Conte de l’Epiphanie : « Les trois vagabonds »

La fête de l’Épiphanie, (Révélation, Manifestation, en grec) approche…
Je remets à la « Une » un conte qui célèbre cette révélation lumineuse dans un parfum de neige et de miracle :

Ah mes amis, Il faut que je vous raconte cette histoire singulière, oui il le faut, peut être même que je le dois… Oui je me dois de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé il y a une multitude de siècles dans notre grande forêt des Ardennes…. De cet évènement admirable, seuls quelques animaux en ont étés les témoins stupéfaits. C’est d’eux que je tiens la trame du récit qui va suivre et qui va bousculer vos connaissances de l’histoire et du monde tel que vous croyez le connaître…

Cela a commencé par l’apparition sur les sentiers forestiers de notre belle province, de trois vagabonds, trois hommes, trois vieillards, vieux, très très vieux, chenus, usés, courbés sur leur bâton de marche… Un grand manteau sans couleur et une capuche sans âge voilaient leurs traits et cachaient leurs cheveux blancs. Ils cheminaient, jour après jour, qu’il pleuve ou qu’il neige, ils dormaient au creux des souches, sous les étoiles.

De temps à autre, quand la fatigue se faisait trop cruelle, brisant les jambes et amenuisant tous les courages, ils faisaient halte dans une rare auberge. Là, on faisait peu attention à eux, ce n’étaient après tout que des vagabonds. Ils étaient pauvres, sans bourse aucune à leur ceinture. On leur faisait l’aumône d’un plat de fèves, par charité, en leur demandant de déguerpir vivement aussitôt la dernière bouchée avalée…
Parfois, près d’un bon feu, les capuches s’abaissaient et livraient le secret de leur visage. Leurs grandes barbes blanches de vagabonds dissimulaient en partie la couleur de leur teint. L’un avait la peau blanche comme de l’argent, l’autre avait la peau comme du cuivre et le troisième comme de l’or. Ils parlaient peu, très peu mais les servantes d’auberges comprirent qu’ils étaient perdus et cherchaient en vain leur chemin depuis fort longtemps… IIs venaient de loin, très loin, d’un Orient au-delà de tout… Avant d’être des errants des routes de l’empire des César, ils avaient été, disaient-ils à demi-mots, des personnages aussi savants que riches et puissants, mais on ne les croyait pas, ils étaient de trop basse mine, rien que des rôdeurs un peu vantards qui affabulaient pour recevoir un morceau de pain sec…
Pourtant, oui pourtant, ils avaient accompli autrefois, en vérité, une mission de la plus haute importance, si importante qu’elle avait laissé des étoiles dans leur regard mais ça c’était leur secret…
Laissons maintenant la parole aux trois animaux, un renardeau et deux souris car ce sont eux qui ont vu ce qui s’est passé lors d’une des toutes premières nuits de cet hiver mémorable…
Alors que nos trois vagabonds avaient repris leur route et s’enfonçaient dans la forêt obscure, alors que nos trois bestioles suivaient nos trois vagabonds à peu de distance, il s’est produit un miracle, oui un véritable miracle…
Voici les faits : au même instant, les pas des trois vieillards abandonnèrent le sol, les trois manteaux glissèrent de dessus leurs épaules, chutant dans la neige…
Peu à peu les trois hommes se mirent à briller d’une lumière de plus en plus intense, fulgurante…
Trois astres naissaient là, dans un chemin creux, dans un silence de miracle, l’univers entier se taisait, sidéré… Trois étoiles naissaient au milieu des bois, les trois vagabonds devenus étoiles montèrent lentement au ciel où elles prirent place, leur place, sagement alignées, là-haut.
La quête terrestre des trois vagabonds venait de prendre fin… Vous avez reconnu, amis lecteurs, ces trois magnifiques étoiles qui annoncent chaque année la venue des frimas, les ambassadrices de la grande fête de Noël. Ces trois étoiles de la constellation d’Orion, les « Trois Rois » de nos cieux nocturnes, ce sont Gaspard, Balthazar et Melchior, nos trois vagabonds, métamorphosés, appelés là-haut par le Très-Haut…
Quand vous verrez ces trois splendeurs scintillantes poindre à l’horizon, pensez-y, mes amis, c’est le grand cycle de l’univers, immuable et magnifique qui se manifeste sous vos yeux, oui, Noël approche, la Lumière de Noël approche et cette lumière c’est un petit enfant. Un Enfant si petit qu’il semble perdu au milieu de l’univers mais perdu il ne l’est pas, oh certes non, il est en mission… Il vient, comme un mendiant, frapper à la porte de votre cœur…
Lui ouvrirez-vous mes amis ???
Alain Sartelet
Publié dans le groupe Facebook : « Mes Ardennes en dessin » le mercredi 3 janvier 2024

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