Le premier Noël avec la crèche a été célébré il y a 800 ans !
Pour les aînés, c’ est le septantième, quatre-vingtième Noël, et même davantage. Mais chez jeunes et moins jeunes, pas la moindre lassitude. On ne se fatigue pas de fêter Noël, parce que ce qu’on y célèbre est grand, beau, inépuisable.
Pour aider à entrer dans le grand mystère de Noël, saint François d’Assise a eu, un jour, une idée géniale, une idée qui a fait son chemin. Le premier, il a eu l’intuition de faire, à Noël, la crèche avec l’enfant-Dieu, Marie, Joseph, le bœuf et l’ âne, les bergers et les moutons. Le premier Noël avec la crèche a été célébré à Greccio en 1223.
Si vous le voulez bien, faisons ensemble maintenant une première visite à la crèche. Nous aimons, à Noël, écouter les noëls traditionnels, par exemple « Adestes fideles ». Eh bien, le cantique commence ainsi : « Peuple fidèle, viens à la crèche voir le Roi du monde. »
De la crèche, approchons-nous sans bruit, avec un respect infini. Un nouveau-né a besoin de beaucoup dormir.
Regardez son visage : tout le portrait de son père, tout le portrait du Père du ciel. Le Dieu des grands espaces et des larges horizons se dit tout entier dans un petit enfant, démuni, vulnérable. Pour visiter la terre, Dieu n’ a pas choisi de descendre du ciel en grande pompe, à bord d’ un hélicoptère blanc ou par un grand escalier de marbre blanc. Non, il a pris l’habit du mendiant, du pauvre qu’on peut repousser. N’est-il pas symptomatique que les parents du petit, qui avaient cherché à ce qu’il soit reçu, ne trouvèrent, cette nuit-là, que des portes closes : pas de place pour lui dans la salle d’hôtes !
Voyez son berceau : une mangeoire d’ animaux. Et voyez son matelas : dans son amour de feu, Dieu s’est mis sur la paille. Il est né comme un miséreux, au creux de l’hiver, au plus fort de la nuit, alors que la ténèbre est le plus ténèbre. Pour habiter les misères, les morsures d’un monde trop froid et les nuits parfois d’encre. Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?
Après avoir regardé Jésus, regardons Marie dont le sein a façonné son Créateur. Son sein a été le premier tabernacle. Marie n’en revient pas. Saint Luc nous dit qu’elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (cf. 2,19.51). De Marie réapprenons l’intériorité de la prière et aussi l’émerveillement. Demandons-lui d’être avec elle touchés par le grand mystère.
Regardons Marie : elle ne perd pas des yeux son petit. Elle qui nous a été donnée pour mère a aussi pour nous les yeux d’une maman. Comme une maman, Marie ne rit pas des maladresses de ses enfants. Comme une maman, Marie sent nos joies et nos peines. Avec elle, je n’ai pas besoin de paraître ou de faire de belles phrases. Près d’ elle, je peux rire ou pleurer.
Aux côtés de Marie, Joseph qui est sans l’ être le père de l’ enfant. Sa présence à la crèche rappelle que l’ amour de Dieu est déroutant. Les voies du Seigneur ne sont pas nos voies et ses chemins ne sont pas nos chemins. A l’ heure du doute et de l’ épreuve, comme Joseph, acceptons de ne pas toujours comprendre.
Autres personnages de la crèche à entourer, dès la nuit de la Nativité, le petit agneau de Dieu : des bergers qui, dans les champs voisins, gardaient leurs troupeaux. Ne les idéalisons pas : nous ferions erreur. Le plus souvent, c’ étaient des voleurs. Mais nul n’ est trop loin pour Dieu, et si grande soit la distance de nous à Dieu, elle est toujours nulle de lui à nous. Et puis quand on reconnaît sa faute, quand on sait sa faiblesse, sa petitesse, on trouve plus facilement le chemin de la crèche. A Bethléem,
la porte de la Basilique de la Nativité est si basse qu’il faut se courber pour y pénétrer : seul celui qui se fait petit peut trouver l’enfant-Dieu.
Si nous l’arrêtions ici, notre tour de la crèche serait incomplet. Il ne faut pas oublier les animaux présents. Il y avait des moutons. Et aussi un bœuf et un âne.
Ce n’est pas flatteur quand on dit de quelqu’un qu’il agit comme un mouton. On veut dire par là qu’il n’ a pas beaucoup de personnalité. Et ce n’ est pas flatteur quand on dit de quelqu’un qu’il mérite un bonnet d’ âne ou a le regard bovin. Ça veut dire qu’il n’ a pas beaucoup d’ intelligence et d’ instruction.
S’ils étaient là, voyez-vous, tous les animaux de la crèche, ce n’est pas un hasard.
C’ est pour que, devant la crèche de Bethléem, nous ne soyons pas tristes de nos limites et ne nous désolions pas de nos pauvretés.
En nous approchant de la crèche, ouvrons seulement grands les yeux et grandes les oreilles, et nous sentirons le joyeux message de Noël fredonné par les anges nous envahir et notre cœur devenir meilleur. Alors l’ âne agitera les oreilles et le bœuf nous fera un clin d’œil.
Sainte fête de Noël !
+ Pierre Warin
Revue Communications (diocèse de Namur-Luxembourg), numéro 10, décembre 2023, pages 4 et 5