Homélie – 23ème dimanche temps ordinaire Année B – Abbé Fernand Stréber

Ouvrir nos yeux pour ne pas devenir aveugles, nos oreilles et notre bouche pour ne pas devenir sourds-muets, notre cœur pour ne pas devenir prisonniers de nous-mêmes, voilà ce que la liturgie de ce dimanche nous invite à vivre. Abbé Fernand Stréber 

Toucher pour faire exister
Première lecture (Is 35, 4-7a)

Dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac,
la région de la soif, en eaux jaillissantes.

Deuxième lecture  (Jc 2, 1-5)

Mes frères,  dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant 
et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied. » Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde  pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ?

Évangile (Mc 7, 31-37)

En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit :  « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia,  et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna  de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre,  plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

Homélie

L’évangile d’aujourd’hui nous relate un récit de guérison miraculeuse réalisé par Jésus.  Il existe des récits de guérisons semblables en dehors des évangiles.  Ils sont construits selon un schéma identique où seul change le nom du guérisseur.  Pour le reste, gestes et paroles sont les mêmes.  C’est donc un privilège que Jésus partage avec d’autres.

Son originalité est ailleurs.  Elle apparaît si je lis le récit évangélique sur le fond de la première lecture où Isaïe décrit la libération que Dieu prépare pour son peuple.  Je reprends ses paroles : « Les yeux des aveugles se dessilleront ; Les oreilles des sourds s’ouvriront, le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie.  L’eau jaillira dans le désert, la terre brûlante se changera en lac… ».  Grâce à ce contexte, la guérison du sourd-muet reçoit sa véritable signification que voici:  C’est le début d’un monde nouveau qu’Isaïe promettait et que Jésus inaugure.  C’est ce monde nouveau que je vais tenter d’approcher brièvement en 2 points.

1   Le récit met en scène un homme sans parole, enfermé dans le monde de la non-communication.

La parole a un pouvoir créateur, elle fait exister une personne.  Le petit enfant (Mowgli) du Livre de la jungle (Kipling) avait perdu ses parents et vivait dans la forêt uniquement avec des animaux.  Il est resté un enfant-loup parce que personne ne lui a jamais parlé.

Nous sommes des êtres de langage.  La parole fait partie intégrante de nous.  L’enfant s’éveille à la vie, devient une personne parce que ses parents lui parlent et qu’ainsi il apprend à parler.  Premier cri, premier sourire, première parole.  C’est parce que ses proches lui ont dit des paroles qu’il ne comprenait pas mais qui lui ont été offertes avec amour, que l’enfant pourra aller à la rencontre d’autres.

2   Des gens demandent à Jésus de poser la main sur un sourd-muet.

         Le toucher est fréquemment cité dans la bible.  Quelques exemples :
Lors de sa Transfiguration, Jésus touche les trois apôtres qui l’ont accompagné.

Jésus touche les petits enfants qu’on lui présente.

Jésus touche des personnes atteintes par la maladie, la mort.  Par exemple : la belle-mère de Simon-Pierre, le fils de la veuve de Naïm, des lépreux, des aveugles, et bien sûr le sourd muet dans le texte lu aujourd’hui.

Jésus se laisse aussi toucher par d’autres.  Exemple : la femme atteinte d’hémorragies a touché son vêtement.

         Le toucher supprime la distance.  Grâce au toucher, l’autre n’est pas une illusion.  On peut le rencontrer, parler avec lui.

Quand Jésus touche, quand Jésus se laisse toucher, une force se dégage de lui, émane de lui.  Ce toucher, ce corps à corps  guérit, relève, ressuscite.  Grâce au toucher, à ce geste fort, la vie est plus forte que la mort.

En prenant un peu de salive pour frotter le genou ou le coude du bambin qui vient de tomber ou pour apaiser une piqûre d’ortie, l’adulte fait preuve d’attention et de compassion à son égard.  L’enfant se rend compte que l’adulte prend son mal en considération, autrement dit que lui, l’enfant, n’est pas seul dans l’épreuve.

Le toucher a ses règles.  On ne touche pas n’importe comment, n’importe quand, n’importe où.  Exemple: pour l’Arche d’Alliance, ce sanctuaire portatif des Hébreux au désert, signe visible de la présence de Dieu. (2 Sa 6)

Toucher l’autre refusant d’entrer dans une relation est une violation de sa personne.

La sagesse populaire sait bien qu’il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.  Nous sommes sourds par exemple :

– quand nous n’entendons pas la vérité concernant certains de nos comportements,

– quand nous n’écoutons plus le cri des pauvres.

Le monde politique peut être aveugle à la misère des pays en voie de développement, sourd à ses appels à l’aide.

L’Eglise peut être en porte à faux quand elle ne dénonce pas les injustices sociales ou qu’elle privilégie les riches au détriment des pauvres.

C’est le fil rouge de la 2° lecture écrite par l’apôtre Saint Jacques.

Il est temps de résumer.

* En rendant l’ouïe et la parole au sourd-muet, c’est-à-dire la possibilité de communiquer, Jésus le fait littéralement exister.

* En guérissant un sourd-muet, Jésus inaugure un monde nouveau.  En effet, la main qui le touche le relève, le ressuscite.

Il me reste deux convictions à partager avec vous :

1       La première: Jésus est capable de nous guérir aussi.

2       La seconde: nous pouvons, si nous le souhaitons, poursuivre son action.

 Abbé Stréber Fernand

P’tit rawett’ – HISTOIRE DE JEANNOT

Dans la cour de récréation d’un centre de rééducation pour enfants handicapés,

Un petit garçon vient de tomber et il a beaucoup de peine à se relever.

Un éducateur passe et l’enfant, abandonnant son effort,  tend la main en disant: – Aide-moi.

Mais l’éducateur s’approche en souriant et lui répond:

– Non, Jeannot, relève-toi tout seul.

L’enfant fait une crise de colère mais l’éducateur ne change pas d’avis.
Alors calmé, Jeannot reprend son effort retrouve doucement une position d’équilibre.

Un grand sourire se dessine sur son visage et il se jette dans les bras du grand en disant:

– Hein… tu ne m’as pas aidé… tu le diras aux autres, hein… tu le diras que je l’ai fait tout seul !

Et après il dit encore:

– Si, tu m’as quand même aidé !..

L’éducateur lui répond alors:

– Maintenant Jeannot, je t’aiderai toujours comme cela.

Extrait de « Il était une foi » tome 1  édité par le CDD Liège

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