Homélie – 16ème dimanche temps ordinaire Année B – Abbé Fernand Stréber

Évangile – « Ils étaient comme des brebis sans berger » (Mc 6, 30-34)

En ce temps-là, après leur première mission, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, 
ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. 

Homélie

Il nous arrive de lire les Evangiles comme un reportage journalistique ou comme un récit historique à prendre à la lettre.  Alors, nous oublions que ce message est rempli de symbolisme que nous devons décoder pour en déchiffrer la signification.

Les Evangiles sont toujours à lire à la lumière de la résurrection de Jésus.  Aujourd’hui, Saint Marc veut aussi montrer à ses lecteurs que nous sommes, que Jésus accomplit parfaitement les Ecritures du premier (Ancien) Testament, preuve qu’il est bien le Messie attendu.

Rappelons-nous, la semaine dernière, Jésus envoyait ses disciples en mission. (Mc 6,7-13).  Aujourd’hui ils en reviennent et en font le compte rendu.  Jésus les invite à se reposer dans un endroit désert.  Pour cela ils traversent le lac.  Mais la foule les y précède en contournant le lac.  Jésus n’a donc plus qu’une chose à faire : poursuivre son enseignement pendant toute la journée.  Il le fait bien volontiers parce qu’il est saisi de compassion.  La suite du récit (qui n’est pas lue aujourd’hui) relate que, le soir, Jésus procure du pain en abondance et gratuitement à la foule affamée.  (Mc 6, 35-44)

Si l’évangéliste prend la peine de relater ces événements ce n’est pas pour le plaisir de nous raconter une anecdote de la vie de Jésus mais il poursuit un but bien précis.  En effet, par cet épisode très élaboré et judicieusement construit, Marc veut montrer que Jésus est bien le nouveau Moïse, libérateur de son peuple.

Pour cela je vous propose de faire un parallèle entre ce récit de l’Evangile et l’histoire du peuple hébreu.  5 éléments :

1- Dimanche dernier, Jésus invitait ses disciples à se tenir prêts, à ceindre leur tunique et mettre des scandales, signes de liberté. (v 8) C’est le même ordre que Moïse a donné au peuple avant de partir.  De même en invitant les apôtres à prendre un bâton, (v 8) Jésus fait allusion au bâton de Moïse.

2- Ensuite nous voyons Jésus conduire ses apôtres vers un endroit désert. (v 32) Le parallèle est facile avec Moïse qui conduit son peuple au désert.

3- Puis avec les 12, Jésus traverse le lac, (v32 – 34) image évidente du passage de la mer rouge.

4- De l’autre côté toute la foule va écouter son enseignement (v 34) comme le peuple hébreu recevra l’enseignement de Moïse au Sinaï.

5- Enfin Jésus va leur donner du pain en abondance et gratuitement (v 41-42) comme les hébreux ont reçu la manne en suffisance et gratuitement.

Ces cinq rapprochements suffisent pour trouver en Jésus, non seulement un nouveau Moïse mais aussi celui qui accomplit  à la perfection la mission des prophètes.  Oui, Jésus est vraiment le Messie, celui qui a reçu l’onction de Dieu (le « Oint » de Dieu), dit autrement : « le Christ », le seul vrai sauveur et libérateur.

C’est intéressant mais en fin de compte, pour nous maintenant en quoi tout cela nous concerne-t-il ?  Qu’est-ce que cela peut changer à notre vie ?

Comme la foule qui contourne le lac, nous aussi, nous cherchons à nous nourrir de la Parole de Jésus.  Notre présence ici en témoigne.  Jésus est rempli de compassion aussi envers nous comme il l’a été pour la foule qui a contourné le lac pour l’écouter.

Pour la foule au temps de Jésus cette journée sera complétée grâce au récit dans lequel chacun sera rassasié à partir de cinq pains et de deux poissons offerts par les auditeurs.  Ce long récit viendra la semaine prochaine et les 4 suivantes avec la version de l’évangéliste Jean.  Jésus prononcera la bénédiction, rompra les pains.  Les disciples offriront pains et poissons partagés à tous.

Quant à nous, nous aurons aussi la possibilité tout à l’heure de recevoir le pain eucharistique.  Merveilleux.

Oui, le Seigneur est notre berger, avec lui rien ne saurait nous manquer. (Ps 22) comme cela a été chanté après la première lecture.  N’est-ce pas merveilleux !

P’tit rawett – Les jeux olympiques du cœur

Le temps était venu.  Jésus décida de choisir ses douze apôtres.  Passer une annonce dans les journaux ne lui semblait pas suffisant.  A l’instar des jeux olympiques modernes, il décida d’organiser des jeux où il pourrait choisir les douze.  Les concurrents arrivèrent de partout.  Les compétitions furent acharnées.  Jésus devait’ juger tous les résultats.
En premier lieu sont venues les prières.  Les candidats s’y étaient exercés.  Cela se voyait par la vitesse à laquelle ils pouvaient les réciter.  Quelques-uns articulaient chaque mot avec la plus grande précision.  D’autres se servaient de grands mots expressifs.  D’autres encore exprimaient de nobles idées. 
Mais quand vint le temps de désigner le vainqueur, Jésus n’en choisit aucun.  Il n’y avait apparemment aucun cœur dans leurs prières.  Elles n’étaient que des mots.

Puis vint le culte.  Là aussi, les concurrents s’étaient préparés sérieusement.  Certains portaient des vêtements magnifiques, d’autres utilisaient l’encens à profusion.  D’autres encore mettaient l’accent sur la musique ou sur la beauté des gestes.  Mais de nouveau, quand vint le temps du choix, il n’y eut aucun vainqueur.  Il ne semblait pas non plus qu’il y eût du cœur dans leur culte.  Il n’y avait qu’une belle façade.

En troisième lieu arriva l’enseignement.  Ce groupe-là était vraiment prêt.  Certains avaient élaboré des affiches raffinées.  D’autres se servaient de power point pour faire leur démonstration.  Et de nouveau, pas de vainqueur. Il n’y avait pas de cœur dans leur enseignement.  Les méthodes semblaient plus importantes.

Et on arriva à la fin des jeux.  Pas de vainqueurs, pas d’apôtres.  Epuisé par cette longue et irritante épreuve, Jésus descendit près du lac pour y trouver un peu de fraîcheur et se détendre.  Et c’est là que le miracle se produisit.  Il vit des hommes en train de pêcher.  Il trouva des gens qui mettaient du cœur à leur ouvrage ! Et il les choisit.

Journal philippin 1987 (reçu par Entraide et Fraternité)

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