendresse de Dieu n’est pas une tendresse mièvre et maternante. Aimer, c’est aider quelqu’un à grandir. Par lui-même sans le porter constamment. En descendant sur terre, le Christ n’est pas venu en Père Noël, avec une hotte remplie de sucreries spirituelles. Et son Évangile n’est pas fait de paroles doucereuses ni de promesses lénifiantes de type électoral. Il est venu mettre sur terre le feu de l’amour, celui de l’amour vrai, qui décape et qui émonde en faisant mal au passage ce qui provoque parfois des divisions, des conflits même parfois au sein d’une même famille.
Après Pâques, les disciples d’Emmaüs diront que leur coeur brûlait en eux tandis que Jésus ressuscité leur parlait en chemin.
Laisserons-nous agir dans nos institutions comme dans nos maisons le pyromane de l’amour, le Christ ? Il est un feu terriblement décapant.
Serons-nous des boutefeux de l’amour dans notre entourage en réconfortant les grands désespérés de la terre ?
Dans un monde qui gèle sous le givre de l’individualisme ou du non-sens, l’Église a besoin de fidèles au coeur de feu. Car, « si vous êtes un ami du Christ, plusieurs se réchaufferont à ce feu, prendront leur part de cette lumière. Mais les jours où vous ne brûlez pas d’amour, beaucoup d’autres mourront de froid » (Mauriac).
P’tit « rawett » – LEGENDE DES HOMMES-QUI-SAVENT-ALLUMER-LE-FEU
Voici une légende que des tribus africaines racontent chaque année lors de la fête du feu. En ce W-E je prends la liberté de remplacer le nom des acteurs par des missionnaires ayant parcouru notre région : Saints Willibrod, Lambert, Remacle, Hubert, Remy et Monon.
Il y a longtemps, il s’est passé dans notre tribu un événement dramatique. C’était un jour de tempête. Le feu, si précieux s’est éteint. C’est la stupeur ! Personne ne parvient à rendre vie au feu. Le feu est mort définitivement.
Les jours passent. On mange froid. Les enfants sanglotent la nuit tandis que les aînés prennent peur. Quelle désolation!
Des jeunes s’avancent. Ils veulent servir.
« Nous irons au pays des hommes-qui-savent-allumer-le-feu, disent-ils, et nous rapporterons la flamme ».
Les petits crient de joie; les vieux se mettent à espérer. C’est une aventure; il faut être fort et organisé, car il s’agit d’aller très loin et de faire vite.
Willibrord construit une caisse entourée d’ardoises pour garder le feu. La flamme y sera gardée comme un bijou dans son écrin.
Cinq gars forts et disciplinés accompagnent Willibrord.
« Pour rapporter le feu le plus rapidement possible, nous allons organiser des relais, dit-il. »
Tous parcourent une première étape. Lambert se poste là pour assurer le dernier relais. Les cinq autres continuent.
Une deuxième étape et c’est Remacle qui est placé.
Après la troisième, c’est Hubert.
Pour la quatrième c’est Remy.
Pour la cinquième Monon.
La même consigne pour tous : « Attendez à votre poste et levez-vous dès que vous verrez arriver le feu. »
Willibrord franchit la dernière étape.
Le voici enfin devant les hommes-qui-savent-allumer-le-feu.
– O frères lointains, dit-il, écoutez la demande de toute une tribu en détresse. Pour elle je désire la fleur rouge qui réjouit les yeux et fait chanter le cœur des hommes. Je désire la flamme claire qui chasse le noir de la nuit. Je désire le feu qui réchauffe et qui cuit notre pain.
Le chef du feu lui demande :
Sauras-tu garder ce feu pour le transmettre ?
Le jeune homme montre sa caisse et les branchages dont il s’est muni. II proclame avec assurance :
– Oui, je le garderai pour le transmettre à ma tribu.
– Bien, répond le chef. Nous te donnons le feu.
Tout joyeux, Willibrord emporte son précieux trésor. Tout en sueur le voici devant son compagnon Monon.
– O mon compagnon, dit-il, o mon frère, reçois le dépôt sacré du feu. Sauras-tu le garder et le transmettre ?
– Aie confiance, Willibrord, j’ai préparé des branches sèches que le feu aime; il ne s’éteindra pas.
Monon prend le relais.
Quatre fois encore, la même scène se reproduit. Lambert prend la dernière étape. Fatigué et heureux, il pénètre dans le village.
« Le feu, Lambert apporte le feu », crient les enfants. Tous accourent.
Au milieu du village, on a préparé des brindilles, ce bois que le feu aime. Lambert dépose son précieux trésor. Il transmet la flamme. Une gerbe de feu jaillit au milieu de la tribu.
On est sauvé. La vie va renaître.
Ce soir-là, ce fut la fête jusqu’au petit matin. On fit des rondes de joie autour du feu nouveau. Chaque année, la tribu se réunit et se souvient de Willibrord et de ses compagnons.
Grâce à des missionnaires comme Saints Willibrord, Lambert, Remacle, Hubert, Remy et Monon, la Parole de Dieu est venue chez nous comme un feu précieux à ne pas éteindre.
Aujourd’hui, grâce à nous, la Parole de Dieu pourra être transmise à nos enfants et aux générations futures comme Jésus nous y invite dans l’extrait d’évangile proclamé tout à l’heure.