Homélie – 5ème dimanche temps ordinaire – Année C – Abbé Fernand Stréber

Une pêche peut en cacher une autre !
Évangile (Luc 5,1-11)

En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth. Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.

Homélie

Combien étaient-ils, ce jour-là, au bord du lac de Génésareth, entre Magdala et Capharnaüm?  Deux dizaines ?  Trois ?  Oui, je sais, l’Évangile de Luc dit que «la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu».  Mais justement, c’est énorme trente personnes!  Et puis, où l’aurait-on mise cette «foule»?  Jésus se trouvait sans doute, comme souvent, dans une de ces criques minuscules comme il y en a des tas au bord du lac.  Les gens s’y regroupaient pour mieux entendre « le rabbin de passage » qui s’asseyait à quelques mètres de la berge, dans une barque empruntée, pour parler dans de bonnes conditions acoustiques.

Quand il eut fini de parler, Jésus dit à Pierre : «Avance au large, et jetez les filets pour la pêche. » Ça alors ! En plein jour ! eux « qui ont «peiné toute la nuit sans rien prendre. » Et maintenant que leurs filets sont lavés, ils devraient les resalir pour des prunes!  Si encore Jésus était du métier.  Mais pas du tout !.  Lui, le charpentier, l’homme du bois, incompétent dans le domaine de la pêche, vient les frapper au cœur de leur compétence professionnelle.

Par quel « miracle » ces hommes rudes et expérimentés acceptent-ils d’obéir à ce « jeune rabbin » qui n’y connaît rien  et de lui faire confiance ?  Eh bien c’est le miracle de la foi.  Toujours est-il qu’ils lancent leurs filets.  Et au moment même où ils posent ce geste que désapprouve leur expérience… l’abondance !  «Ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer.»« Re-miracle » et panique à bord « Seigneur, éloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur», s’écrie Simon-Pierre.  Pas possible vu que Pierre et Jésus sont dans la même barque.  Jésus souhaite rester à proximité des gens qu’il croise quotidiennement.  Alors, il répond : «Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras.»  Jésus propose à Pierre d’abandonner la pêche de poissons pour passer à la pêche d’Hommes.

Comment ça ! Ils ne vont même pas jouir de cette « pêche merveilleuse » et s’adonner enfin à quelques mémorables fritures?  C’est du sadisme.  Si encore on en avait fait quelque chose de ces poissons.  Je ne sais pas, moi !  On aurait pu les donner ou alors les vendre au marché et verser la somme à Entraide et Fraternité ou à la Fondation contre le cancer!  Mais non : «Laissant tout, ils le suivirent».

Dans l’Evangile, l’abondance est souvent le signe d’un nouveau commencement.  3 exemples :

1       L’eau des six jarres de 100 litres changée en vin à Cana (Jn 2,1-11).

2       Les deux multiplications des pains (Jn 6, 1-15& Mt 15,32-39 et //).

3       Les deux pêches merveilleuses (celle que nous venons d’entendre et celle qui s’est passée après la résurrection (Jn 21, 1-11).

Au moment où ça réussit, il est temps de partir plus loin.

Encore faut-il vivre cet arrachement qui n’a rien d’évident.  Voilà sans doute le plus grand « miracle » dans cette affaire: avoir obtenu de Pierre, Jacques et Jean qu’ils laissent là leurs filets, qu’ils abandonnent un métier qu’ils connaissent bien pour une aventure à propos de laquelle ils ne reçoivent aucune garantie.  Décidément, la parole de Jésus est vraiment puissante.

Ce qui frappe dans toute cette histoire c’est l’infinie disproportion entre ce qui s’est passé là et ce qui a suivi.  Qui aurait pu imaginer que la vaste aventure de l’Eglise parte d’une petite baie au bord d’un lac, d’un Dieu enfoui en un milieu si modeste, livré à la fragilité d’une barque, et qui confie ses secrets à des petits pêcheurs ?

Ce texte est parsemé d’interpellations adressées à chacun-e.  Ici, certains sont parents, d’autres célibataires, certains engagés dans la communauté, d’autres, paroissiens.  Chaque vocation est différente.  Mais avec ses capacités, chacun-e est appelé à laisser de côté ses peurs pour risquer de devenir ‘pêcheur d’hommes.’  Pourquoi ? Parce qu’il y a urgence à jeter les filets dans ce monde qui cherche des repères.  Des filets non pas pour posséder les Hommes mais pour les ouvrir à tout ce qui fait vivre : l’amour, la liberté de choisir, la vérité, le don de soi,…

Abbé STREBER Fd

PRIÈRE UNIVERSELLE (avec 4 paroles en italique des 1° et 3° lecture pouvant être proclamées par un autre lecteur)

Animateur : « Sois sans crainte » dit Jésus à Simon et à nous tous.  C’est le cœur plein d’assurance que nous nous tournons maintenant vers Dieu.

  1. « Qui enverrai-je ? ». Prions pour le pape, les évêques, les prêtres et tous les responsables de l’annonce de l’évangile ; que l’Esprit Saint les assiste dans leur ministère.
  2. « Avance au large ». Pour que ceux qui vivent des épreuves retrouvent l’espérance et la joie.
  3. « Me voici ». Confions au Seigneur toutes celles et tous ceux qui s’engagent à lui consacrer leur vie et qui sont en formation. Prions aussi pour nos engagements dans l’annonce de son amour auprès de ceux que nous rencontrons.
  4. « Sois sans crainte ». Prions pour nos communautés ; que notre foi soit plus vivante, plus forte et qu’elle soit aussi source de joie.

Animateur : Seigneur, toi qui connais notre timidité et notre prudence excessive, donne-nous l’audace d’affronter le mal et de libérer ceux qui peinent par le Christ Notre Seigneur Amen.

P’tit’ rawett humoristique :  Les jeux olympiques du cœur

Le temps était venu.  Jésus décida de choisir ses douze apôtres.  Passer une annonce dans les journaux ne lui semblait pas suffisant.  A l’instar des jeux olympiques modernes, il décida d’organiser des jeux où il pourrait choisir les douze.  Les concurrents arrivèrent de partout.  Les compétitions furent acharnées.  Jésus devait juger tous les résultats.

En premier lieu sont venues les prières.  Les candidats s’y étaient exercés.  Cela se voyait par la vitesse à laquelle ils pouvaient les réciter.  Quelques-uns articulaient chaque mot avec la plus grande précision.  D’autres se servaient de grands mots expressifs.  D’autres encore exprimaient de nobles idées. 

Mais quand vint le temps de désigner le vainqueur, Jésus n’en choisit aucun.  Il n’y avait apparemment aucun cœur dans leurs prières.  Elles n’étaient que des mots.

Puis vint le culte.  Là aussi, les concurrents s’étaient préparés sérieusement.  Certains portaient des vêtements magnifiques, d’autres utilisaient l’encens à profusion.  D’autres encore mettaient l’accent sur la musique ou sur la beauté des gestes.  Mais de nouveau, quand vint le temps du choix, il n’y eut aucun vainqueur.  Il ne semblait pas non plus qu’il y eût du cœur dans leur culte.  Il n’y avait qu’une belle façade.

En troisième lieu arriva l’enseignement.  Ce groupe-là était vraiment prêt.  Certains avaient élaboré des affiches raffinées.  D’autres se servaient de Power Point pour faire leur démonstration.  Et de nouveau, pas de vainqueur. Il n’y avait pas de cœur dans leur enseignement.  Les méthodes semblaient plus importantes.

Et on arriva à la fin des jeux.  Pas de vainqueurs, pas d’apôtres.  Epuisé par cette longue et irritante épreuve, Jésus descendit près du lac pour y trouver un peu de fraîcheur et se détendre.  Et c’est là que le miracle se produisit.  Il vit des hommes en train de pêcher.  Il trouva des gens qui mettaient du cœur à leur ouvrage ! Et il les choisit.

Journal philippin 1987 (reçu par Entraide et Fraternité)

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