Homélie de l’abbé Fernand Stréber : 31ème dimanche ordinaire Année A – 5 novembre 2023

ÉVANGILE  (Mt 23, 1-12)

En ce temps-là, Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples, et il déclara : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges ; ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »

HOMÉLIE

Le début de l’évangile de ce dimanche commence par ces mots forts : « Tout ce que les scribes et les pharisiens peuvent vous dire, faites-le et observez-le. » Nous retrouvons là ce que Jésus a déclaré maintes fois. Lui, qui fut un bon Juif, allant à la synagogue dès son enfance, connaissant les commandements, il n’est pas venu pour ‘abolir La Loi, mais pour l’accomplir’, dira-t-il. Car, fondamentalement, la Loi juive est bonne et elle aide tout qui la met en pratique à vivre selon la volonté de Dieu.

        Ensuite Jésus attaque les pharisiens de manière très virulente.  Il les dénonce devant tout le peuple.   Jésus leur reproche 3 choses :

  • L’incohérence entre leur discours et leur vie. « Ils disent et ne font pas » 
  • L’occupation des 1° rangs par exemple dans les dîners pour se faire remarquer
  • L’auto-attribution de titres qui n’appartiennent qu’à Dieu

Voilà en résumé ce qu’il leur reproche.

Il y a dans ce texte d’Evangile une fameuse exigence de vérité, de transparence.  C’est fou ce que Jésus a polémiqué contre l’hypocrisie, contre la fausseté.  Il a montré plus de tendresse et de compréhension envers les pécheurs qui se reconnaissaient tels qu’envers ceux qui s’estimaient justes.  Se savoir pécheur est sans doute la première condition pour être pardonné.  Ne dit-on pas que le pire obstacle à la guérison est de refuser de se savoir malade. 

Nous recevons dans cet Evangile une leçon magistrale d’appel à la vérité.

Dans la suite du texte, le ton change : on passe à un autre sujet : de l’hypocrisie au bon exercice du pouvoir.  Voici les deux consignes de Jésus :

‑ Vous êtes tous frères.

‑ Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.

Tous nous exerçons du pouvoir quelque part si petit soit-il.

Exemple : les parents ou les grands parents sur les enfants, le grand frère sur sa petite sœur,  l’employé de Proximus sur les abonnés du téléphone, l’animateur patro sur les enfants de sa section.  L’exercice du pouvoir devient dangereux quand il est utilisé pour écraser les autres.

Dans tout groupe, il est indispensable de se structurer, de s’organiser. Des personnes doivent être choisies pour exercer un pouvoir.  Ces personnes sont amenées à considérer l’autre non pas comme un subalterne, mais comme un frère, une sœur à aimer. Et peu importe sa race, sa culture, son niveau social ou sa religion. Sa différence ne peut être un critère pour se croire supérieur à lui.

Le responsable travaille pour le bien de tous, de toute sa communauté. Pas question d’insignes, de places d’honneur, de titres.  « Ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous êtes tous frères… Vous n’avez qu’un seul maître, le Christ « .

Jésus ne rêve pas d’une société sans pouvoir.  Il demande plutôt à ceux qui ont le pouvoir de l’exercer comme un service.  Voilà ce qui devrait toujours transparaître partout.

Par exemple le curé sur les paroissiens, le bourgmestre face à ses échevins et à ses conseillers communaux même ceux de l’opposition, le policier face au citoyen interpellé, le médecin vis à vis de son patient,  le professeur  vis-à-vis de ses élèves …

Jésus n’est pas un maître comme les autres.  S’il a refusé les honneurs pendant sa vie pourtant un jour, il a accepté de se laisser appeler Maître et Seigneur.  Ce jour‑là, c’était la veille de sa mort, un jeudi.  C’est au moment où son pouvoir est à 100 % synonyme de service que Jésus accepte de se laisser appeler maître.  Il s’est  agenouillé devant ses disciples pour leur laver les pieds !  Il était à leur service.

Deux choses donc dans le texte évangélique de ce jour :

  • Être vrai, authentique
  • Exercer notre pouvoir quel qu’il soit comme un service.

Merci Seigneur de nous aider à exercer notre pouvoir jusqu’à être serviteur et à ajuster nos actions à ce que nous osons dire.  

« LI P’TIT RAWETT »

LES PAROLES ET LES ACTES

Un juge honorable demanda un jour à son ami:

         – « Lucien, dis-moi pourquoi on chante mes louanges devant moi, tandis que derrière mon dos, on me couvre d’injures et de railleries ?

         – Honorable juge, dit Lucien, vous n’en voyez donc pas la raison ?

         – Ma foi, non, dit le juge en secouant la tête.

         – Alors, permettez-moi de tout vous expliquer, dit Lucien d’un ton ironique : c’est que, honorable juge, vous n’êtes pas le même au-dehors et au-dedans.  Vos actes sont contraires à vos paroles. De ce fait, les gens sont bien obligés de vous porter aux nues devant vous, et de vous maudire derrière votre dos !

Conte soufi

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