Homélie de l’abbé Fernand Stréber : 27ème dimanche ordinaire A (8 octobre 2023) => Parabole des vignerons homicides

ÉVANGILE  => Mt 21,33-43

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde.  Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage.  Quand arriva le moment de la vendange, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de la vigne.  Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième.  De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais ils furent traités de la même façon.

Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ‘Ils respecteront mon fils.’ Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : ‘Voici l’héritier allons-y ! tuons-le, nous aurons l’héritage !’ Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.  Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ?»

On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement.  Il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu. »

Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : ‘La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire’. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux !  Aussi, je vous le dis : Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. »

HOMÉLIE

Resituons cette parabole dans le contexte de l’évangile de Matthieu.

Jésus vient d’entrer à Jérusalem et a été traité à la manière d’un roi, acclamé par la foule.  Elle coupe des branches aux arbres et les agite en disant : « Hosanna, Fils de David. » (Mt 21,1-11)

Ensuite, Jésus va au temple et en chasse les vendeurs, marchands et clients. Les pharisiens sont fâchés par l’audace et la provocation de Jésus. (Mt 21,12- 17)

C’est dans ce contexte polémique que Jésus adresse à ses adversaires 3 paraboles qui ne sont pas piquées des vers et qui les visent directement : la parabole des 2 fils  entendue dimanche dernier : un fils promet d’aller travailler à la vigne et n’y va pas tandis que l’autre refuse d’y aller, se repent et y va. (Mt 21,28-32)

2° parabole : celle d’aujourd’hui que je peux intituler : les vignerons homicides.

Enfin, la 3° : qui sera lue la semaine prochaine : la parabole des invités qui refusent l’invitation au festin des noces. (Mt 22, 1-14)

La parabole des vignerons homicides est à la fois une relecture de l’histoire sainte du peuple juif et de celle de Jésus.  

Le propriétaire de la vigne, c’est Dieu.

La vigne c’est le peuple juif.
La clôture et la tour de garde : C’est la protection que Dieu veut assurer à son peuple parce qu’il refuse de le voir souffrir. 
Les vignerons, ce sont les responsables religieux (grands prêtres et anciens du peuple). Dieu leur fait une grande confiance.

Les serviteurs qui viennent chercher le produit de la vigne, ce sont les prophètes.
Le fils du propriétaire qui sera tué, c’est Jésus.

Les raisins ce sont les aspects visibles d’une vie guidée par la foi.

La pierre angulaire : c’est Jésus ressuscité.

Ce qui est reproché aux responsables religieux juifs, c’est d’avoir perverti la religion, le vrai culte, en en faisant une propriété privée alors qu’en Jésus, Dieu se fait le frère de toute personne et pas seulement des Juifs. La conclusion tombe comme un couperet : « Dieu louera la vigne à d’autres vignerons qui lui en remettront le produit en temps voulu « . Ainsi, Matthieu voit dans les nouvelles communautés chrétiennes, auxquelles il écrit dans la 2ème moitié du 1er siècle, ce nouveau Peuple à qui Dieu fait confiance, afin de poursuivre son Alliance et lui donner de beaux fruits.    

L’extraordinaire représentation de Dieu dans cette parabole c’est celle d’un propriétaire qui aime sa vigne, qui l’entoure de soins attentifs et d’affection, et qui attend d’elle en retour la justice et le droit dans les rapports sociaux.  Ce  Dieu décrit par Jésus n’a aucun équivalent dans le panthéon des dieux égyptiens, grecs ou romains.

Je ne dis pas qu’être chrétien se résume à cela ni que toute personne qui pratique la justice et le droit est un chrétien qui s’ignore.  Être chrétien suppose la reconnaissance émerveillée de Jésus-Christ en qui Dieu s’est fait homme pour nous révéler jusqu’où va son amour et jusqu’où le nôtre est appelé à aller.  Le droit et la justice, en un mot le comportement, restent la pierre de touche du vrai culte, le bon raisin qui réjouit le propriétaire de la vigne.

Nous avons entendu dans la première lecture : « Dieu attendait de la part d’Israël le droit et voici le crime ; il en attendait la justice et voici les cris ».

Cette exigence de Dieu est d’ordre comportemental.  

Et dans la deuxième lecture, saint Paul dit dans une sorte de langage universel : « Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte ».

Aujourd’hui, la vigne de Dieu, c’est l’Eglise.  Les vignerons, ce sont les autorités religieuses et toute personne qui exerce un quelconque pouvoir, – si petit soit-il – au sein des communautés chrétiennes.  Les vignerons du XXI° siècle ont à veiller à ne pas considérer la vigne de Dieu comme une chasse gardée.

Aujourd’hui nous sommes invités à écouter la voix de prophètes comme François d’Assise fêté la semaine dernière.  Il a dénoncé les injustices pratiquées vis-à-vis de pauvres.

Le Père Dominique Pire, fondateur des Iles de paix  qui a reçu le prix Nobel de la paix.
Martin Luther King, pasteur noir a prôné l’intégration des Noirs dans la société américaine.
Fr. Roger Schutz a soutenu l’œcuménisme par l’intégration de jeunes de toutes cultures à Taizé,

L’Abbé Pierre et Sr Emmanuelle ont rappelé que Jésus a une préférence pour les petits. 

Tous ces prophètes ont remué le sol de la Vigne et l’ont élagué.

A notre tour nous sommes invités à faire fructifier chaque plant de la vigne que Dieu nous confie pour qu’il produise le fruit que Dieu en attend.  Autrement dit nous sommes invités à humaniser l’humanité, la nôtre et celle de ceux qui nous entourent.  Dieu continue à espérer en nous.

P’TIT RAWETT

Trouver un parking en ville un samedi relève du défi.

L’autre jour je fus témoin d’un spectacle hallucinant : deux automobilistes se disputaient quelques précieux mètres carrés. Chacun avait avancé suffisamment sa voiture pour empêcher l’autre de prendre possession du territoire.

Après avoir été faire mes courses, je suis repassé sur les lieux et surprise : nos deux compères n’avaient toujours pas lâché prise et s’usaient mutuellement la patience.

Inutile de dire que sur l’entre fait plusieurs autres places toutes proches avaient été échangées par d’autres automobilistes sans qu’aucun des deux concurrents n’ait eu le réflexe de les prendre. Non, c’était LEUR parking, celui-là, pas un autre. Comme s’ils en étaient chacun propriétaire.

Le soir, lorsque les autres places de parking ont été libres, les deux automobilistes n’ont plus eu de raison de s’entêter.  Les magasins étaient fermés, il était trop tard !  Il n’y donc eu aucun vainqueur, il n’y a eu que deux perdants.

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