Homélie 20ème dimanche temps ordinaire Année B – Abbé Fernand Stréber

Manger la parole et le pain
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6, 51-58

En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.  Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il donner sa chair à manger ?» Jésus leur dit alors : «Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.  En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.  Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.  De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.  Tel est le pain qui descend du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé.  Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Homélie

Le terme « manger » est repris 8 fois dans l’évangile de ce jour.  C’est avec les douze apôtres que Jésus a mangé pour la dernière fois.  « Pendant ce repas, Jésus prit du pain,… le rompit, le donna aux apôtres en disant: Prenez, mangez, ceci est mon Corps.»  (Mt 26, 26)

         Sans doute les apôtres se sont-ils souvenus ce soir-là des paroles cruciales de Jésus prononcées dans la synagogue (Jn 6,59) de Capharnaüm quelques mois auparavant: « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme, vous n’aurez pas la vie en vous. »(Jn 6, 53). S’en est suivi un fameux foyer de discorde entre Jésus et les juifs! « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »(Jn 6,52)

         Pour nous aujourd’hui tout semble clair.  Par la foi, nous avons la certitude qu’en recevant le pain consacré à la messe nous accueillons le Christ vivant.

         En mangeant l’hostie, nous mangeons ainsi le Corps du Christ.  Mais n’est-ce pas précisément trop simple ?  L’histoire bimillénaire de la messe montre bien que l’ambigüité entre Jésus et ses auditeurs reste actuelle.  Les détracteurs de l’eucharistie disent que nous sommes des cannibales.  En effet, selon eux, les chrétiens incitent les gens à manger la chair d’un homme et à boire son sang.

         Prenons au sérieux l’objection des Juifs et des adversaires actuels de l’eucharistie et tentons d’apporter un  élément de réponse pour mieux approcher l’extraordinaire réalité que Jésus nous propose: sa chair à manger.

         Certaines expressions montrent bien que le verbe « manger » a aussi d’autres significations que « s’alimenter. »

Voici deux exemples tirés de la vie courante et deux autres de la bible:

1       tel orateur parle trop vite.  Il mange la moitié de ses mots.

2       deux amoureux se disent : Je te mangerais tout cru.

3       Pour le peuple juif, comme pour beaucoup d’autres qui ne savent pas écrire, le fait de manger signifie aussi: écouter et apprendre. 

4       « Prends et mange le livre.  Dans ta bouche il aura la douceur du miel. » (Ap.10,8-10). « Il mange le rouleau » (Ez 3, 1).

Ces 4 exemples nous démontrent que le fait de manger et de boire sont aussi des actes porteurs d’une valeur symbolique.

         A la messe si nous dissocions la parole et le pain, l’enseignant et son enseignement alors nous négligeons l’enseignement tout en croyant pouvoir réellement communier à l’enseignant.

         Avec le récit de l’institution de l’eucharistie, Marc, Matthieu, Luc et Paul nous présentent la moitié de ce sacrement, celle que nous retenons la plupart du temps.  Par contre Jean, dans le discours sur le pain de vie que nous entendons depuis 3 semaines, en développe l’autre moitié où la Parole (faite chair) nourrit ses apôtres de son enseignement.

         La dernière phrase de la consécration est la suivante:

« Faites ceci en mémoire de moi. »

Pour honorer cette phrase, deux attitudes sont indissociables: manger la Parole et le Pain.  C’est cela la véritable communion.

         Voici 60 ans, le concile Vatican II a rendu à l’Eucharistie ses deux inséparables dimensions.  La messe, ce n’est pas seulement l’offertoire, la consécration et la communion c’est aussi la liturgie de la Parole.

         La messe, c’est le repas de la Parole et le repas du Pain.  La liturgie nous invite d’abord à communier au Christ Parole pour embrasser son enseignement : une nourriture consistante qui colore notre engagement quotidien et suscite des initiatives inédites.

         Si aujourd’hui, dans les célébrations eucharistiques, presque tout le monde communie au Corps du Christ est-ce vraiment après avoir communié à sa Parole?… Pourtant, la mastication du pain devient signe et réalité concrète de « l’ enseignant se donnant Corps et Parole à l’élève ».

         La Parole de Jésus et le pain eucharistique sont deux réalités qui se renvoient l’une à l’autre, deux réalités qui prennent sens l’une par l’autre.

         Partager le pain de la Parole et partager le Pain Eucharistique : voilà deux manières de « manger la chair du Christ. »

Abbé Stréber Fernand

P’tit rawett’ – Un après-midi avec Dieu

Il était une fois un petit garçon qui voulait rencontrer Dieu. Comme il savait que ce serait un long voyage pour se rendre à sa maison, il remplit sa valise de bonbons et de six bouteilles de limonade, et il se mit en route.

            Trois pâtés de maison plus loin, il vit une vieille dame.  Assise dans le parc, elle fixait quelques pigeons.  Le garçon s’assit près d’elle et ouvrit sa valise.  Il s’apprêtait à prendre une limonade lorsqu’il remarqua l’air triste de la vieille dame.  Il lui offrit donc un bonbon.  Elle accepta avec reconnaissance et lui sourit.  Son sourire était si joli que le garçon voulut le voir encore.  Il lui offrit donc une limonade.  Elle lui sourit de nouveau.  Le garçon était ravi !

            Ils restèrent ainsi tout l’après-midi à manger et à sourire, sans dire un seul mot.  Lorsque le soir tomba, le garçon se rendit compte qu’il était très fatigué et se leva pour partir.  Cependant, au bout de quelques pas à peine, il se retourna, courut vers la vieille dame et la serra dans ses bras.  Elle fit alors son plus beau sourire.  Peu de temps après, lorsque le garçon rentra chez lui son regard joyeux étonna sa mère. 

Elle lui demanda :

Qu’as-tu fait aujourd’hui qui te rende si heureux ?

Il répondit :

            « J’ai mangé avec Dieu. »

Mais avant que sa mère puisse répondre, il ajouta :

            « Tu sais, elle a le plus merveilleux des sourires ! »

Entre temps, la vieille dame rayonnante de joie elle aussi, retourna chez elle.  Frappé de l’expression paisible qu’elle arborait, son fils lui demanda :

– « Mère, qu’as-tu fait aujourd’hui qui te rende si heureuse ? »

Elle répondit :

– « Au parc, j’ai mangé des bonbons avec Dieu »

Mais avant que son fils puisse répondre, elle ajouta :

            « Tu sais, il est beaucoup plus jeune que je ne le croyais. »

Julie A. Manhan repris dans  Voyages au pays des 500 contes édités par A. VERVIER et Fd STREBER

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