Homélie – 4ème dimanche de Carême – Année C – Abbé Fernand Stréber

Parabole du père et ses 2 fils – Évangile (Lc 15, 1-3.11-32)

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit :
‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit :
‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

Homélie

C’est une bien étrange famille que celle dont Jésus vient de parler dans l’évangile : un père, deux fils et pas de mère.  Ce qui me frappe le plus dans le début de cette parabole c’est le manque d’expression d’affection entre les membres de cette famille.

Le cadet décide de prendre sa liberté.  Il demande sa part de la fortune paternelle, fait sa valise et s’en va sous l’œil presque indifférent du père qui n’intervient pas pour le retenir et qui, sans la moindre expression d’émotion lui donne ce qui lui revient.  La relation avec l’aîné ne semble pas plus chaleureuse alors qu’il a reçu aussi sa part.  Quant à la mère elle est la grande absente !

Dans plusieurs commentaires précédents, j’ai assimilé le père à Dieu.  Cette fois, je propose de nourrir notre foi en faisant l’exercice de nous identifier à chacun des trois personnages.

** Ne serions-nous pas le fils cadet lorsque nous nous sentons petits, dévalorisés, le dernier, le moindre, l’incapable, l’incompris, le mal aimé… A ce moment, n’avons-nous pas envie de nous isoler.  Pour sortir de cette ornière, ne nous arrive-t-il pas , de supprimer toutes nos relations, de penser à l’alcool, aux psychotropes ou autres addictions? Jusqu’au jour où, atteignant le fond du panier, dans un moment de réflexion, de retour sur soi, nous nous levons et revenons à la vie.

Peut-être, ce fils cadet va-t-il adopter cette attitude de manière permanente.  La parabole reste ouverte.

**Nous pouvons également nous retrouver dans l’image du père qui ne laisse pas apparaître ses sentiments au début du texte.  Mais ce père lui aussi va changer.  Le départ de son fils cadet a laissé un grand vide dans son cœur.  Cela lui donne l’occasion de réfléchir, de rentrer en lui-même au point d’aller voir sur la route que son fils a empruntée quand il a quitté la maison familiale.  Le père nourrit l’espérance de voir revenir son fils.  Tout bascule le jour où il aperçoit son fils au loin.  Il est saisi de compassion.  Il est pris jusque dans ses tripes.

1 La spontanéité pour se jeter au cou du fils,
2 les baisers
3 la plus belle robe,
4 l’anneau au doigt ,
5 les sandales au pied 
6 le veau gras
7 et la musique :
ce sont sept signes qui en disent plus que n’importe quelle parole. Ces attitudes sont celles d’un « papa ».  Peut-être va-il dorénavant passer de manière permanente de l’attitude de géniteur à celle de père » pour son enfant . La parabole reste ouverte.

**Nous pouvons enfin nous retrouver dans l’attitude du fils aîné.  C’est un travailleur.  Il n’a pas le temps de penser à lui.  Il est au service, il obéit aux ordres.  Le départ de son frère ne semble pas l’avoir fort affecté.  D’ailleurs, quand celui-ci rentre il ne l’appelle pas « mon frère » mais « ton fils ».  Il se met en colère quand il voit qu’une fête a été organisée e n l’honneur du fils cadet.

Suite au retour du plus jeune, l’aîné va peut-être rentrer en lui-même et réaliser son aspiration profonde : devenir lui-même, vivre enfin sa vie d’homme libre et entrer dans la fête.  La parabole reste ouverte.

Cette parabole est la parabole des relations avortées, ratées, faussées. Mais elle est surtout une parabole ouverte.  Le pire qui puisse nous arriver c’est de nous couper des autres et de nous installer dans la plainte.  Des relations renouées, retrouvées un jour de fête vont-elles durer ? Oui si un chemin de conversion intérieure se produit.  Autrement dit : rentrer en soi-même pour faire la vérité, reprendre le chemin du retour vers les autres mais aussi vers l’Autre, avec un grand A.  Cela nous permettra de (re)devenir vraiment nous-mêmes pas seulement lors d’une fête.

Abbé Fernand STREBER

Prière des fidèles : 4ème dimanche Carême C 

Intro : Confiants dans l’amour infini du Père nous lui adressons ici nos demandes :

  1. Nous avons bien du mal parfois à nous réconcilier avec nous-mêmes. Comment pourrions-nous alors nous réconcilier avec les autres ? Pour que nous ayons le courage de rentrer en nous-mêmes de nous défaire de nos a prioris et de redécouvrir que nous sommes aimables.  Seigneur nous te prions.
  2. Pendant la semaine sainte, l’occasion nous sera certainement offerte de nous réconcilier les uns avec les autres, de recevoir notre pardon mutuel et le pardon de Dieu. Pour que nous puissions vivre ces moments privilégiés avec beaucoup d’émotion et ainsi célébrer Pâques dans la fête et dans la joie.  Seigneur nous te prions.
  3. Ce dimanche nous est offert l’occasion de poser un acte de solidarité, un geste de partage avec les plus pauvres de la planète, et particulièrement avec des communautés rurales au Pérou présentées par Entraide et Fraternité. Puisse notre générosité leur permettre de retrouver un peu de leur dignité.  Seigneur nous te prions.

 Conclusion : Père, même lorsqu’il nous arrive de ne plus croire en l’amour, aide-nous à rester fidèles.

P’tit’ rawett’

(écho au Ramadam et à la 1° collecte de solidarité avec le Pérou soutenu par Entraide et Fraternité)

POURQUOI NE PAS ETRE SON AMI?

Il a avait longtemps que Mohamed souhaitait la visite du Père Christian.

– « Viens manger chez nous ! », lui dit-il. Moi, je ne mangerai pas, c’est le Ramadan. Mais tu mangeras avec les enfants, et puis on sera ensemble, et on parlera.

Mohamed s’est tu un instant, puis il a ajouté:

– « Tu sais, ma femme Rahima attend un enfant… Elle veut faire le Ramadan, mais c’est trop dur pour elle.  Alors, toi qui es prêtre, dis-lui qu’elle mange.  Si tu le dis, toi, elle mangera ».

La joie est entrée dans la maison de Mohamed avec le Père Christian. Et tout le monde s’est empressé.  Pendant le repas, Mohamed et sa femme sont restés là, sans rien prendre.  Le Père Christian a conseillé à Rahima de manger un peu.

Christian a fait parler Mohamed de son travail.  Il passe la journée à l’hôpital, dans la buanderie: « C’est dur,- dit-il – ça sent et on est tout le temps dans la vapeur ».

Quand Mohamed a accompagné le Père sur le chemin du retour, Christian lui a demandé:

-«  Tu n’as pas faim l’après-midi ? »

Mohamed a répondu:

– Oh, vers quatre heures, tu ne peux pas imaginer comme j’ai faim.  Alors je pense au Sahel, à l’Inde, au  Bengladesh.  J’y pense fort, très fort, si fort que je ne sens plus la faim. »

Un beau silence a éclos entre les deux hommes.

Soudain Mohamed a repris:

-«  Ce que je viens de te dire, tu ne le répéteras à personne. »

-«  Est-ce que je peux bien le dire aux amis ? « a demandé le Père Christian.

-«  Oui, d’accord… aux amis seulement ! »

N’aimeriez-vous pas être l’ami du Père Christian ?

C Bessière

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