Homélie 7ème dimanche de Pâques (Année B) – Abbé Fernand Stréber

« Père Saint, je ne demande pas que tu les retires du monde »

Non je ne demande pas qu’ils vivent en marge du monde, en le regardant de haut, comme des supérieurs, ni qu’ils se croient les seuls à posséder la Vérité, les seuls à savoir discerner le bien du mal.

« Ils ne sont pas du monde ».

Mais mes disciples doivent savoir dire « non » à tout ce qui emprisonne et fait taire les petits.

« Je les envoie dans le monde »

L’avenir est à ceux qui se sentent citoyens de ce monde ; à ceux qui cherchent et s’unissent pour lutter contre toutes les forces de mal qui font œuvre de mort.

Alors, « ils auront en eux ma joie, ils seront comblés de joie ».

Abbé Fernand Stréber 

Première lecture – « Il faut que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de la résurrection de Jésus » (Ac 1, 15-17.20a.20c-26)

En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes, et il déclara : « Frères, il fallait que l’Écriture s’accomplisse. En effet, par la bouche de David, l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas, qui en est venu à servir de guide aux gens qui ont arrêté Jésus : ce Judas était l’un de nous et avait reçu sa part de notre ministère. Il est écrit au livre des Psaumes :
Qu’un autre prenne sa charge. Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de sa résurrection. » On en présenta deux : Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias.
Ensuite, on fit cette prière : « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne. » On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres.

Évangile « Qu’ils soient un, comme nous-mêmes » (Jn 17, 11b-19)

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte
de sorte que l’Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde. Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde. Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

Homélie

Ce dimanche est situé entre l’Ascension et la Pentecôte.  On pourrait l’appeler le dimanche de la prière.  En effet, entre l’Ascension et la Pentecôte, les apôtres et Marie, attendent le venue de l’Esprit-Saint en étant fidèles à la prière.  Ce n’est donc pas par hasard que l’évangile d’aujourd’hui nous propose une prière de Jésus plus précisément un extrait de la grande prière de Jésus appelée « prière sacerdotale ».  Elle est différente du Notre Père, une autre prière de Jésus que nous récitons notamment lors de chaque eucharistie.

         Regardons cette prière de Jésus d’un peu plus près:

Jésus parle très simplement à Dieu.  Il le tutoie comme on tutoie un papa.

        Notons les cinq éléments que Jésus demande à Dieu pour ses apôtres:

1.: l’unité et la fidélité au Père.

2.: l’intégrité du groupe :  C’est la raison pour laquelle Judas a été remplacé par Mathias (qui sera fêté mardi prochain 14/05).  Cela est raconté dans la première lecture.  Pierre y reconnaît en toute simplicité l’échec avec Judas.  Jésus fait de même dans l’évangile.  L’échec fait partie intégrante de toute mission prophétique de rassemblement.

3.: la joie : que les apôtres soient comblés de joie, de la joie de Jésus.

4.: que les apôtres soient préservés de toute complicité avec le mauvais autrement dit que Dieu les soutienne dans leur combat contre les forces du mal, contre le mensonge qui défigure les relations humaines.

5.: la vérité, que les apôtres soient exclusivement voués au service de la vérité.

 

Dans le texte de l’évangile d’aujourd’hui, Jésus parle « du monde » à 9 reprises.  Que veut-il dire ?

Pour trouver la réponse, reprenons quatre paroles de la prière de Jésus au sujet du monde :

1       « Père Saint, je ne prie pas que tu retires mes apôtres du monde »

Je ne demande pas qu’ils vivent en marge de la société, à l’écart du monde.

2       Jésus poursuit sa prière en disant :
 « Mes apôtres n’appartiennent pas au monde. »

Ils ne sont pas du monde dans le sens qu’ils sont amenés à dire « non » à des tentations existant dans le monde qui surviennent inévitablement sur leur chemin par exemple :

-le profit à n’importe quel prix,

-les divisions qui génèrent la violence,
-les idées répandues par le racisme et les actes qu’il engendre,
-l’autoritarisme,

-Les apôtres sont amenés à dire « non » à tout ce qui emprisonne et fait taire les petits.

En résumé, ils seront amenés à dire « non » à ce monde où l’on est gêné de parler de fidélité et d’amour.

3       Jésus dit encore : « J’ai envoyé mes apôtres dans le monde ».

Les apôtres sont envoyés vers le nouveau monde né à la suite de la résurrection du Christ.  Les apôtres sont invités à être présents au monde par exemple :
– un monde dans lequel il y aura de plus en plus d’unité et de joie,
– un monde dans lequel la justice progressera en recherchant la vérité,
– un monde dans lequel tous les gestes même les plus petits iront dans le sens d’un amour plus grand.
L’Esprit-Saint va venir.  Il fera grandir ce monde au-delà de tout espoir humain.

4       Jésus dit encore : « Que mes apôtres aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés. »  C’est la dernière béatitude que Jésus prononce avant de mourir.

 

Jésus est entré dans le monde.  Il a aussi assumé des conflits.  A présent il y envoie ses apôtres et ses disciples.  Aujourd’hui, nous en sommes.  C’est pour nous qu’il prie son Père.

         Aussi, appelons l’Esprit-Saint sur notre monde et sur l’Eglise.  Faisons un pas de plus dans l’unité et empruntons le chemin que Jésus a lui-même ouvert, celui de la fidélité au Père.

Abbé Fernand Stréber

Li p’tit rawett’ – Le chameau à surveiller

Un maître voyageait avec un disciple chargé de s’occuper du chameau. Le soir, en arrivant à l’auberge, le disciple était tellement fatigué qu’il n’attacha pas l’animal.

         – Mon Dieu, pria-t-il en se couchant, prends-en soin, je te le confie.

         Le lendemain matin, le chameau ayant disparu, le maître voulut savoir où il se trouvait.

         – Je l’ignore, répondit le disciple, il faut interroger Allah ! Hier soir, j’étais très fatigué et lui ai confié notre monture. Ce n’est pas ma faute si ce chameau s’est enfui ou a été volé. J’ai très explicitement demandé à Dieu de le surveiller. C’est lui le responsable. Ne nous avez-vous pas souvent exhortés à faire confiance à Allah ?

         – Aie confiance en Allah, mais entrave d’abord ton chameau, répondit le maître. Car Dieu n’a d’autres mains que les tiennes.

Extrait de « Voyages au pays des 500 contes », A. VERVIER et Fd STREBER

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